
(Crédit : David James Swanson)
En lançant un groupe avec son épouse, Jack White est rapidement devenu un défenseur des femmes dans le milieu musical. Cette évolution, loin d’être une surprise, reflète une vérité malheureusement bien ancrée : lorsqu’une femme occupe un rôle prépondérant dans un groupe populaire, sa légitimité technique est souvent remise en question. La culture musicale n’échappe pas à une forme subtile de misogynie.
Alors que Jack White impressionnait par ses solos de guitare et ses voix envoûtantes dans les premiers morceaux des White Stripes, Meg, sa femme, tenait fermement la basse, offrant des rythmes bruts qui cimentaient l’exploration du blues rock du groupe. Elle était aussi essentielle que Jack, pourtant son genre est rapidement devenu un prétexte pour les critiques sceptiques.
En 2002, Jack White a pris la parole pour mettre un terme à ces jugements injustes. Il louait la virtuosité de sa femme : « Elle est parfaite ; elle est vraiment la meilleure partie du groupe. Son style est tellement simple que je peux facilement m’adapter et jouer avec elle. Nous avons une sorte de télépathie sur scène, on se comprend sans un mot. Si quelqu’un d’autre était sur scène, ça gâcherait tout. Jouer ainsi est une sensation incroyable. »
Les White Stripes ont toujours été conscients de la misogynie masquée qui sévit dans l’industrie musicale et de la manière dont elle obscurcit la reconnaissance du talent authentique. Ce phénomène persiste aujourd’hui, comme il l’a fait dans les années 2000, voire avant. Cette ombre traverse le monde de la musique, laissant de nombreux artistes brillants sous-estimés et mal compris.
Ce n’est donc pas un hasard que dans l’album en live de 2010 Under Great White Northern Lights, le duo ait rendu hommage à une grande innovatrice de la musique, une artiste féminine qui a toujours dû lutter contre ce même système : Dolly Parton. Les White Stripes ont offert une version puissante de son célèbre « Jolene ».
Leur interprétation commence par une douceur proche de celle de Parton, avant de déployer un refrain intense où Jack et Meg s’en donnent à cœur joie sur leurs instruments, Jack chantant avec une émotion palpable. Cette chanson résonnait profondément en eux, témoignant de leur admiration sans complexe pour cette icône country.
« Je pense que Dolly Parton, à l’instar de Loretta Lynn, est une artiste souvent sous-estimée, » confiait Jack White. « Il faut parfois du temps pour reconnaître leur grandeur, mais au final, elles gagnent parce que leur musique perdure. »
Cette reprise révèle leur compréhension intime de l’œuvre de Parton. Si Jack a toujours affiché son amour pour la country, il existe quelque chose d’universel et d’humain dans « Jolene » qui les touche. Le désir, l’angoisse, le sentiment profond d’insécurité qui traverse la chanson ont été repris et réinterprétés à leur manière.
Cette performance incarne parfaitement comment ce morceau a trouvé une résonance avec l’âme artistique des White Stripes.
Points à retenir
- Jack White a toujours soutenu l’importance de Meg White dans leur groupe, reconnue pour son style simple mais essentiel.
- La musique féminine dans les grands groupes a souvent été entachée de préjugés, un problème persistant dans l’industrie.
- Le duo White Stripes a su utiliser leur popularité pour mettre en lumière des artistes sous-estimées, comme Dolly Parton.
- La reprise de « Jolene » illustre leur capacité à s’approprier une chanson en lui insufflant leurs propres émotions et styles.
- La musique country, souvent regardée de haut par certains puristes, est ici célébrée avec respect et authenticité.
La carrière des White Stripes offre ainsi un bel exemple de complicité artistique et de combat contre les stéréotypes, montrant que le talent ne dépend pas du genre. Mais, au fond, n’est-ce pas là une question que la musique devrait avoir dépassée depuis longtemps ? Ou alors, l’histoire nous rappelle que tant qu’il y aura un micro et une scène, certains auront toujours besoin d’un prétexte pour critiquer. Moi, pendant ce temps, je me contenterai de relancer « Jolene » en boucle, en attendant que les esprits évoluent…
