ven. Sep 18th, 2026

Note: 5.5/10 Titre original: Monster: The Lizzie Borden Story, Date de sortie : 17-09-2026. Saisons : 1.

Une saison visuellement captivante, mais une adaptation du cas de 1892 qui mélange émancipation féminine et provocation

Monster: La histoire de Lizzie Borden, série Netflix 2026

Une femme accusée d’avoir brutalement tué son père et sa belle-mère avec une hache, un procès qui se termine par une acquittement, et un mystère qui perdure depuis plus de 130 ans. L’affaire de Lizzie Borden offre à la quatrième saison de Monster un matériau idéal : une histoire où les faits juxtaposent une multitude de suppositions, préjugés et légendes. Cependant, la série Netflix choisit de se débarrasser rapidement de l’incertitude, montrant Lizzie commettre les meurtres et revenant sur les événements pour expliquer ses motivations.

C’est une décision narrative pertinente, mais également révélatrice. Monster: La storia di Lizzie Borden ne cherche pas à élucider un mystère : elle souhaite en faire un mélodrame gothique sur la répression féminine. Cela produit une saison riche visuellement, interprétée avec force, bien que les idées les plus intéressantes soient souvent écrasées par une quête presque compulsive de scandale.

Dans le Massachusetts de 1892, Lizzie (Ella Beatty) vit sous le contrôle de son père Andrew (Charlie Hunnam) et de sa belle-mère Abby (Rebecca Hall). Bien que la famille soit riche, la maison est régie par des règles étouffantes, humiliations et rapports de force. L’arrivée de la domestique Bridget Sullivan (Vicky Krieps) offre à Lizzie une opportunité de complicité et, progressivement, de rébellion.

La série puise sa force dans les espaces domestiques. Les vêtements rigides, les intérieurs soigneusement agencés et les conventions sociales transforment la maison des Borden en un lieu où chaque geste semble passer sous le regard du jugement. Le contraste entre l’élégance des images et la brutalité des relations familiales crée une atmosphère pesante, teintée d’un humour noir qui rend le récit moins prévisible qu’une simple reconstitution criminelle.

Ella Beatty parvient à ne pas réduire Lizzie à une victime innocente ni à une figure purement monstrueuse. Son interprétation dépeint une femme qui observe, retient et évalue continuellement ses réactions. Rebecca Hall, quant à elle, incarne Abby comme une présence autoritaire et grotesque, capable de captiver sans devenir la méchante classique d’un conte de fées. Vicky Krieps insuffle une énergie nouvelle : sa Bridget connaît un monde plus vaste que celui accessible à Lizzie et devient le lien à travers lequel Lizzie commence à envisager une échappatoire.

La réalité ne laisse pas place aux certitudes exhibées par le scénario. Andrew et Abby Borden furent assassinés le 4 août 1892 ; Lizzie fut jugée et acquittée en 1893. Sa culpabilité n’a jamais été prouvée. Monster, cependant, construit un chemin rapide vers le meurtre, attribuant un rôle clé à la relation entre Lizzie et Bridget ainsi qu’à la violence de leur vie domestique.

Il ne s’agit pas de l’inexactitude historique qui compromet la série. La fiction peut formuler des hypothèses, réinventer des personnages et utiliser le passé pour questionner le présent. Cependant, la dénonciation de la condition féminine se voit constamment réaffirmée par des images et des situations de plus en plus extrêmes : menstruations, sexualité, mutilations, empoisonnements, et fantasmes sanguinaires. Le corps des femmes devient à la fois l’objet d’oppression et le principal outil de spectacle.

Le risque est que le récit en vienne à reproduire, sous une forme provocante, le même regard morbide qu’il souhaite interroger. La souffrance de Lizzie est exhibée avec telle insistance qu’il reste peu de place pour les ambiguïtés du personnage. Même la relation avec Bridget, qui pourrait constituer le noyau émotionnel de la saison, est souvent soumise à la nécessité de préparer le prochain excès.

Le résultat est paradoxal : plus la série prétend expliquer Lizzie, moins elle semble intéressée par la complexité de son affaire. Le mystère historique est remplacé par une chaîne de traumatismes et de provocations qui orientent le spectateur vers une interprétation déjà imposée par les créateurs.

La tendance à l’accumulation se manifeste notamment dans les détours narratifs. Le récit de la comtesse Elizabeth Báthory, encore interprété par Vicky Krieps, inscrit Lizzie dans une généalogie imaginaire de femmes associées au sang et à la violence. L’apparition de Aileen Wuornos, incarnée par Sarah Paulson, déplace quant à elle la narration vers une autre époque et un autre cas criminel.

Bien qu’une intention soit palpable, l’association ne suffit pas à produire une réflexion. Báthory et Wuornos risquent de devenir principalement de nouvelles occasions d’élargir le répertoire visuel et provocateur de la série, la détachant du contexte social et judiciaire qui rendrait vraiment significatif le cas Borden.

Paulson livre une performance percutante, mais la qualité de son jeu ne résout pas le problème structurel : huit épisodes semblent trop nombreux pour une histoire qui continue d’ajouter des éléments sans approfondir proportionnellement son cœur dramatiques. Les scènes les plus efficaces restent celles où la tension émerge d’une conversation, d’un regard ou de la disposition des personnages dans la maison. Lorsque Monster se repose uniquement sur l’escalade, l’horreur perd progressivement de son impact.

Cette saison présente une identité visuelle marquée et une distribution capable de donner corps même aux passages les plus extravagants. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi son mélange de mélodrame, d’humour noir et de violence peut être captivant. Pourtant, derrière cette façade élaborée, subsiste une contradiction que la série peine à résoudre.

Elle voudrait soustraire Lizzie Borden à la caricature de la femme meurtrière, mais trouve finalement le moyen d’en construire une autre, plus moderne et spectaculaire. Elle lui attribue désirs, traumatismes et rébellion, pour cependant convertir tout cela en un mécanisme qui cherche continuellement à choquer le spectateur. La véritable Lizzie, acquittée et laissée avec un questionnement encore ouvert, s’évanouit derrière une version romancée qui semble avoir une explication pour chaque chose.

En fin de compte, le problème n’est pas que Monster trahisse l’enquête pour faire du cinéma. C’est que, dans sa quête d’une sensationalisation accrue, elle renonce précisément à ce qui rend l’affaire inquiétante : la possibilité qu’après plus d’un siècle, nous ne sachions toujours pas réellement ce qui s’est passé dans cette maison.

Points à retenir

  • Un mélange d’éléments narratifs, oscillant entre drame familial et thriller.
  • Des personnages féminins dont les relations sont au cœur de la trame.
  • Une exploration de la condition féminine à travers des métaphores parfois extrêmes.
  • L’importance du décor et de l’atmosphère dans l’immersion du spectateur.
  • Une critique sur la manière dont les histoires de crime sont interprétées et réinterprétées.

Il est fascinant de considérer comment les histoires de femmes historiques, comme celle de Lizzie Borden, continuent de résonner dans notre société moderne. Au-delà des faits divers qui souvent captivent l’attention, la véritable exploration des émotions et des luttes intérieures offre un territoire inexploré. J’invite chacun à réfléchir sur le poids du passé et comment il façonne notre compréhension actuelle des rôles de genre et de la violence en milieu domestique. N’est-il pas temps d’examiner ces récits sous un nouvel angle, en cherchant à comprendre plutôt qu’à condamner ?


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

By Sandrine Dubois

Sandrine Dubois est une Journaliste indépendante trilingue, elle est née sur île de la Grenade, puis a fait ses études aux Etats-Unis à l' "University of Northern Iowa" , aujourd'hui elle intervient sur différents médias Web pour partager ses compétences dans les thématiques sociétales, business, lifestyle et culture.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *