TRENTO. Une année. En seulement douze mois, le « séisme » Trump a secoué et redéfini, à coups de secousses dialectiques, économiques, géopolitiques et militaires, tant le système d’alliances dirigé par les États-Unis, la NATO, que le concept même de droit international et la perception de Washington dans le monde, pour le plus grand plaisir de pays comme la Cina, qui peuvent ainsi revendiquer un rôle de puissance responsable.
Dans son deuxième mandat, le président américain semble suivre un dynamique double et radicale, oscillant d’une tentative de tournant autoritaire sur le front intérieur, illustrée par divers allusions à un potentiel troisième mandat, à un nationalisme imperialiste affirmé sur le plan étranger. Ses discours évoquent souvent l’ancien président William McKinley, fervent défenseur de l’introduction de nouveaux droits de douane qui a porté les États-Unis vers une maturité impériale à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
Cependant, la situation, aussi grave soit-elle, n’est pas désespérée : les diverses initiatives de la présidence ont souvent été accompagnées de contenus, parfois générés par l’intelligence artificielle, qui frôlent le grotesque. On pense notamment à l’ignoble vidéo sur la “riviera de Gaza” ou à une récente clip du président où il critique les manifestants du “No Kings Day”.
Un an, disons-nous. Un an qui peut évoquer “American Psycho” : il y a quelques années, un dessin animé montrait le président endossant le rôle de Patrick Bateman. Ce n’est pas un jugement clinique bien sûr, mais un véritable reflet politico-culturel. Entre narcissisme, pouvoir et spectacle, tentons de retracer les derniers douze mois à travers une série de thèmes et d’événements marquants, en attendant les prochains épisodes : « À quand le strabisme désespéré ?” s’est demandé avec humour Enrico Mentana.
1) Droit de douane
Indispensable, en tête de liste, le mot préféré du président américain : les droit de douane. Depuis le “Jour de la Libération”, où Trump a annoncé une série de barrières commerciales contre plus de 100 pays, la guerre commerciale a été un outil privilégié pour lui, entre avancées fulgurantes et retraits tout aussi rapides, notamment dans ses échanges avec la Cina. Une sorte de retour à un Far West pour l’économie mondiale, contrainte de composer avec des pourcentages calqués sur les relations commerciales entre les États-Unis et d’autres pays.
2) Ukraine
Sur la scène internationale, la position des États-Unis envers l’Ukraine se discerne rapidement comme étant en décalage par rapport à l’appui clair de Joe Biden et au grand désappointement de la population ukrainienne. Cela a conduit à un affrontement avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à la Maison Blanche, ainsi qu’à un “chantage” des États-Unis, entre exploitation des terres rares et manques de garanties de sécurité pour Kyiv. Le tête-à-tête avec Vladimir Poutine en Alaska a constitué une victoire diplomatique pour le président russe, mettant fin à l’isolement international ayant suivi l’invasion. Pour l’instant, les résultats sont restés minimes.
3) Gaza
Malgré le cessé-le-feu entre Israël et Hamas atteint en octobre dernier, la tragédie continue pour la population civile de Gaza. Les accusations d’attaques entre Israël et Hamas sont toujours d’actualité, alors que le “plan de paix” esquissé par Trump montre une fois de plus ses limites ; ses vingt propositions semblaient, dès le départ, à la fois ambitieuses et lacunaires, laissant de côté des sujets cruciaux. Aujourd’hui, nombre de dirigeants internationaux, à commencer par la France, ont refusé de rejoindre le “Board de la paix” proposé par le président américain, perçu comme un potentiel affaiblissement des Nations Unies.
Sur le plan communicationnel, il est impossible de ne pas rappeler la bassesse de la vidéo sur la “riviera de Gaza” : en pleine tragédie humaine, le président a partagé des images de cuillères, de luxe et de cocktails à côté de Netanyahu, imaginant la “Gaza du futur”.
4) La « paix » et le prix Nobel
Autour du prix Nobel de la Paix de cette année, Trump s’est engouffré dans une sorte de fixation, s’attribuant la conclusion de huit conflits internationaux, y compris celui entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Il a demandé le reconnaissance qui a finalement été accordée à la leader de l’opposition vénézuélienne, María Corina Machado. Dans une récente lettre au premier ministre norvégien, Trump a déclaré qu’en n’ayant pas reçu le prix, il ne se sent plus tenu de “penser exclusivement à la paix”.
5) Entre Venezuela et Groenland
En parlant de paix, depuis son retour à la Maison Blanche, Trump n’a pas hésité à procéder à des interventions militaires ni à menacer d’annexions. De ses déclarations fantaisistes sur le Canada en tant que 51e état à ses ambitions plus sérieuses concernant la Groenland, en passant par l’intervention qui a vu les forces spéciales américaines emporter le leader vénézuélien Nicolás Maduro vers New York, ainsi que les récentes frappes en Syrie et Nigeria. Tout cela se déroule sous une communication très directe, explicitant notamment l’intention d’exploiter les ressources pétrolières vénézuéliennes et des images générées par intelligence artificielle.
6) Dialectique
Une attention marquée pour les mots et un langage souvent audacieux sont des éléments essentiels de l’analyse de cette seconde présidence de Trump. Les exemples foisonnent : attaques à l’encontre du langage inclusif, renaming du Golfe du Mexique en Gulf of America, et nouvel intitulé pour le Département de la Guerre. Une fois ces modes de communication présentées, elles risquent de s’installer durablement.
7) Coupures : entre science et bureaucratie
Le refus d’une approche sur la crise climatique était largement anticipé. En revanche, l’attaque contre le système de recherche américain s’est avérée surprenante avec des coupures accompagnées de licenciements. Cela s’inscrit dans une tendance plus large d’anti-intellectualisme qui préoccupe le monde académique.
8) Immigration et manifestations
Les interventions de l’ICE aux États-Unis continuent d’alimenter des manifestations, surtout après la mort tragique de Renee Good à Minneapolis. Pour Trump, l’immigration est devenue une priorité intérieure, justifiant le déploiement de la garde nationale dans des villes contrôlées par les démocrates au nom de la sécurité.
Points à retenir
- Les droits de douane sont au cœur de la stratégie économique de Trump.
- La politique américaine envers l’Ukraine s’éloigne de celle de Biden.
- La situation à Gaza est tragique, mal couverte par les médias.
- Trump revendique des succès diplomatiques tout en cultivant une vision personnelle du prix Nobel de la paix.
- Il mêle des ambitions impérialistes et une rhétorique axée sur la paix.
- Son style de communication sert à ancrer ses idées radicales dans le discours public.
- Des coupures dans la science et la recherche inquiètent le monde académique.
- La militarisation des interventions sur l’immigration soulève des inquiétudes sociales.
En tant qu’observateur, je ne peux m’empêcher de me demander comment ces dynamiques vont évoluer dans un monde où les opinions sont si polarisées. Combien d’autres drames humains, à l’instar de Gaza, seront encore passés sous silence ? Les actions de Trump soulèvent des questions de fond sur notre vision du monde, et je suis convaincu que l’impact de son mandat se fera sentir pendant longtemps. Qu’en pensez-vous ?