Le dollar américain, surévalué de plus de 17 % par rapport à sa valeur réelle, continue de subir des pressions baissières, selon un rapport publié samedi par la Banque nationale du Qatar (QNB). Malgré la forte chute de la devise cette année, la plus marquée depuis un demi-siècle, la banque estime qu’une nouvelle baisse est possible à moyen et long terme. Parallèlement, la Banque d’Angleterre a demandé aux établissements financiers britanniques d’évaluer leur résilience face à d’éventuels chocs liés au dollar, un signe supplémentaire que les politiques de l’administration Trump ébranlent la confiance envers le dollar, considéré comme un pilier de la stabilité financière mondiale.
Monnaie principale du commerce international et des flux de capitaux, le dollar reste le moteur du financement global. Toutefois, le virage pris par Donald Trump, notamment sur le libre-échange et la défense, pousse les décideurs à s’interroger sur la fiabilité du dollar en cas de crise. Alors que la Réserve fédérale américaine assure vouloir maintenir l’approvisionnement en dollars dans le système financier, les alliés européens commencent à reconsidérer leur dépendance à Washington.
Un dollar surévalué
Dans son rapport hebdomadaire, la QNB explique cette chute du dollar par le recul de la suprématie économique américaine, une valorisation excessive de la devise et un accumulation importante d’actifs étrangers aux États-Unis. Le rapport souligne que les marchés des changes, avec un volume quotidien de plus de 7 500 milliards de dollars, représentent l’actif financier le plus liquide au monde.
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L’indice du dollar, qui mesure sa performance face à un panier de six monnaies majeures, a enregistré son pire début d’année depuis 1973, année où le président Nixon a rompu la parité entre le dollar et l’or, provoquant une forte dépréciation. L’indice a chuté à 98,25 vendredi, en baisse significative face à l’euro, au yen, à la livre sterling, au dollar canadien, à la couronne suédoise et au franc suisse.
La QNB estime que la vigueur des mouvements de marché pourrait accentuer cette tendance baissière à court terme, et présente trois arguments justifiant un recul du dollar à moyen et long terme :
- Le ralentissement prévu de l’économie américaine face aux autres grandes puissances avancées devrait réduire ce que l’on appelle « l’exception américaine ». L’écart de croissance du PIB entre les États-Unis et la zone euro, historiquement favorable aux Américains de 2,2 points annuels, se resserrerait à 0,7 point entre 2025 et 2027, renforçant ainsi l’euro, qui représente 57,6 % du panier de l’indice dollar.
- Le dollar est actuellement surévalué d’environ 17 % par rapport à sa valeur « juste » estimée. Cette distorsion devrait s’atténuer naturellement sur le moyen terme.
- Les flux internationaux d’actifs financiers pointent vers un rééquilibrage structurel des allocations de capitaux mondiaux, impliquant des sorties nettes de capitaux des États-Unis. La nation reste un débiteur net majeur, son passif international net ayant considérablement augmenté depuis la crise financière globale, représentant désormais près de 88 % de son PIB, exacerbant les déséquilibres économiques mondiaux.
Ce déséquilibre suscite des tensions tant chez les créanciers que chez les débiteurs, nécessitant des ajustements profonds que pourraient prendre plusieurs années, accentuant ainsi la pression vendeuse sur le dollar.
La Banque d’Angleterre anticipe les risques liés au dollar
Dans ce contexte, trois sources consultées par l’agence Reuters ont révélé que la Banque d’Angleterre demande à plusieurs banques britanniques d’évaluer leur capacité à résister à des crises potentielles liées au dollar. Cela fait suite à des exigences similaires de régulateurs européens invitant à revoir les plans de financement en dollars et la dépendance à cette devise, y compris les besoins à court terme.
Un des scénarios envisagés lors de tests internes par une grande banque basée au Royaume-Uni simulait un assèchement complet du marché des swaps en dollar. Richard Portes, professeur d’économie à la London Business School et ancien président du comité consultatif européen sur les risques systémiques, souligne qu’en cas de crise majeure, la Réserve fédérale pourrait hésiter à intervenir, redoutant une réaction politique de Trump. Ce qui place les banques étrangères dans une position délicate, devant réduire au plus vite leur exposition au dollar.
Ces efforts sont menés discrètement, certains régulateurs ou banques ne souhaitant pas commenter publiquement. Tandis que la Maison-Blanche affirme que la confiance dans le dollar et l’économie américaine reste forte sous l’administration Trump, le dollar n’est plus considéré comme un accès garanti et inconditionnel, ce qui complique la gestion bancaire.
Un des informateurs rappelle qu’aucune banque ne pourrait supporter un choc important sur l’offre de dollars au-delà de quelques jours. Une crise d’accès au financement en dollars augmenterait les coûts, mettant en péril leur capacité à répondre aux besoins de liquidité des clients, ce qui pourrait déclencher une perte de confiance et amplifier les sorties de capitaux. Malgré la faible probabilité de ce scénario extrême, régulateurs et banques prennent désormais ces risques au sérieux.
Points à retenir
- Le dollar n’est pas seulement la monnaie de référence mondiale, mais aussi une source d’incertitudes croissantes face à l’évolution des politiques américaines.
- La montée en puissance économique européenne pourrait redistribuer les cartes des monnaies de réserve, avec l’euro gagnant du terrain.
- La surévaluation du dollar semble incontournable à corriger, un ajustement qui promet quelques montagnes russes sur les marchés des changes.
- Les déséquilibres financiers internationaux concentrés aux États-Unis risquent d’alimenter des mouvements de capitaux qui affecteront la valeur du billet vert.
- Les régulateurs européens et britanniques adoptent un regard plus prudent et averti, anticipant une possible crise de liquidité en dollars, jusque-là impensable.
- Malgré la confiance affichée des institutions américaines, le dollar ne bénéficie plus d’une confiance inébranlable, ce qui complique la gestion des banques mondiales.
En somme, observer la trajectoire du dollar aujourd’hui ressemble un peu à suivre un feuilleton économique avec des rebondissements imprévus. Pendant que les banquiers centraux et les régulateurs peaufinent leurs scénarios catastrophe, nos portefeuilles, eux, ne demandent qu’à suivre la danse entre euro et dollar sans trop tanguer. Une chose est sûre : dans ce jeu à haut risque, personne n’a vraiment gagné d’avance, pas même la devise-clé du système financier mondial. Quant à nous, curieux observateurs, il reste à voir si le dollar sait encore garder sa place au cœur de la scène internationale ou s’il doit composer avec de nouvelles règles du jeu.
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