L’anglais peut suffire pour une communication basique, mais il ne répond pas aux besoins des communautés de niche. De la même manière que les skieurs parlent de « poudre » ou de « carve », et que les gamers utilisent des termes comme « own » ou « sweaty », les fans de métal façonnent le langage à leur image. Nous discutons de « tonalités sales » et de « riffs aiguisés comme des rasoirs », évoquons une production « cavernicole » et un poids « étouffant », le tout parsemé d’images frappantes : oreilles saignantes, crânes enfoncés, pour décrire la qualité. Lorsque j’ai lu des expressions comme « marche lente et douloureuse » ou « dirge soporifique » dans le dossier de presse de l’album *Dark Thoughts with Lights Out*, j’ai pensé que **Cattle Hammer** jouait simplement avec quelques nuances de dialecte. La blague était sur moi, visiblement, car il n’en était rien.
Originaire de Birmingham, au Royaume-Uni, **Cattle Hammer** a été fondé par le chanteur et guitariste Duncan Wilkins (**Fukpig**, **Mistress**) en 2023. Il est accompagné de I Cartwright à la batterie, J Wyles à la guitare et D Von Donovan à la basse. Ensemble, ils mélangent une concoction de drone, doom et sludge, chaque morceau de *Dark Thoughts with Lights Out* ayant sa propre identité. “Gloomsower” possède des sonorités lourdes, où Wilkins oscille entre des rugissements profonds et des grognements étouffés rappelant **Weedeater**. “Rotting” présente de courts tremolos, bien qu’ils ne fassent guère plus qu’encadrer le thème « blackened » de la fiche de promotion. L’intro ambiante de “Watchmen, Alone” a attiré mon attention, mais la répétition du sample vocal en entrave la montée en tension. De même, “Body Puzzle” se termine avec quelques synthétiseurs intéressants, mais cela relève d’une lutte tardive dans l’album. Si vous ne l’avez pas remarqué, j’essaie vraiment de tirer du positif ici, mais je n’ai trouvé aucun élément qui ne soit pas finalement décevant.
Chaque fois que je pensais que **Cattle Hammer** pourrait proposer quelque chose d’intéressant ou mieux texturer *Dark Thoughts with Lights Out*, ils semblent s’éclipser face à l’occasion. Le début de la guitare dans “Gloomsower” représente un changement lumineux au milieu de passages chargés, mais plutôt que d’explorer des contre-mélodies ou des variations, elle se contente de répéter le même riff dans une tonalité plus haute. Cette stratégie de jouer le même riff avec des instruments différents est assez commune (“Rotting”, “Watchmen, Alone”). Les claviers et les pianos font leur apparition, mais n’apportent rien de justifiant leur utilisation. Les bruits statiques et le feedback apparaissent souvent, mais dans les mains de **Cattle Hammer**, ce sont de simples éléments désagréables et banals. Alors que l’utilisation des samples avait piqué ma curiosité, celle de **Cattle Hammer** s’avère maladroite et théâtrale. Ces ornements laissaient présager un sentiment autre que l’ennui, mais invariablement, l’album a balayé mes espoirs.
Ce qui m’impressionne le plus dans *Dark Thoughts with Lights Out*, c’est à quel point ces erreurs semblent évitables. La percussion est un peu fade, et les instruments semblent légèrement compressés dans le mix, laissant les voix trop en avant. Ce ne sont pas des points de rupture, mais jouer moins de riffs – à peine plus que mes doigts – en 45 minutes est problématique. Structurer la première moitié d’une chanson pour qu’elle sonne comme un climax narratif sans montée ni relâche est problématique (“Watchmen, Alone”, “Body Puzzle”). La densité rythmique rivalise avec le vide de l’espace. Ces ambiances chargées de feedback suffiraient à compiler un EP. Cet album, censé transmettre la misère, échoue à atteindre le niveau d’autres groupes tels que **Primitive Man** ou **The Body**, qui touchent juste. On dirait que **Cattle Hammer** a conçu une expérience méta mal orientée, où l’écoute de la musique elle-même communique la souffrance au lieu de créer une véritable émotion.
Si **Cattle Hammer** excelle en quelque chose, c’est dans le fait de gaspiller son potentiel. Chaque critique ici est une occasion manquée d’améliorer *Dark Thoughts with Lights Out*, toujours suivie du même chemin. Ce qui est doublement frustrant, c’est que si l’un de ces problèmes n’avait pas existé, cela aurait pu au moins partiellement sauver l’album. En somme, *Dark Thoughts with Lights Out* ne se contente pas d’être peu remarquable ; c’est littéralement une corvée à écouter. Peut-être que c’était là leur intention, mais peu importe si **Cattle Hammer** a atteint son but : cet album est mauvais.
Note : 1.0/5.0
DR : 10 | Format évalué : mp3 320 kbps
Label : Road to Masochist
Date de sortie : 6 février 2026
Points à retenir
- **Cattle Hammer** a formé une identité musicale mêlant drone, doom et sludge.
- Chaque morceau de l’album semble avoir ses propres caractéristiques, avec des influences variées.
- L’usage de samples aurait pu enrichir l’album, mais reste sous-exploité.
- La structure des morceaux manque de progression, ce qui affecte leur impact émotionnel.
- Le mixage présente des déséquilibres, rendant la voix trop proéminente par rapport aux instruments.
En écoutant cet album, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine frustration face à son potentiel inexploité. Chaque note, chaque riff me laissait espérer quelque chose de nouveau, d’innovant, mais la lassitude s’est vite installée. C’est un véritable appel à la réflexion : jusqu’où pouvons-nous nous engager dans une œuvre qui peine à apporter de la créativité ? À travers cette expérience, il semble essentiel de se demander non seulement ce que nous attendons de la musique, mais aussi comment la douleur et la souffrance peuvent être traduites en art significatif.
