«La voix de Hind Rajab» : l’appel d’une fillette palestinienne transforme un film en urgence humaine
Par LesNews

Les appels au secours, précipités et déchirants, sont au cœur de La voix de Hind Rajab (Sawt Hind Rajab, 2025). Ils proviennent d’une fillette palestinienne de cinq ans, la seule survivante d’une pluie de balles qui a frappé le véhicule familial alors qu’il fuyait la Bande de Gaza.
« Venez me chercher. Sauvez-moi. Je suis en train de mourir. » Ces phrases, répétées au téléphone, structurent le film de la Tunisienne Kaouther Ben Hania, qui reconstitue les événements survenus deux ans plus tôt. Son film a été l’un des titres en lice pour l’Oscar du meilleur film international — prix finalement remporté par Valor Sentimental (Norvège) — et a suscité de vives réactions dans divers festivals.

Réalisatrice déjà remarquée pour O homme qui vendit sa peau (2020) et pour le documentaire Les 4 filles d’Olfa (2023), Ben Hania signe ici un docudrame qui tient autant du thriller que du témoignage. La mise en scène rappelle parfois le suspense oppressant du thriller danois Culpa (The Guilty, 2018), de Gustav Möller : l’essentiel de l’action se déroule dans les salles d’urgence et se concentre sur des échanges téléphoniques — ceux des volontaires du Croissant-Rouge palestinien avec la fillette, sa famille et les équipes médicales.
La réalisatrice a choisi un parti pris fort : les personnages principaux sont incarnés par des acteurs palestiniens ou d’origine palestinienne, tandis que Hind Rajab n’apparaît qu’à travers des photos et les enregistrements réels utilisés avec l’accord de sa mère. Le mélange entre fiction et documents authentiques est discret et puissant ; à plusieurs moments, les acteurs s’effacent pour laisser place à la voix ou à l’image des volontaires véritables, captées sur un téléphone.

Le film met en lumière le travail des volontaires : Omar (Motaz Malhees), sa superviseure Rana (Saja Kilani), la thérapeute Nisreem (Clara Khoury) et Mahdi (Amer Hlehel), le chef d’équipe. Les comédiens offrent des performances mesurées, rendant palpable la tension quotidienne avant la catastrophe — et la suite, quand ils reçoivent l’appel des parents indiquant que seul un enfant a survécu aux 355 tirs dirigés contre la voiture.
La force dramatique du film tient aussi à l’absurdité des obstacles administratifs : la priorité n’est pas toujours la rapidité, mais la coordination — des téléphones qui sonnent en cascade, des exigences de « feu vert » auprès des autorités pour assurer la sécurité d’un convoi, des procédures imposées même quand une vie est en jeu. Ces séquences exposent, sans rhétorique, les effets mortifères d’une bureaucratie en temps de guerre.
La voix de Hind Rajab a été saluée dans plusieurs festivals — à Venise, où la réalisatrice a reçu le Grand Prix du Jury et où le film a été longuement applaudi, et à Berlin, où Ben Hania a fait parler d’elle en refusant un trophée, geste qu’elle a expliqué par sa protestation face à ce qu’elle a considéré comme des silences institutionnels sur la situation à Gaza. Le film a aussi bénéficié du soutien de personnalités du cinéma international parmi ses producteurs exécutifs, ce qui a élargi sa visibilité lors des campagnes de prix.
Techniquement soigné, le film évite la complaisance : il s’efforce de rendre compte d’un réel douloureux en conservant la dignité des personnes concernées. Il rappelle, sans sensationnalisme, que les récits de guerre sont d’abord faits de voix humaines et de décisions prises — ou retardées — par d’autres.
Points à retenir
- La voix de Hind Rajab (2025), de Kaouther Ben Hania, reconstruit en docudrame l’appel au secours d’une fillette palestinienne de cinq ans, seule survivante d’une attaque contre un véhicule familial.
- La mise en scène privilégie les échanges téléphoniques et l’espace confiné des unités d’urgence, rappelant le dispositif du thriller danois Culpa (The Guilty).
- Hind n’apparaît qu’en photographies et par des enregistrements réels utilisés avec l’accord de sa mère ; les rôles principaux sont tenus par des acteurs palestiniens ou d’origine palestinienne.
- Le film met en lumière la lenteur et la complexité des procédures de coordination pour les secours, qui constituent l’un des obstacles majeurs au sauvetage.
- Reconnaissance en festival : Grand Prix du Jury à Venise, et une exposition internationale renforcée par le soutien de producteurs et personnalités du cinéma.
- La réalisatrice a choisi des moyens formels pour mêler témoignage et fiction, sans effacer la réalité des faits reconstitués.
- Documentaire et fiction se combinent pour interroger la responsabilité collective face aux victimes civiles en zone de conflit.
À titre personnel, je trouve que ce genre de film nous force à regarder autrement les images de guerre : non plus comme des titres d’information, mais comme des appels individuels, urgents et irréversibles. En tant que journaliste, cela m’interpelle — comment nos institutions et nos médias peuvent-ils mieux traduire ces voix en actions tangibles ? J’ouvre la discussion : comment transformer l’émotion suscitée par un film en une meilleure prise en charge des secours et en une pression réelle sur les décideurs ?
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