
(Crédit : Far Out / Traffic)
Bien que Traffic n’ait jamais connu le même niveau de succès que certains de leurs pairs, le groupe britannique s’est distingué par la qualité exceptionnelle de ses compositions, rivalisant avec les grandes figures du rock progressif de leur époque.
Peut-être trop en avance sur leur temps ou trop élaborés dans leurs idées pour être pleinement compris au départ, ils parvinrent cependant à trouver leur place, récoltant un succès modéré au Royaume-Uni comme aux États-Unis. Traffic n’a jamais été considéré à la hauteur de formations comme Jethro Tull, Cream ou The Band, qui mêlaient avec brio rock progressif, blues et psychédélisme, mais ils étaient souvent perçus comme les outsiders prometteurs de cette ère musicale, convaincus qu’un véritable décollage restait inévitable.
Leurs trois premiers albums, publiés entre 1967 et 1969, laissaient entrevoir un groupe sur le point d’exploser, mais c’est au début des années 70 qu’ils livrèrent leurs chefs-d’œuvre, notamment John Barleycorn Must Die et The Low Spark of High Heeled Boys. Cette période faste ne dura malheureusement pas, et après la sortie en 1974 de When the Eagle Flies, le groupe mit un terme à son aventure, qui ne reprit pas avant deux décennies.
Pourtant, ce succès presque fulgurant faillit ne jamais avoir lieu. Les musiciens s’étaient imposé une pause à la fin des années 60, et certaines forces, inconnues et hors de leur contrôle, semblèrent freiner leur ascension vers la reconnaissance qu’ils espéraient.
Leur premier album, Mr. Fantasy, fut enregistré dans une ferme du 19e siècle en Berkshire. Dès cet instant, les choses commencèrent à déraper, bien avant qu’ils ne goûtent à une quelconque célébrité. Composé de Jim Capaldi, Steve Winwood, Chris Wood et Dave Mason, le groupe bénéficiait de nombreux talents et d’une créativité foisonnante. Pourtant, ce lieu chargé d’une atmosphère étrange semblait les hanter, presque maudire leurs ambitions, les empêchant d’atteindre leur apogée.
Steve Winwood se souvenait d’une ambiance surréaliste dans les écuries transformées en studio : « Nous sentions qu’il y avait un mystère dans ce paysage », confiait-il, « et nous voulions voir si nous pouvions intégrer cette énigme dans la musique de Traffic, laisser cette influence nous guider. Nous ne savions pas comment, mais ce mystère nous influençait. »
Pour Jim Capaldi, ces forces invisibles seraient en réalité responsables de la fin prématurée du groupe. Selon lui, ce « cottage » abritait quelque chose de maléfique qui a précipité leur séparation en 1969. Il attribut une large part de leur échec à cette présence néfaste avec laquelle ils partageaient ce lieu.
Si tout cela peut sembler relever du folklore, comment expliquer autrement qu’un groupe de ce calibre n’ait jamais vraiment franchi le cap de la notoriété mondiale ?
Points à retenir
- Traffic a toujours été un groupe sous-estimé, malgré ses chansons influencées par le rock progressif, le blues et la folk.
- Les premières années (1967-1969) ont révélé un potentiel prometteur avant un véritable éclat au début des années 70.
- Le lieu d’enregistrement atypique de leur premier album a laissé une empreinte mystique, parfois perçue comme un frein à leur succès.
- Les membres du groupe ont évoqué une présence obscure dans cet environnement, marquant de façon indélébile leur expérience collective.
- Après une série d’albums marquants, Traffic s’est séparé au milieu des années 70, ne se reformant que vingt ans plus tard.
En somme, l’histoire de Traffic illustre combien les trajectoires musicales sont parfois imprévisibles, marquées autant par la créativité que par des circonstances imprévues. Cela soulève une question intéressante : dans quelle mesure l’environnement et le timing influencent-ils réellement le destin d’un groupe ? Personnellement, je trouve fascinant d’imaginer ces musiciens confrontés à un décor presque surnaturel, comme si la musique elle-même dansait avec les esprits du passé. Une touche de mystère dans l’aventure artistique, ça ne fait jamais de mal, non ?
