mar. Juil 14th, 2026

Les conférences de formation qui, depuis la chute de l’Union soviétique, clôturent la saison des fêtes à Moscou, constituent la plus grande manifestation idéologique de la nouvelle Russie orthodoxe. Le patriarche Kirill a appelé à la mnogočadie, ou “multifilliolance”, un mode de vie devenu indispensable : “Nous sommes le pays le plus vaste par sa superficie géographique, mais nous sommes trop peu nombreux pour tout cet espace”.

Les “Lectures de Noël internationales formatrices” se sont déroulées à Moscou du 26 au 30 janvier. Cet événement, établi après la fin de l’Union soviétique, a été célébré pour la première fois le 7 janvier 1992, marquant la libération définitive d’une idéologie athée qui a pris le pas sur le pays pendant soixante-dix ans. Bien qu’il y ait déjà eu une certaine liberté religieuse lors de la perestroïka, les Lectures de Noël ont pendant des années offert un espace de rencontre entre orthodoxes, catholiques, protestants, ainsi que divers intellectuels russes et étrangers, tous engagés dans un mouvement général de renaissance religieuse en Russie.

Dans l’ère de Vladimir Poutine, après les célébrations jubilaires et présidentielles de 2000, ces Lectures sont devenues une vitrine idéologique majeure de la nouvelle Russie orthodoxe, exprimant les valeurs traditionnelles que la politique doit imposer à la population. Cette année, l’événement était consacré à un thème proposé par le président Poutine lui-même : “80ème anniversaire de la Grande Victoire : mémoire et expérience spirituelle des générations”. Ce concept vise à souligner le sens “mystique” de la grandeur militaire stalinienne, d’où émerge aujourd’hui une Russie militante et apocalyptique.

À l’instar des Lectures patriarcales, la Duma de Moscou a commencé à organiser en 2012 les “Rencontres de Noël parlementaires”, où le patriarche ou des métropolites sont conviés. Compte tenu de l’importance du sujet spirituel lié à la guerre, le patriarche Kirill a présenté une intervention à la Duma, insistant sur la nécessité d’un dialogue sur ces enjeux entre l’Église et le pouvoir législatif, alors que d’autres pays détruisent les fondements moraux de la vie. Face à cette crise mondiale, il affirme que “la Russie s’engage sur une voie alternative de développement civilisateur”.

Kirill avertit que “lorsque des normes et des lois s’opposent aux commandements divins”, cela indique l’incapacité à créer une réelle civilisation, freinant ainsi toute avancée politique et sociale. Il soulage ses concitoyens en affirmant que, bien qu’ils ne soient pas compris ailleurs, une part significative d’entre eux soutient leur cause, même sans pouvoir le dire publiquement. Cela semble être le véritable objectif des déclarations du gouvernement et de l’Église en Russie, cherchant à rassembler ceux qui se sentent proches du “souverainisme éthique” face à des puissances qui tentent d’éradiquer la nature humaine.

Au cœur de ce discours, Kirill, depuis sa chaire patriarcale, proclame que ceux qui partagent ces valeurs sont majoritaires, et que la mission de la Russie est de donner une voix à ce peuple opprimé. C’est dans ce sens que le parlement russe travaille à la “renforcement des fondations traditionnelles, morales et spirituelles de la vie en société”, comme en témoigne l’interdiction d’adopter des enfants pour des personnes venant de pays jugés “dégradés”, ainsi que la régulation des contenus sur Internet, cruciaux pour les jeunes générations. “Nous sommes le pays le plus vaste par sa superficie, mais nous sommes trop peu nombreux pour tout cela. Une vie de famille normale, avec de nombreux enfants, est essentielle pour garantir la survie de notre civilisation”, souligne le patriarche, en mettant en avant la mnogočadie comme un style de vie crucial.

La position de l’Église est claire : elle soutient les lois en matière de contrôle migratoire, et adhère à la nouvelle stratégie de Poutine contre l’extrémisme, en désignant la migration illégale comme source de criminalité. Cependant, les actes de violence commis par des soldats de retour du front sont souvent passés sous silence. En remerciant les députés pour les mesures favorables aux propriétés ecclésiastiques, le patriarche se consacre également à célébrer la mystique de la Victoire.

Kirill rappelle que “la Victoire dans la Grande Guerre patriotique n’a pas seulement été un succès militaire, mais aussi une grande entreprise morale pour notre peuple”. Il affirme que le devoir sacré consiste à préserver la mémoire des conflits passés, en s’opposant activement aux tentatives de diminuer le rôle des Soviétiques dans la défaite du nazisme. La Victoire fut le résultat d’un “grand service humain, d’une unité du peuple russe”, des valeurs qui prennent une ampleur particulière face aux défis contemporains.

Le patriarche souligne que “l’unité du peuple ne se limite pas à une dimension politique ou sociale, mais constitue une réalité spirituelle fondée sur des valeurs communes”. Face aux menaces de la mondialisation et aux guerres d’information, il est nécessaire de rester vigilant et de ne pas laisser infiltrer des “agents étrangers” qui sapent l’intégrité de la nation. Les valeurs traditionnelles, surtout celles de la famille, ont été élevées au rang de priorités au cours des dernières années, mais Kirill s’interroge sur leur réelle incorporation dans la vie quotidienne des Russes, évoquant une baisse de fréquentation aux liturgies orthodoxes, avec à peine deux millions de fidèles durant les célébrations de Noël.

Le patriarche admet que “souvent, nos concitoyens ne saisissent pas bien ce que signifient les valeurs traditionnelles”, une constatation étayée par les inquiétudes de certains prêtres, préviennent que la société demeure marquée par des comportements tels que l’avortement et les ruptures familiales, des mœurs issues d’une époque où les traditions ont été largement mises à mal.

Les avertissements du patriarche ont été soutenus par de nombreuses interventions lors des Lectures de Noël, comme celle de Dimitrij Vasilenkov, représentant du Synode orthodoxe pour les relations avec les Forces armées, qui insiste sur l’importance spirituelle dans le cadre militaire, déclarant que l’armée qui montre la plus grande force spirituelle est celle qui triomphe. Il appelle à ce que les croyants poussent leur action par amour et non par haine.

Ces appels au “combat spirituel” font écho aux réflexions sur les “Anciennes traditions monastiques”, présentées par le jeune évêque bielorusso Porfirij, qui a souligné le potentiel d’union entre les peuples de Russie et de Biélorussie, évoquant la “vie pacifique” comme un idéal.

Bon à savoir

  • Les “Lectures de Noël” sont une plateforme importante pour le dialogue interconfessionnel en Russie, attirant des participants de divers horizons.
  • La notion de “multifilliolance” introduite par le patriarche Kirill est perçue comme une réponse démographique face aux défis modernes en Russie.
  • Les décisions législatives évoquées lors de ces conférences visent non seulement les normes familiales mais aussi le contrôle sociétal à l’égard des influences extérieures.

Ce type de manifestation soulève des interrogations essentielles sur l’identité nationale et les valeurs traditionnelles au sein d’une société en pleine mutation. Dans quelle mesure la spiritualité et les traditions peuvent-elles réellement influencer le comportement et les choix individuels face à un monde globalisé et souvent en désaccord avec ces principes ? Il est crucial de réfléchir à l’impact de ces discours sur le tissu social et culturel de la Russie d’aujourd’hui.


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4 thoughts on “Mondo Russo : 80 ans de Victoire selon le patriarche de Moscou”
  1. Ces conférences de Noël montrent à quel point la spiritualité s’intègre dans notre quotidien. C’est fascinant de voir comment les traditions façonnent notre vie moderne, même au-delà des frontières !

  2. Sandrine, cet article soulève des questions intrigantes sur la place de la spiritualité dans une société moderne. Les traditions peuvent-elles vraiment influencer notre futur ?

  3. C’est fascinant de voir comment l’Église s’invite dans la politique moderne. Mais est-ce vraiment le bon chemin pour les Russes face à un monde en mutation ?

  4. Ces conférences mettent en lumière la complexité de l’identité russe actuelle, oscillant entre traditions et modernité. Il est fascinant de voir comment la spiritualité pourrait redéfinir des valeurs sociétales.

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