Évitez un optimisme excessif : c’est le principal enseignement du rapport spécial sur la haute technologie en 2024, publié lundi par l’Institut RISE, dirigé par Eugene Kandel.
« Les investissements dans les startups se stabilisent à un niveau relativement bas de 2 à 2,5 milliards de dollars par trimestre, alors que le nombre d’investisseurs actifs continue de diminuer et que les données sur l’emploi signalent une stagnation prolongée du nombre de travailleurs dans le secteur technologique. De plus, une nouvelle tendance est apparue en 2024 : une centralisation au profit du secteur de la cybersécurité », expliquent les auteurs du rapport.
À première vue, le tableau global de la haute technologie israélienne en 2024 semble satisfaisant, surtout compte tenu de la guerre en cours. Le capital levé s’élève à 9,7 milliards de dollars, en hausse par rapport à 8,7 milliards en 2023. Dans une perspective rétrospective, ce chiffre devrait se rapprocher des 10 milliards, de nombreuses entreprises évitant actuellement de déclarer leurs premiers tours de financement.
La tendance observée en Israël s’aligne sur les développements aux États-Unis durant l’année dernière et dépasse même ceux de l’Europe, où le financement des startups a diminué. Cependant, ces chiffres révèlent un fort biais vers des tours de financement très importants, principalement dominés par les entreprises de cybersécurité. Les dix plus gros tours d’investissement représentaient un tiers de tout le capital levé, 42 % de ce financement étant attribué à des entreprises de cybersécurité.
En fait, l’écart de 1 milliard de dollars entre 2023 et 2024 peut être attribué au massive tour de financement de 1 milliard de dollars d’un géant de la cybersécurité, WIZ, qui s’est effectué à une valorisation de 12 milliards de dollars.
Le rapport de RISE souligne également le tour de financement d’un milliard de dollars réalisé par SAFE, une entreprise d’intelligence artificielle fondée par l’Israélo Ilya Sutskever. Cependant, le rapport précise que SAFE n’est pas une entreprise israélienne au sens strict, mais plutôt une société ayant des bureaux en Israël, en contraste avec la décision d’IVC Research d’inclure ce financement dans son résumé du troisième trimestre.
RISE exprime de vives inquiétudes face à la diminution continue du nombre de tours de financement, une tendance qui suggère qu’il y a moins de nouvelles startups qui émergent en Israël. On constate également une chute notable de l’activité des investisseurs étrangers, le nombre total de tours en 2024 étant tombé à seulement 1 087, un plus bas en cinq ans.
La participation des investisseurs étrangers en Israël a chuté de 16 % cette année. Il reste cependant difficile de déterminer si cette baisse résulte d’une décision délibérée d’éviter d’investir en Israël ou de difficultés rencontrées par les fonds eux-mêmes pour lever de nouveaux capitaux ces dernières années.
Ce qui est clair, c’est que les investisseurs européens et asiatiques montrent une activité décroissante en Israël, avec 80 % des investisseurs étrangers désormais originaires des États-Unis. RISE a mené une analyse ciblée des 20 fonds les plus actifs pour isoler le rôle d’un capital limité, constatant que certains fonds ont évité d’investir en Israël au cours de l’année écoulée. Parmi ces fonds, qui incluent des noms de renom tels qu’Andreessen Horowitz, Sequoia et General Catalyst, 15 avaient déjà investi en Israël, mais seulement 8 ont réalisé des investissements en 2024.
Fait intéressant, Sequoia, l’un des plus grands fonds de capital-risque au monde, a considérablement accru son activité en Israël, rouvrant même son bureau local. Sequoia illustre également la tendance à la centralisation dans le financement, participant à des tours qui ont compté pour 24 % de tout le capital levé. Même durant les années de boom, lorsque Insight Partners et Tiger Global investissaient presque quotidiennement, leur part du capital levé n’a jamais dépassé 16 %.
Regardant vers l’avenir, RISE met en avant le secteur de la défense-tech comme une zone prometteuse, mais met en garde que ses chiffres demeurent relativement modestes. Par ailleurs, l’industrie high-tech israélienne devient trop dépendante des secteurs de la cybersécurité et des logiciels d’entreprise, tandis que d’autres secteurs peinent à progresser.
Kandel exprime également des inquiétudes concernant la position déclinante d’Israël dans les classements mondiaux de l’intelligence artificielle, déclarant : « Il n’y a aucune justification pour que des modifications gouvernementales bloquent le plan national sur l’IA, qui n’est pas lié à des débats politiques et vise à propulser Israël dans l’une des révolutions mondiales qui ne feront que s’intensifier dans les années à venir. » L’établissement d’un siège national pour l’IA pourrait être une étape positive, mais le véritable enjeu résidera dans son exécution.
« Après l’instabilité qui a débuté en 2023 avec la réforme judiciaire et la guerre, la principale recommandation est que le gouvernement israélien présente une vision et une stratégie qui inspirent espoir parmi les investisseurs et les entrepreneurs, promeuve une gestion économique responsable, défende des valeurs démocratiques et libérales, et minimise l’isolement international », recommande Kandel, qui a précédemment dirigé le Conseil économique national au bureau du Premier ministre et était étroitement lié au Premier ministre Benjamin Netanyahu.
« Le principal facteur dissuadant les investisseurs étrangers de s’engager dans la haute technologie israélienne est la perception élevée des risques due à la situation sécuritaire et aux incertitudes économiques et politiques. Toutefois, il est crucial de prendre toutes les mesures possibles pour encourager ces investisseurs et lever les obstacles », conclut-il.
RISE préconise de concentrer les efforts sur l’engagement et la persuasion d’investisseurs mondiaux clés qui n’investissent pas actuellement en Israël, en particulier les fonds d’investissement d’entreprise, pour commencer à le faire. Le rapport aborde également l’exode des cerveaux en Israël au cours de l’année écoulée, recommandant la création et la mise en œuvre d’un programme efficace pour attirer et retenir les talents en Israël. « Un tel programme ne devrait pas se concentrer uniquement sur les avantages fiscaux mais adopter une approche holistique incluant tous les facteurs qui attirent les chercheurs et les experts, y compris les subventions de recherche et l’accès aux infrastructures », conclut le rapport.
Bon à savoir
- Tendance au financement : Le financement des startups en Israël diminue, avec quelques grands tours concentrant la majorité des fonds.
- Sécurisation des talents : La nécessité de programmes pour attirer et retenir les talents est mise en avant, insistant sur une approche globale.
- Cybersécurité dominante : Le secteur de la cybersécurité continue de dominer le paysage technologique israélien, attirant des capitaux importants.
La situation actuelle soulève des questions sur la durabilité et l’avenir des investissements dans le secteur technologique en Israël. Alors que la cybersécurité se renforce, d’autres secteurs semblent nécessiter une attention renouvelée pour stimuler une croissance durable. Quelles mesures pourraient être mises en place pour diversifier davantage ce paysage technologique et attirer des investissements étrangers tout en renforçant l’innovation au sein du pays ?