Les forces de l’ordre canadiennes saisissent 40 millions de dollars d’actifs cryptographiques
La police nationale du Canada a annoncé, ce jeudi, avoir confisqué des actifs numériques d’une valeur de 56 millions de dollars canadiens (40 millions de dollars américains) sur la plateforme de trading de cryptomonnaies TradeOgre, un fait qualifié de plus importante saisie de ce type dans l’histoire du pays.
Ce montant dépasse la saisie de 13 millions de dollars canadiens effectuée par les autorités en Ontario en 2023, qui concernait des bitcoins liés à un réseau de production de fentanyl sur le dark web, attestant ainsi l’ampleur de l’opération actuelle.
La Gendarmerie royale du Canada a déclaré avoir démantelé TradeOgre après avoir établi que la plateforme opérait sans licence, facilitant probablement le blanchiment d’argent lié à des activités criminelles.
Selon la législation canadienne, les bourses de cryptomonnaies doivent s’enregistrer auprès du Centre d’analyse des rapports et dépôts financiers du Canada (FINTRAC) en tant que fournisseurs de services monétaires (PSM). Ces plateformes sont tenues de réaliser des vérifications d’identité des clients (KYC) et de signaler les transactions suspectes, obligations dont TradeOgre ne s’était pas acquitté.
Cette saisie a été réalisée à la suite d’une enquête lancée en juin 2024 par la Gendarmerie royale, après un signalement d’Europol. Les enquêteurs ont conclu que TradeOgre agissait en tant qu’entité de services financiers non enregistrée, sans appliquer de mesures essentielles de lutte contre le blanchiment d’argent, comme l’identification de ses clients.
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Europol avait précédemment mentionné TradeOgre en lien avec des groupes de ransomware tels que Conti et LockBit, qui auraient utilisé des bourses obscures et à faible niveau de KYC pour convertir des paiements en cryptomonnaies. La société d’analyse blockchain Chainalysis a également identifié des portefeuilles liés à TradeOgre, ayant traité des millions de dollars de flux de fonds suspects entre 2019 et 2024.
Des fonds soupçonnés de criminalité
Dans un communiqué, la Gendarmerie royale a déclaré : “Les enquêteurs estiment que la majorité des fonds traités via TradeOgre proviennent de sources criminelles”. Ils ont précisé que “la principale caractéristique de ce type de plateformes, qui ne requièrent pas l’identification des utilisateurs pour créer un compte, est de dissimuler l’origine des fonds.” La police estime que plus de 90 % des transactions sur TradeOgre étaient liées à des cryptomonnaies axées sur l’anonymat, comme Monero (XMR), prisées par les cybercriminels pour masquer les pistes de leurs transactions.
Aucune accusation n’a été portée jusqu’à présent contre des individus liés à la plateforme, la police indiquant que l’enquête est toujours en cours. Les autorités canadiennes ont un historique solide en matière de poursuites dans des affaires criminelles, souvent longtemps après la saisie des actifs; dans une affaire de 2021, Alexander Vinnik, opérateur de BTC-e, a vu des accusations suivies d’une longue période d’enquête après des saisies initiales.
Le site officiel de TradeOgre affiche désormais un avis de saisie émis par la Gendarmerie royale du Canada : “Ce site et ses actifs cryptographiques ont été saisis par la Gendarmerie royale du Canada.” Le dernier affichage de la bourse sur les réseaux sociaux remonte au 28 mai 2025.
Avant sa fermeture, TradeOgre était reconnu dans les forums en ligne comme une plateforme “sans KYC”, traitant des volumes quotidiens entre 5 et 10 millions de dollars, principalement en Monero et en Bitcoin, ainsi que d’autres tokens de confidentialité moins connus. Le site était enregistré sous un domaine offshore, et ses serveurs seraient situés en Europe de l’Est, compliquant ainsi la tâche des régulateurs pour définir son étendue.
Points à retenir
- La saisie par la police canadienne de 40 millions de dollars d’actifs cryptographiques constitue une étape significative dans la lutte contre le blanchiment d’argent.
- TradeOgre, en ne respectant pas les normes KYC et de signalement, a permis à des fonds criminels de circuler aisément.
- Les opérations de ce type soulignent l’importance croissante de la régulation des plateformes de cryptomonnaies au Canada et ailleurs.
- Europol joue un rôle actif dans l’identification et le démantèlement des réseaux de cryptomonnaies impliqués dans des activités illicites.
- Le cas de TradeOgre pourrait inspirer d’autres enquêtes sur des plateformes similaires opérant dans des zones grises réglementaires.
Dans un contexte où les utilisateurs de cryptomonnaies recherchent à la fois l’anonymat et la sécurité, la responsabilité des plateformes ne peut être sous-estimée. L’affaire TradeOgre pose la question importante de l’équilibre entre la protection des consommateurs et la nécessité de réguler un marché en pleine expansion. Cela pourra-t-il engendrer des changements durables dans l’écosystème des cryptomonnaies ? Seul l’avenir le dira.

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