Il y a un quart de siècle, peu après avoir terminé ses études en Traduction et Interprétation, Irene Cardona Olives (1978) a décidé de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale en créant Traduccions Insula à Maó. Cette entreprise, par son essence et l’absence de concurrence, est unique sur le territoire minorquin, et la demande est en forte augmentation, notamment en raison du flux migratoire constant vers l’île.

Qu’est-ce qui vous a poussée à étudier Traduction et Interprétation ?
J’ai beaucoup réfléchi à mon choix, car plusieurs domaines m’intéressaient : bibliothéconomie, histoire de l’art, sciences humaines… J’ai finalement opté pour les langues, un domaine où je me sentais à l’aise. J’ai choisi une option avec des débouchés en dehors de l’enseignement. À l’époque, les licences duraient quatre ans, j’ai terminé en 2000, mais j’ai continué à approfondir mes connaissances linguistiques et obtenu une qualification pour enseigner au niveau secondaire, au cas où… J’ai commencé ma carrière en 2001, même si j’ai parfois complété mon activité avec d’autres emplois, comme correctrice pour ce journal, il y a déjà quelque temps.

Y a-t-il une langue ou un domaine que vous maîtrisez particulièrement ?
Je suis traductrice assermentée en anglais, mais j’interviens dans bien d’autres domaines. Aujourd’hui, Traduccions Insula fonctionne davantage comme un cabinet de traduction ; j’ai constitué une équipe au fil des ans me permettant de proposer des traductions dans presque toutes les langues, assermentées ou non, et dernièrement, j’ai élargi ma clientèle à des clients de la péninsule et étrangers.

La population étrangère de Minorque a-t-elle fait croître votre volume de travail ?
Effectivement, la diversité linguistique a considérablement augmenté. L’évolution de la population et ses mouvements génèrent davantage de bureaucratie : équivalences de diplômes, demandes de résidence, mariages, successions, etc. J’ai reçu des demandes de traductions en hongrois, roumain, portugais, néerlandais, en plus des langues plus courantes comme l’anglais, le français, l’allemand et l’italien.

Le fait qu’il n’y ait pas de concurrence sur l’île, est-ce un avantage pour votre qualité de vie ?
J’ai la chance d’être un peu une exception. Je ne travaille pas pour d’autres agences, ce qui est souvent la norme dans les grandes villes où la concurrence, surtout déloyale, est féroce. Mes clients sont majoritairement directs, ce qui me permet de fixer mes propres tarifs sans intermédiaires. C’est un privilège.

La population française génère-t-elle plus de travail que celle d’origine arabe ?
La demande de traductions émanant de la population arabe est faible comparée à celle des Français, surtout ces dernières années. C’est intéressant, car en général, le type de traductions que l’on demande reflète le statut social de la personne et la raison de son séjour à Minorque. Les traductions sont un indicateur des flux et des tendances démographiques.

Dans quel domaine la demande est-elle la plus forte ?
La traduction assermentée, qui atteste que le document traduit est fidèle à l’original et a une validité légale, est celle que je traite le plus. Depuis toujours, l’anglais est la langue que je traduis le plus, suivie autrefois par l’italien et l’allemand, maintenant surpassée par le français. Reste à voir combien de temps cela va durer.

Avez-vous une traduction dont vous êtes particulièrement fière ?
Il y a quelques années, j’ai traduit en français « El Menorquí de la Beauce », un livre publié par Editorial Menorca sur ‘Pepe Fuguet’, un minorquin exilé en France qui est devenu maire. J’ai adoré ce livre et l’expérience de traduire de la littérature. Récemment, j’ai traduit deux poèmes d’une auteur australienne, ce qui a été un véritable défi.

Les traducteurs automatiques, les nouvelles technologies, l’IA… représentent-elles une menace pour votre secteur ?
En effet, elles le sont déjà, et certains de mes collègues le ressentent. La différence réside dans le fait que les traductions assermentées doivent être signées par un traducteur assermenté accrédité par le Ministère des Affaires Étrangères, ce que l’IA ne peut pas encore remplacer. Ces outils peuvent être très utiles, mais il faut rester prudent ; nous sommes souvent attirés par la nouveauté sans réfléchir aux conséquences. Il est essentiel de savoir que, comme toute technologie, cela nécessite un professionnel pour être manipulé correctement.

Points à retenir

  • Irene Cardona Olives a fondé Traduccions Insula, comblant un besoin croissant de traduction à Minorque.
  • Elle propose une large gamme de langues, s’adaptant à des clients tant locaux qu’internationaux.
  • Le flux migratoire augmente la diversité des langues à traduire, notamment en raison des démarches administratives.
  • La population française représente une part significative de sa clientèle.
  • Elle se distingue sur l’île par l’absence de concurrence, ce qui lui permet de travailler directement avec ses clients.

En réfléchissant à l’évolution du métier de traducteur, je me rends compte que cette profession se transforme continuellement. Les défis et les opportunités sont nombreux, et il est fascinant de voir comment l’adaptation est essentielle dans un monde en constante évolution. L’importance de la traduction, surtout dans le contexte actuel de mondialisation, ne doit pas être sous-estimée.


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