Pour une régulation juste et souveraine des plateformes de vidéo à la demande au Brésil
Des professionnels du secteur audiovisuel — scénaristes, réalisateurs, producteurs indépendants, distributeurs, animateurs et de nombreux acteurs de la filière brésilienne — publient une déclaration exprimant leur vive inquiétude face à la manière dont sont élaborés les projets de loi visant à réguler le streaming au Brésil, actuellement en phase finale au Sénat. Plusieurs personnalités reconnaissables du cinéma et du théâtre ont déjà pris position, parmi lesquelles Wagner Moura, Júlia Lemmertz, Paulo Betti et Antônio Pitanga. Nous partageons leurs réserves : tels qu’ils sont présentés aujourd’hui, ces textes ne sont pas favorables aux intérêts culturels et économiques du pays.
Nous saluons le travail de parlementaires comme Rogério Carvalho (PT-SE) et Humberto Costa (PT-PE), qui ont alerté au Sénat sur les conséquences néfastes de ces projets et la fragilisation potentielle de l’industrie audiovisuelle brésilienne.
Nous déplorons aussi la diffusion d’enregistrements d’échanges entre représentants gouvernementaux et des membres du Congrès, relayés massivement sur les réseaux sociaux, suggérant que le secteur devrait se satisfaire d’une régulation incomplète pour des raisons de conjoncture politique. Lorsque le gouvernement a voulu mobiliser ses ressources, il l’a su faire — le cas de l’augmentation de la tranche d’exonération pour les travailleurs en témoigne — et ces avancées ont souvent résulté d’une mobilisation sociale. De la même manière, la communauté audiovisuelle s’est tenue prête à coopérer pour que la régulation du streaming soit menée avec transparence, cohérence et en priorité pour l’intérêt public et le développement d’une industrie nationale forte.
Il est faux d’affirmer qu’il n’existe aucune voie de recours. Le Sénat dispose de moyens procéduraux, comme la présentation de « destaques » lors du vote, qui permettent d’écarter des passages problématiques du projet. Le président de la République peut également user du droit de veto sur des articles jugés inacceptables. Et si la volonté politique existe, le gouvernement peut encore soumettre une mesure provisoire qui refonderait la régulation de manière souveraine.
Constats clés
1. Un processus mal conduit par les autorités compétentes
Malgré les avertissements de l’ensemble de la chaîne créative et productive, la concertation a été insuffisante. Les ministères impliqués n’ont pas donné la priorité nécessaire au dossier et plusieurs contributions techniques ont été écartées. Des décisions stratégiques ont été prises sans la transparence requise et sans la participation effective du secteur indépendant — précisément celui qui garantit la diversité culturelle, l’innovation esthétique et des emplois qualifiés à travers le pays.
2. Un recul structurel
Même avant l’issue définitive des négociations, le texte en discussion constitue un recul important sur des points essentiels. Autoriser que 60 % des flux financiers publics destinés à l’audiovisuel brésilien soient déterminés par des entreprises étrangères revient à renoncer à la capacité nationale d’orienter les politiques culturelles.
Il est inacceptable que des plateformes étrangères, qui réalisent des milliards de reais de chiffre d’affaires au Brésil, puissent décider de l’affectation des ressources issues de la régulation au lieu de les affecter prioritairement au Fonds Sectoriel de l’Audiovisuel (FSA), conçu pour soutenir la création locale, les auteurs et la culture brésilienne.
3. Refuser le « moindre mal » comme victoire
Le cinéma et la télévision brésiliens se sont construits autour de politiques publiques stables et de l’effort collectif de milliers de professionnels. Accepter un modèle basé sur l’autorégulation des plateformes revient à substituer les intérêts privés à l’engagement public pour le développement culturel, social et économique du pays. Nous ne pouvons confier à une instance étrangère la responsabilité de trier quelles histoires auront droit d’être racontées.
4. La production indépendante, pilier indispensable
La pluralité des récits, la formation d’un public, l’innovation et l’accès démocratique ne seront assurés que si la production indépendante nationale reste au cœur de la politique audiovisuelle. Toute disposition qui affaiblirait le FSA, diminuerait le rôle d’Ancine ou concentrerait le pouvoir décisionnel dans les plateformes étrangères menace la souveraineté culturelle, la diversité artistique et l’écosystème professionnel, de la création à la diffusion.
5. Notre engagement
Les signataires réaffirment leur volonté d’une régulation moderne, équilibrée et conforme aux bonnes pratiques internationales : obligations d’investissement robustes, règles claires pour la promotion de contenus brésiliens, gouvernance publique du FSA et transparence. Nous refusons un schéma qui livrerait la définition de l’audiovisuel brésilien aux intérêts privés étrangers au détriment de l’intérêt public et de l’autonomie créative.
L’audiovisuel brésilien mérite mieux. Le Brésil mérite mieux.
Nous sommes tous Wagner Moura !
Parmi les signataires figurent des noms reconnus du cinéma et de la production brésilienne — Antônio Pitanga, Fernando Morais, Caio Blat, Lúcia Murat, Sandra Kogut, Marília Hughes Guerreiro, Kleber Mendonça Filho, Gabriel Mascaro — ainsi que des associations professionnelles importantes (ABRANIMA, ABRACI, AEXIB, ABRACCINE, entre autres). À ces voix s’ajoutent des centaines de professionnels, collectifs et structures locales : au total, plus de 470 adhésions (relevé au 12/12/2025, 16h30).
Points à retenir
- Le projet de régulation du streaming inquiète la filière audiovisuelle brésilienne : les professionnels dénoncent un manque de concertation et une opacité dans le processus décisionnel.
- Les principaux risques identifiés : transfert de pouvoir de décision sur des fonds publics vers des plateformes étrangères, affaiblissement du FSA et perte d’autonomie culturelle.
- Des recours existent au Sénat (destaques), ainsi que les prérogatives présidentielles (veto) et l’option d’une mesure provisoire, si la volonté politique s’en fait l’écho.
- Les signataires demandent une régulation équilibrée, avec quotas d’investissement, obligations claires de valorisation du contenu national et gouvernance publique transparente du fonds audiovisuel.
- La production indépendante est présentée comme le pilier nécessaire à la diversité des récits, à l’emploi culturel et à l’innovation artistique au Brésil.
En tant que journaliste chez LesNews, je constate que ce mouvement rassemble des voix très diverses du secteur et qu’il interroge autant les choix techniques que les orientations politiques autour de la culture numérique. À mon sens, la question centrale demeure : voulons-nous une régulation qui renforce la souveraineté culturelle et les filières locales, ou acceptons-nous une dépendance croissante aux logiques de marché international ? J’invite nos lecteurs et les acteurs concernés à débattre de ces enjeux pour imaginer des solutions concrètes et durables.
[not-all]S’abonner à Amazon Prime 📺

Disclaimer de non-responsabilité
[/not-all]Vous utilisez les informations contenues dans cet article à vos propres risques et périls. Les liens et plateformes mentionnés sont référencés à titre informatif et ne sauraient engager notre responsabilité en cas de violation de la législation en vigueur sur le droit d'auteur. Le streaming et le téléchargement de contenus protégés sans autorisation sont strictement interdits par la loi. Assurez-vous de respecter les règles en vigueur et de privilégier des alternatives légales pour vos besoins de divertissement. Toute utilisation illégale de ces services est de votre seule responsabilité.
