There are albums whose immense success seems inevitable, and then there is The Life of a Showgirl. Ce podcast, sur lequel Taylor Swift a annoncé la sortie de son 12e album studio, diffusé sur le programme de son fiancé Travis Kelce, habituellement consacré au sport, a atteint un demi-milliard de vues, battant ainsi le record obtenu par Donald Trump sur The Joe Rogan Experience. Un film événement, mêlant vidéoclips lyriques et images des coulisses, sera diffusé dans plus de 100 pays au cinéma. Aux États-Unis seulement, les ventes de billets ont déjà atteint 15 millions de dollars en 24 heures. L’album a été préenregistré plus de 5 millions de fois sur Spotify, établissant un nouveau record. Sur le titre éponyme, Swift chante « I’m immortal now » (« Je suis immortelle maintenant »), une affirmation qui paraît moins une vantardise qu’un constat.

L’attente autour de cet album est d’autant plus intense qu’un nouvel opus de Taylor Swift semblait improbable. Malgré son rythme de travail légendaire et sa compréhension aiguë de l’industrie de la pop, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle fasse une pause après la tournée Eras, qui a duré près de deux ans. Pourtant, moins de dix mois après sa fin, la star est de retour avec un disque présenté comme un tournant artistique.
Contrairement à The Tortured Poets Department, publié l’an dernier et dont la durée avoisinait les deux heures et demie après plusieurs éditions enrichies, ce nouvel album offre 12 titres concis, pour un total de 40 minutes. Fini les collaborations avec Jack Antonoff ou Aaron Dessner : Taylor Swift a réalisé cet album entre les dates de la tournée Eras avec Max Martin et Shellback, ce duo suédois responsable de certains de ses plus grands tubes pop des années 2010 comme Shake It Off ou Blank Space.
Pour les amateurs de rythmes électro vibrants qu’on retrouvait sur Reputation ou 1989, l’album The Life of a Showgirl surprend. Ici, la pop électronique laisse place à un soft rock léger et aérien : guitares acoustiques, synthés délicats, orchestrations subtiles et chœurs feutrés. Ce qu’on pourrait qualifier de disco décontracté rappelle davantage l’ambiance des années 70 sur la côte ouest américaine que les pistes de danse endiablées.
Sur le plan mélodique, on note une absence frappante de refrains immanquables ou de hooks puissants. Les compositions sont soignées, mais si l’on cherche un véritable moment mémorable, seule la chanson Elizabeth Taylor répond à ce critère. Wi$h Li$t offre des changements de tonalité inattendus, tandis que Ruin the Friendship, une ballade touchante, raconte un retour dans la ville natale pour les funérailles d’un ancien camarade de lycée, un regret amoureux. Actually Romantic présente une jolie progression d’accords, mais rappelle étrangement le célèbre morceau Where Is My Mind? des Pixies, ce qui diminue son originalité. Le reste de l’album s’écoute agréablement mais sans laisser une empreinte forte, ce qui peut surprendre compte tenu des talents réunis et des prétentions affichées par Swift.
Les paroles, s’inspirant selon l’artiste de sa vie durant la tournée Eras, comportent quelques lignes piquantes typiques de la chanteuse. Dans Actually Romantic, elle critique une rivale de la pop, que l’on suppose être Charli XCX. Cancelled! fait référence aux controverses publiques l’impliquant en 2015 et 2016, tandis que Father Figure évoque l’ex-patron de son label, Scott Borchetta, avec un ton triomphant. Ces passages, bien que mordants, peinent à convaincre, probablement parce qu’ils réchauffent un terrain déjà trop exploré, et que s’en prendre à une « rivale » alors qu’on domine l’industrie peut sembler déséquilibré.
Le vrai cœur lyrique de l’album explore la relation entre Taylor Swift et Travis Kelce, un mélange d’aveux doux-amers. Wi$h Li$t évoque des rêves de vie conjugale tranquille, en adéquation avec l’évolution des fans qui ont grandi avec elle. Pourtant, malgré sa fortune estimée à 1,6 milliard de dollars, Swift affirme se désintéresser du succès et du matérialisme, ce qui semble contredire certains passages où elle décrit un train de vie luxueux, entourée d’hôtels prestigieux et de dîners hollywoodiens.
Le morceau Wood marque un contraste marqué : dans une ambiance décalée, la chanteuse célèbre sans retenue la virilité de son fiancé à travers des métaphores diverses, parfois maladroites, jouant sur des jeux de mots avec le mot « cocky ». Si Swift est libre de composer sur ce qui lui plaît, ce choix surprend venant d’une auteure reconnue pour ses textes fins et incisifs.
Pour être juste, Wood est une faute de goût isolée dans un album qui n’est pas mauvais en soi, mais qui déçoit au regard des attentes. Peut-être la sérénité amoureuse altère-t-elle la créativité, ou bien l’album a-t-il été trop vite produit, ou encore la fatigue se fait-elle sentir ? Même l’immortelle, semble-t-il, doit parfois se préserver du tumulte incessant de la pop.
Points à retenir
- Un lancement exceptionnel : Taylor Swift a fait de The Life of a Showgirl un événement global, entre record de vues, sorties cinématographiques et préenregistrements impressionnants.
- Un virage musical : L’album s’éloigne des sonorités électro-pop des précédents disques pour privilégier un soft rock plus posé et atmosphérique.
- Des textes autobiographiques : Swift explore ses expériences personnelles, notamment sa relation avec Travis Kelce, en mêlant nostalgie et anecdotes directes.
- Une créativité en demi-teinte : Si les chansons sont bien travaillées, elles manquent parfois d’accroche et d’originalité, laissant un sentiment d’inachevé.
- Un choix artistique audacieux : Refuser la collaboration avec ses partenaires habituels et prendre le risque de changer de style témoigne de la volonté d’évoluer de Taylor Swift.
En conclusion, The Life of a Showgirl est un album qui surprend par son style et sa tonalité, plus intime et feutrée. Il soulève la question de la place que prend la maturité, le succès et la vie personnelle dans la création artistique. Faut-il s’attendre à ce que Taylor Swift continue de surprendre, quitte à perdre une partie de la spontanéité qui a fait son succès ? Ou devons-nous simplement accepter qu’au fil du temps, même les plus grandes stars se transforment et évoluent, parfois au risque de déstabiliser leur public ?
Personnellement, j’adore suivre ces retournements de style – parce qu’après tout, la musique, c’est avant tout une histoire humaine. Et si Taylor nous invite à la suivre dans ses doutes, ses amours et ses audaces, alors je me dis que le prochain épisode vaudra aussi le détour. Qui sait, peut-être qu’à la prochaine écoute, The Life of a Showgirl deviendra notre nouveau petit secret préféré… À vos écouteurs !
