jeu. Juin 25th, 2026

Ce week-end, OpenAI a retiré tous les supports promotionnels liés à son partenariat de 6,5 milliards de dollars avec la légende du design chez Apple, Jony Ive, ainsi que leur appareil centré sur l’intelligence artificielle encore non annoncé. Cette disparition soudaine n’est pas due à une brouille entre ces deux géants de la tech, mais résulte d’une affaire bien plus inattendue. Les pages web et vidéos ont été supprimées suite à une plainte déposée par une start-up distincte, iyO, qui semble agacée par la ressemblance des noms des sociétés, ne différant que d’une lettre.

Le 20 juillet, la juge fédérale californienne Trina L. Thompson a émis une injonction temporaire obligeant OpenAI à effacer toute mention de la société de design d’Ive, « io ». On peut encore trouver la vidéo d’amitié entre le PDG d’OpenAI, Sam Altman, et Jony Ive — à qui l’on doit l’iMac et l’iPhone — sur YouTube via des mises en ligne non officielles. La page du site d’OpenAI qui vantait leur collaboration avec Ive affiche désormais :

« Cette page est temporairement indisponible en raison d’une ordonnance judiciaire suite à une plainte pour marque déposée déposée par iyO concernant notre utilisation du nom “io”. Nous ne sommes pas d’accord avec cette plainte et étudions nos options. »

Quelle différence y a-t-il entre iyO Inc. et io, hormis la présence d’une lettre apparemment anodine ? iyO développe elle aussi du matériel et des logiciels permettant à ses utilisateurs de se passer d’interface physique sur ordinateurs, téléphones ou tablettes. En résumé : il s’agit également d’une société d’appareils basés sur l’IA. Fondée en 2023 par Jony Ive et plusieurs anciens d’Apple, io a attiré plusieurs grands noms du design d’Apple, sans pour autant commercialiser de produit concret à ce jour. Pendant ce temps, la société de design LoveFrom d’Ive a collaboré à la conception d’un bouton pour un créateur de mode indépendant.

iyO, créée en 2021, commercialise en précommande son dernier produit : le casque intra-auriculaire iyO One. Cette oreillette promet de remplacer les applications en permettant aux utilisateurs de dialoguer en langage naturel avec un chatbot qui effectue les calculs. Le dispositif nécessite une empreinte personnalisée prise par un audiologiste et coûte 1 000 dollars pour la version Wi-Fi, avec des tarifs plus élevés pour la version LTE. La start-up annonce une production initiale de 20 000 unités et recherche encore des financements. Cette société a déposé une plainte contre IO Products ainsi qu’OpenAI plus tôt ce mois-ci, réclamant une injonction immédiate pour empêcher Ive et OpenAI d’utiliser un nom si proche, ne différant que par deux lettres. Dans sa plainte, iyO affirme avoir envisagé un partenariat avec OpenAI et LoveFrom, mais Sam Altman leur aurait répondu en mars qu’ils travaillaient sur un projet concurrent et déclinaient donc l’offre.

« Les défendeurs [c’est-à-dire OpenAI et Ive] connaissent l’existence d’iyO, des marques iyO et de la nature de sa technologie depuis au moins 2022 », affirme la plainte. « Les parties ont eu plusieurs réunions regroupant Sam Altman et les designers de LoveFrom pour envisager une collaboration. » OpenAI a répondu qu’elle avait décidé de ne pas aller plus loin dans ce partenariat ou cet investissement. Par ailleurs, OpenAI a passé en revue de nombreux appareils d’intelligence artificielle existants avant d’annoncer son accord en mai. Jony Ive n’avait pas hésité à qualifier certains produits concurrents — comme le Rabbit R1 ou le Humane Ai Pin — de « très médiocres ».

Le terme « io » vient du jargon informatique et signifie « input/output », désignant des ports standards comme l’USB ou le HDMI que l’on retrouve sur un PC classique. Justin Rugolo, cofondateur d’iyO, a accusé OpenAI de vouloir « écraser » sa petite start-up. Il affirme avoir alerté Sam Altman des inquiétudes des investisseurs au sujet de la confusion possible liée à la ressemblance des marques. Il ajoute qu’OpenAI avait déjà poursuivi une autre société d’intelligence artificielle, Open Artificial Intelligence, pour des raisons similaires.

Cette plainte révèle aussi quelques indices sur les projets d’Ive et d’Altman. Dans sa réponse, OpenAI précise que io ne commercialisera aucun produit avant au moins un an et que son premier appareil ne sera pas un casque intra-auriculaire à l’instar de celui qu’iyO propose. OpenAI laisse entendre que l’objet imaginé par io sera un produit grand public destiné au plus large public.

Pas de doute, le travail d’Ive et de son équipe ne va pas s’arrêter là. D’autres audiences sont déjà prévues dans les mois à venir pour cette affaire de marque déposée. Cette bataille judiciaire donne un aperçu supplémentaire du monde impitoyable des start-ups spécialisées dans les objets connectés à intelligence artificielle et souligne la difficulté de créer un produit aussi polyvalent qu’un iPhone. Il faudra donc patienter au moins une année avant de savoir si quelqu’un parvient à inventer un appareil plus fonctionnel qu’une simple oreillette pour discuter avec un chatbot.

Points à retenir

  • OpenAI et Jony Ive collaborent discrètement sur un nouvel appareil AI, mais restent confrontés à des obstacles juridiques.
  • Une start-up appelée iyO conteste l’usage du nom « io », soulevant une querelle de marques mêlant une lettre et une voyelle fatale.
  • iyO commercialise un casque intra-auriculaire AI personnalisé, vendu à prix d’or, qui promet de remplacer les applications traditionnelles.
  • La justice a ordonné à OpenAI de retirer toute référence à « io » sur son site, au moins temporairement.
  • Malgré cette embrouille, OpenAI et Ive continuent leurs projets, avec l’ambition de viser le grand public.

Entre un tribunal et un duel de noms quasi homophones, on voit bien que même dans la high-tech, il faut savoir rivaliser sur le plan juridique aussi bien que sur celui de l’innovation. Un appareil capable de rivaliser avec l’iPhone : une promesse digne de science-fiction, mais qui, dans cette saga, semble presque secondaire face à un alphabet rebelle et à une bataille d’avocats acharnée. En fin de compte, la vraie question n’est peut-être pas l’intelligence artificielle, mais notre capacité à inventer des noms suffisamment originaux pour ne pas finir au tribunal… Je me demande si la prochaine guerre technologique ne sera pas une bataille… de lettres.


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