mar. Juin 23rd, 2026
La Chambre redéfinit la loi sur le streaming : nouveau cap et portée élargie
Vera Zaverucha
Vera Zaverucha, consultante en législation audiovisuelle et ancienne directrice d’Ancine. (Photo : DR)

La réglementation des services de vidéo à la demande (VàD) — le « streaming » grand public — est entrée dans sa phase déterminante au Congrès national brésilien. Après son adoption par la Chambre des députés, le texte est revenu au Sénat et une incertitude procédurale, levée la semaine dernière, a clarifié la suite du processus.

Le Sénat a statué, sur un point de procédure crucial, sur le sort du projet de loi transmis par la Chambre. Formalement, le PL n° 5873/2025 (issu de l’ancien PL 8889/2017) a été archivé.

Cela tient au fait que le texte adopté par la Chambre a été reconnu comme un substitut au PL n° 2.331/2022, initiative du Sénat portée par le sénateur Nelsinho Trad, déjà approuvée en avril 2024. Concrètement, la proposition sera désormais débattue et votée au Sénat sous la forme d’un substitut de la Chambre au PL 2331/2022.

La procédure respecte la primauté de la Chambre d’origine (ici, le Sénat), mais c’est bien le contenu enrichi venu de la Chambre qui sera mis au vote. Ce texte consolidé est perçu par une part notable du secteur audiovisuel comme plus adapté aux réalités actuelles du marché.

Il convient de rappeler le rôle du PL 2331/2022 : initié et porté par le Sénat, il a contribué à faire émerger la nécessité d’intégrer le streaming dans les règles de contribution et de soutien sectoriel. Son texte initial posait des principes sur l’assiette de la Condecine-Streaming et sur des quotas minimaux pour la production nationale.

Cependant, les acteurs du marché — et en particulier les opérateurs soumis aux règles de la télévision payante — réclamaient un cadre plus large que la simple taxation. Ils demandaient un dispositif tenant compte de l’ensemble de l’écosystème audiovisuel.

Le substitut issu de la Chambre (l’ancien PL 8889/2017) répond à ces attentes sur plusieurs points : il affine la définition des prestataires de VàD et des modes de diffusion, précise des obligations comme le must carry pour des chaînes publiques, et détaille des quotas pour les contenus nationaux et indépendants. Il prévoit aussi une assiette de Condecine-Streaming pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires, ce qui augmenterait la capacité de financement du Fundo Setorial do Audiovisual (FSA).

En somme, le texte de la Chambre est perçu comme offrant un cadre plus complet pour corriger une asymétrie réglementaire qui favorisait jusqu’ici certaines plateformes étrangères par rapport aux opérateurs traditionnels de la télévision payante.

La décision finale repose maintenant sur le Plénum du Sénat. Les sénateurs sont attendus sur la capacité à valider un texte qui égalise les conditions de concurrence et assure que la valeur générée par le streaming irrigue, par une contribution, le développement culturel et économique du secteur audiovisuel brésilien.

Points à retenir

  • Le texte adopté par la Chambre (ancien PL 8889/2017) a été reconnu comme substitut au PL 2331/2022 ; le PL 5873/2025 a donc été archivé pour des raisons procédurales.
  • La proposition qui revient au Sénat combine l’initiative sénatoriale initiale et les amendements venus de la Chambre, ce qui renforce son caractère consolidé.
  • Les points clés du substitut : définition plus large des prestataires de VàD, obligations de must carry, quotas pour contenu national et indépendant, et une Condecine-Streaming potentiellement majorée (jusqu’à 6 %).
  • Une hausse de la Condecine augmenterait les ressources du Fundo Setorial do Audiovisual (FSA), destinées au financement des productions brésiliennes.
  • Le texte vise à réduire une asymétrie réglementaire entre plateformes étrangères et opérateurs locaux de télévision payante, ce qui pourrait modifier les conditions de marché.
  • La prochaine étape est la discussion et le vote en séance plénière du Sénat ; l’équilibre entre exigence de soutien culturel et impact sur les acteurs économiques reste au cœur des négociations.

À titre personnel, j’estime que cette évolution législative marque un tournant pour la régulation audiovisuelle brésilienne : il s’agit d’articuler justice concurrentielle et soutien à la création. Reste à voir si le Sénat saura conserver l’équilibre trouvé en commission et permettre, par des règles claires, que la transition numérique profite aussi à la production et aux talents locaux. Je vous invite à suivre de près ce débat : il affectera l’avenir de la création audiovisuelle et la manière dont la richesse du streaming sera répartie au Brésil.


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