Le 22 janvier 1989, les téléspectateurs américains d’MTV ont été surpris par la première diffusion du clip de Metallica pour leur nouveau single, One. À une époque dominée par des vidéos mettant en vedette des jeunes au look soigné tels que Bon Jovi et Guns N’ Roses, One a marqué une rupture. Visuellement frappant, le clip mélangeait des séquences sombres en noir et blanc de performances avec des passages du film Johnny Got His Gun (1971), illustrant la tragédie d’un soldat dévasté par la guerre, réduit au silence et à la souffrance.
Comme l’a exprimé Lars Ulrich, le batteur du groupe : « Ce n’est certainement pas la vidéo la plus joyeuse que vous verrez. Elle suscite des réactions émotionnelles. Je n’ai jamais vu une vidéo de cette nature auparavant. »
Pour Metallica, ce clip représentait une déclaration artistique majeure, tout aussi audacieuse que leur musique. La chanson One, phare de leur album …And Justice For All, a marqué leur première entrée dans le Top 40 américain. Flemming Rasmussen, le producteur de l’album, la décrit aujourd’hui comme l’une des plus grandes chansons du groupe.
L’idée de la chanson a pris forme en 1987, lorsque James Hetfield a imaginé l’entité humaine réduite à « un cerveau et rien d’autre ». Cliff Burnstein, l’un des co-managers du groupe, a encouragé James à lire le roman Johnny Got His Gun. Ce livre a profondément influencé l’écriture de One, enrichissant son propos musical.
Alors même que Metallica semblait avoir franchi un cap dans leur carrière, la naissance de One survint dans un contexte de bouleversements internes. Le groupe devait gérer la perte de leur bassiste, Cliff Burton, un choc qui a laissé une empreinte indélébile sur eux. De plus, après le succès de l’album précédent, les attentes étaient élevées et les premières sessions d’enregistrement avaient été désastreuses.
Avec une pression renforcée, le groupe choisit finalement de travailler avec Flemming Rasmussen, qui avait déjà collaboré avec eux sur des projets antérieurs. Le processus d’enregistrement a donc été intensif, Screaming et énergique, les morceaux étant tous déjà bien développés. Flemming raconte que l’énergie de Lars et Kirk atteignait son apogée durant l’enregistrement de la chanson.
Lors de la première phase de la tournée mondiale en septembre 1988, le groupe a visionné Johnny Got His Gun et a décidé d’utiliser des images du film pour le clip, ce qui a nécessité l’acquisition des droits. En décembre, dans un entrepôt désaffecté à Los Angeles, des séquences du groupe jouant One ont été filmées, fusionnées avec les scènes du film par deux réalisateurs. Malgré quelques frictions initiales sur le montage, le résultat final a été approuvé, signifiant une avancée majeure pour le groupe.
En février 1989, One est rapidement devenu la vidéo la plus demandée sur MTV. Au Grammy Awards, Metallica a interprété la chanson et, bien qu’ils n’aient pas remporté le prix cette année-là, ils ont triomphé l’année suivante dans une catégorie adaptée, raflant le prix de la meilleure performance métal.
Finalement, One symbolisait la fin d’une époque pour Metallica, qui allait devenir la plus grande cult band au monde, définissant un nouveau standard avec un clip unique.
Points à retenir
- Le clip de One a été une déclaration artistique audacieuse pour Metallica.
- L’inspiration principale pour la chanson provient du roman Johnny Got His Gun.
- La perte de Cliff Burton a profondément marqué le groupe durant cette période.
- Le choix de Flemming Rasmussen comme producteur a été déterminant pour le succès de l’album.
- One a été la première entrée de Metallica dans le Top 40 américain et a reçu le prix de la meilleure performance métal.
Réfléchir à l’impact de One sur la scène musicale fait remonter à l’esprit une interrogation fascinante : jusqu’où un groupe peut-il aller pour s’affranchir des normes et proposer une œuvre authentique ? Chaque note résonne encore aujourd’hui, témoignant de l’engagement constant de Metallica envers un art qui transcende les attentes.
