Wall Street a durant des mois investi dans le développement de l’intelligence artificielle. Cette semaine, il commence à s’interroger sur ceux qui en paient réellement le prix.
Les cinq plus gros investisseurs en intelligence artificielle — Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta et Tesla — ont enregistré une baisse moyenne de 9 %.
En revanche, un panier de sociétés qui exploitent ces entreprises, comme les fabricants de mémoire et les promoteurs de centres de données, a vu leur valeur augmenter de 11 % en moyenne.
Nvidia, le fabricant de puces, a également tiré son épingle du jeu. Son action a progressé de 2 %, ajoutant environ 100 milliards de dollars à sa valeur boursière, équivalant aux pertes concertées de Microsoft et Apple.
Commençons par les perdants, car leur situation résume bien l’ensemble. Alphabet a publié des résultats impressionnants cette semaine, avec une hausse de 24 % de son chiffre d’affaires et une croissance de 82 % de son activité cloud. Malgré cela, l’action a chuté de 8 %, réduisant sa valeur boursière d’environ 330 milliards de dollars.
La raison de cette chute ? Les dépenses en capital, qui ont presque doublé pour atteindre près de 45 milliards de dollars, dépassant les recettes de l’entreprise. Ce faisant, les flux de trésorerie disponibles d’Alphabet sont tombés sous la barre de zéro pour la première fois depuis son introduction en bourse. La direction a ensuite revu ses prévisions de dépenses à la hausse, sans toutefois préciser un plafond pour 2027.
Tesla a connu une situation similaire, mais dans l’autre sens. Si ses revenus ont dépassé les attentes, ses bénéfices ont fortement chuté, entraînant une baisse de sa marge opérationnelle à 1,4 % contre 4,1 % l’année précédente. Son action a perdu 18 % cette semaine, soit environ 250 milliards de dollars, sa pire performance depuis 2022.
En somme, Google a trop dépensé, tandis que Tesla a peu gagné. Le marché a attribué la même note aux deux.
En revanche, les entreprises qui bénéficient des dépenses d’Alphabet ont vu leur situation améliorée.
Supermicro Computer, qui fabrique des serveurs IA, a vu son action bondir de 25 % après avoir annoncé plus de 60 milliards de dollars de nouvelles commandes en un seul trimestre. De son côté, Digital Realty, gestionnaire de centres de données, a enregistré une hausse de près de 15 % grâce à un nombre record de contrats de location.
Malgré tout cela, le marché global est resté stable. Environ 880 milliards de dollars ont quitté les « Magnificent Seven », tandis que le reste du S&P 500 a gagné environ 165 milliards de dollars. Étant donné que les pertes étaient concentrées sur quelques grandes entreprises, l’indice a fini la semaine presque à plat. À première vue, rien n’a changé, mais des mouvements financiers significatifs ont eu lieu.
Cela dit, les gagnants continuent de remonter la pente après avoir connu de lourdes pertes. Les actions de mémoire et de stockage, qui ont conduit la reprise de cette semaine, restent près de 20 % en dessous de leur pic de juin. Bien qu’ils aient amorcé un rebond, celui-ci n’est pas encore convaincant.
La semaine prochaine, les sociétés Microsoft, Meta, Amazon et Apple publieront leurs rapports. Bien que Microsoft, Meta et Amazon soient déjà sous pression, Apple, quant à elle, se trouve dans une position privilégiée.
Le marché a utilisé cette semaine pour établir ses critères d’évaluation, et les bilans des prochaines entreprises ne manqueront pas d’intéresser les investisseurs.
Points à retenir
- Wall Street interroge le modèle économique des investissements en IA.
- Alphabet et Tesla ont connu des baisses significatives malgré des résultats solides.
- Les entreprises qui soutiennent l’IA, comme Supermicro et Digital Realty, bénéficient des investissements massifs.
- Le marché global reste stable malgré des pertes concentrées dans quelques grandes sociétés.
- La question de la rentabilité et de l’appréciation des investissements technologiques est plus pertinente que jamais.
En tant qu’observateur du marché, je ressens une certaine curiosité face à cette dynamique. Le fait que certaines entreprises souffrent par rapport à leurs dépenses massives, tandis que d’autres en profitent, soulève un débat sur la durabilité de ce modèle. Le discours sur l’innovation doit également reconnaître les enjeux économiques plus larges. Quelle sera la prochaine étape pour ces technologiques tour à tour glorifiées et critiquées ? Il y a tant à explorer dans ce domaine en constante évolution.
