Quoi qu’il en soit, l’intelligence artificielle (IA) s’est immiscée dans la vie quotidienne de millions de personnes. Aujourd’hui, beaucoup utilisent ChatGPT ou Gemini pour répondre à leurs questions, rédiger des e-mails ou autres textes. Si l’IA peut s’avérer utile, elle représente également un danger, comme le montre le scandale des deepfakes sexuels impliquant Grok, le chatbot de X, propriété d’Elon Musk.
Cette fonction d’assistance a conduit de nombreux utilisateurs à la consulter pour obtenir des conseils médicaux, y compris concernant des sujets intimes. C’est ce que révèle le Rapport sur les Tendances en Sexualité pour 2026 du groupe Lovehoney, qui a interrogé des individus issus de huit pays, dont l’Espagne, sur leur rapport à l’IA.
Selon l’enquête, 57 % des personnes préfèrent discuter avec une IA sur des sujets tels que la masturbation, les fantasmes, les infections sexuellement transmissibles (IST) ou encore la dysfonction érectile. Précisément, 27,9 % des répondants estiment que poser ces questions à un programme d’IA est préférable en raison de l’anonymat et d’une interaction sans jugement.
Une question de tabou
Pour Ana Lombardía, psychologue et experte en bien-être sexuel, il est évident que certains thèmes liés à la sexualité demeurent tabous pour de nombreuses personnes. « Il n’est pas surprenant que de plus en plus de gens se tournent vers l’IA pour éclaircir leurs doutes en matière de sexualité, un domaine souvent nébuleux », souligne-t-elle.
Rapport sur les Tendances en Sexualité pour 2026
Elle ajoute que le recours à l’IA reflète une carence en éducation affective. « Nous manquons de formation dans ce domaine et souvent, nous hésitons à aborder ces sujets avec nos amis, surtout lorsqu’il s’agit de problèmes de couple récurrents », explique Lombardía.
Ce tabou pousse les individus à privilégier des échanges avec des machines, qui semblent ne jamais juger. L’IA est programmée pour être bienveillante, ce qui rassure les utilisateurs.
Ana Lombardía
L’enquête met en lumière les questions les plus fréquentes liées à la sexualité :
- Comment puis-je améliorer ma vie sexuelle ?
- Comment puis-je augmenter mon plaisir et celui de mon partenaire ?
- Comment durer plus longtemps ?
- Comment exprimer mes désirs en privé ?
- Comment surmonter l’anxiété de performance ?
- Quelles sont des pratiques pour augmenter l’excitation ?
- Comment améliorer ma libido naturellement ?
- Qu’est-ce qui excite le plus les hommes et les femmes ?
- Ma préférence ou fantasme est-il normal ?
- Quelle nouvelle pratique essayer au lit ?
Les risques de s’en remettre à l’IA pour des questions de santé
Des utilisateurs interrogés recourent également à l’IA pour obtenir des réponses sur des problématiques de santé comme les IST. Lombardía qualifie cela de « controversé ». « Ces plateformes cherchent avant tout à récolter un maximum d’informations sur les utilisateurs », prévient-elle.
Elle rappelle qu’une IA ne peut pas appréhender le tableau complet de notre santé. « Un professionnel expérimenté peut discerner des subtilités qu’une machine ne pourrait jamais relever », ajoute-t-elle.
Concernant les IST, une machine ne tiendrait pas compte de la honte ou de la pression sociale qui peuvent pousser à ne pas utiliser de protection, et pourrait minimiser les risques associés.
La rencontre avec une IA : un phénomène courant
L’IA ne se limite pas à fournir des informations, elle investit aussi les applications de rencontre, lesquelles se retrouvent saturées de profils générés par des algorithmes. Selon Lovehoney, ces applis sont « de plus en plus envahies par des profils assistés par IA ».
Ana Lombardía
Ce phénomène, appelé « chatfishing », se généralise. Pour se prémunir, Lombardía recommande de rester vigilant et de repérer les incohérences dans ces profils.
Si un profil semble trop beau pour être vrai, il pourrait effectivement l’être. « Des attentes irréalistes peuvent cacher une absence de réalité », avertit-elle.
La déconnexion humaine
Toutes les interactions engendrées par l’IA dans le domaine des rencontres soulèvent le risque d’une déshumanisation. Lombardía insiste sur ce point : « Ces technologies renforcent l’individualisme », note-t-elle.
Elle évoque l’importance des échanges humains, même ceux qui paraissent banals, car ils constituent le tissu social de notre communauté. L’usage de l’IA pour aborder des sujets de sexualité ne résout nullement le tabou, mais contribue à la prolongation de la douleur émotionnelle liée à la honte.
Points à retenir
- Une étude révèle que la plupart des individus préfèrent se tourner vers l’IA pour des sujets intimes.
- Le manque d’éducation affective incite les gens à choisir l’IA plutôt que des interlocuteurs qualifiés.
- Les principaux sujets de préoccupation incluent des questions sur le plaisir et la communication dans les relations.
- La dépendance à l’IA pour des conseils médicaux soulève des questions de sécurité.
- Le chatfishing est un phénomène à surveiller dans les applications de rencontre.
- La déshumanisation causée par l’IA peut mener à une perte de connexions sociales significatives.
En tant que passionné de ces enjeux, je trouve nécessaire d’aborder la question de l’impact de l’IA sur notre vie sociale et nos interactions. Il est crucial de cultiver une conversation ouverte, et d’encourager une éducation sexuelle plus complète afin de ne pas céder à la facilité de dialoguer avec une machine. Chaque échange humain, même inconfortable, est une occasion de grandir et de mieux comprendre notre humanité.