mer. Juin 24th, 2026

Lors des concerts One To One, Lennon affichait une énergie nerveuse qui se mariait bien avec le boogie décontracté du groupe Elephant’s Memory, une formation new-yorkaise surtout connue pour sa contribution à la bande originale de Midnight Cowboy. Elephant’s Memory a assuré la musique d’accompagnement pour ce qui est devenu Some Time, mais leur performance était trop relâchée pour se passer du renfort du batteur Jim Keltner, qui apporte un rythme sérieux et puissant à ces concerts.

En présentant Power to the People à travers les performances One To One — les deux sets sont disponibles ici, le tout accompagné d’un album des meilleurs moments — on observe comment Lennon s’immerge dans les plaisirs du rock’n’roll des années 50. Même lorsqu’il improvise avec Frank Zappa et les Mothers of Invention, tout reste ancré dans des changements d’accords basiques. Presque toutes les chansons écrites par John et Yoko à cette époque sont délibérément simples : “Sisters, O Sisters” est un morceau énergique inspiré des groupes de filles, “Attica State” et “John Sinclair” sont des blues directs, “The Luck of the Irish” est une ballade folk, tandis que “New York City” est un boogie à la Chuck Berry.

Une exception notable dans ce parcours est la chanson “Woman is the N***** of the World”, un hommage sonore surchargé censé servir d’hymne à la solidarité féministe, inspiré par un slogan que Yoko Ono a probablement adapté d’une phrase de Zora Neale Hurston dans Their Eyes Were Watching God. Ce morceau est négligé dans le coffret, bien que Lennon l’ait choisi comme single de Some Time, tournant délibérément l’histoire vers le retour de Lennon à l’explosion du rock’n’roll des années 50 durant cette période tumultueuse. En solo, il interprète des classiques : le dernier morceau d’un disque est un “Home Jam”, où il joue des titres des Everly Brothers et de Buddy Holly. Sur le disque frère, “Studio Jam”, Lennon dirige son groupe à travers des morceaux de Jerry Lee Lewis et d’Elvis Presley. Ces passages, bien que parfois un peu trop relâchés, dégagent un charme authentique, capturant l’un des plus grands chanteurs de rock au naturel, loin de l’exigence d’un public.

Ces deux disques de jam informelles sont une note de fin idéale à Power to the People, qui illustre la période où Lennon prenait conscience d’être toujours en représentation. Il ne s’agissait pas seulement de jouer ses premiers concerts en direct depuis la séparation des Beatles. Lennon et Ono étaient omniprésents en 1971 et 1972, se rendant à Ann Arbor pour jouer lors d’un rassemblement visant à libérer John Sinclair, jouant des morceaux avec Phil Ochs dans une chambre d’hôtel, acceptant presque toutes les offres d’apparitions à la télévision, comme en témoigne leur participation au téléthon de la dystrophie musculaire de Jerry Lewis. Une version entraînante et reggae de “Give Peace a Chance”, tirée de ce téléthon, voit Lewis lui-même participer au chœur sur scène; sa présence cristallise l’étrangeté de cette époque. Même plongé dans les frémissements du milieu de gauche, Lennon restait l’un des hommes les plus célèbres au monde, utilisant des plateformes grand public pour prêcher la politique aux masses. Cette dissonance demeure fascinante, bien longtemps après que les gros titres se soient estompés.

Points à retenir

  • Lennon s’est immergé dans le rock’n’roll tout en explorant des thèmes politiques.
  • Les performances avec Elephant’s Memory apportent une dynamique unique à son répertoire.
  • La simplicité des compositions de Lennon et Ono durant cette période témoigne d’une volonté de revenir aux racines du rock.
  • La chanson “Woman is the N***** of the World” attire l’attention, même si elle est absente du coffret.
  • Lennon a su jongler entre sa popularité mondiale et son engagement dans des causes profondes.

Ce regard sur le parcours de Lennon soulève une question fondamentale : comment un artiste de sa trempe parvient-il à allier succès commercial et engagement personnel ? Chaque note qu’il joue, chaque parole qu’il chante résonne encore aujourd’hui, et cela me pousse à réfléchir sur le pouvoir de la musique comme vecteur de changement social. Estimatez-vous, comme moi, que la musique reste un moyen puissant de revendiquer ses convictions ? Comment ressentons-nous cet héritage dans le paysage musical actuel ? Il est essentiel de se questionner sur l’impact que de tels artistes ont eu sur notre compréhension de l’art engagé.


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