Le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA) est une épée à double tranchant dans le domaine de la cybersécurité. Si l’IA générative, ou Gen AI, facilite la vie de ses utilisateurs et offre de nombreux avantages, elle est aussi détournée pour des usages malveillants, notamment la manipulation en usurpant la voix, l’image ou le nom de personnes ou d’organisations pour soutirer de l’argent. D’après les prévisions du réputé cabinet Gartner, d’ici 2027, 17 % des cyberattaques utiliseront des techniques liées à l’IA générative, un chiffre qui devrait rapidement grimper.
Face à ces menaces grandissantes, l’IA ne se contente pas d’accroître les risques : elle dote aussi les entreprises d’outils puissants pour mieux protéger leurs infrastructures critiques. Par exemple, elle permet de détecter avec une vitesse inégalée les intrusions réseau, ou d’identifier les logiciels malveillants en repérant des comportements suspects, bien plus rapidement qu’un humain.
Le rôle de l’IA en cybersécurité est ainsi passé d’un simple enjeu technique à une priorité stratégique pour les entreprises.

« La cybersécurité est aujourd’hui un sujet majeur, et les entreprises investissent massivement pour y faire face »
Aaron Chiew, responsable des canaux digitaux du groupe bancaire DBS
L’ombre de l’IA : de nouveaux champs de bataille pour la cybercriminalité
L’IA offre des capacités impressionnantes, mais elle alimente également trois types de menaces cyber majeures :
- Une accélération du traitement des données : les escrocs peuvent analyser d’énormes volumes d’informations à grande vitesse pour identifier des failles exploitables et élaborer des arnaques inédites.
- La généralisation des deepfakes crédibles : à Hong Kong, des fraudeurs ont trompé un comptable en imitant des dirigeants d’entreprise par vidéo, obtenant un transfert frauduleux de 25 millions de dollars.
- La création rapide de contenus mensongers ou trompeurs : la machine génère des appels automatisés frauduleux, des publicités factices ou des sites imitant des entreprises légitimes afin de récupérer des données confidentielles ou provoquer des paiements non autorisés.
Ces menaces ne causent pas que des pertes financières, mais érodent aussi la confiance au sein des organisations et auprès des clients. Aaron Chiew souligne que les employés peuvent désormais douter de l’authenticité des appels reçus, ce qui oblige à multiplier les vérifications, ralentissant ainsi les opérations autrefois fluides. Le temps où une transaction pouvait se faire en un clic semble révolu, au risque que l’efficacité opérationnelle pâtisse de cette prudence accrue.
Du côté des clients, restaurer la confiance après un incident de cybersécurité est un exercice long et délicat.
Renforcer les défenses face aux cybermenaces liées à l’IA
Conscientes des dangers grandissants, les organisations ont fait de l’IA une priorité dans leurs politiques de cybersécurité. Selon des chiffres récents, 66 % des entreprises estiment que l’impact de l’IA sera déterminant en matière de cybersécurité dans l’année à venir.
En réponse, les investissements dans la sécurité informatique continuent de croître : Gartner annonçait en août 2024 une hausse mondiale de 15 % des dépenses consacrées à la protection des données, atteignant 212 milliards de dollars.
Les entreprises revoient également leurs processus internes et renforcent leurs règles de communication, notamment autour de l’usage des outils d’IA. Pour Aaron Chiew, il s’agit de mieux définir les interactions digitales et de s’assurer que les mesures mises en place pour contrer les cyberattaques n’entravent pas le bon fonctionnement quotidien.
Parmi les mesures concrètes : une politique stricte sur la collecte et le stockage des données, des règles d’utilisation plus sévères des réseaux sociaux, et des tests réguliers de pénétration pour identifier les vulnérabilités.
Transformer le risque cyber en résilience opérationnelle
Chaque entreprise est à un stade différent dans son parcours de cybersécurité, mais un plan clair reste indispensable. Aaron Chiew recommande aux structures en début de route de commencer par deux fondamentaux :
1. Bien vérifier les demandes
Toujours confirmer par un autre canal la légitimité d’une requête, notamment celle touchant aux finances. Une simple confirmation téléphonique avec un numéro connu peut éviter bien des déconvenues.
2. Auditer ses processus internes
Faire un examen régulier pour repérer les failles dues à des erreurs humaines ou des procédures trop laxistes, qui peuvent servir de point d’entrée à des attaques.
Pour les entreprises plus avancées, il s’agit d’intensifier les efforts :
1. Investir dans les tests d’intrusion
Faire appel à des experts pour simuler des attaques, dénicher les failles avant les hackers et les corriger.
2. Surveiller et actualiser ses systèmes en continu
Rester vigilant face à l’évolution permanente des cybermenaces. Comme le rappelle Chiew, il suffit d’une seule faille laissée ouverte pour que les fraudeurs s’engouffrent.

Points à retenir
- L’IA, ce n’est pas seulement un outil à la pointe du progrès : c’est aussi une machine à fournir des arguments aux spécialistes de la paranoïa numérique.
- Les deepfakes ne sont plus des tubes de science-fiction, mais des armes bien réelles dans l’arsenal des fraudeurs, capables de mettre un comptable honnête à genoux dès la première escroquerie.
- La confiance, ce pilier fragile des entreprises, fluctue désormais au rythme des avancées technologiques que la plupart préfèreraient ignorer.
- Vérifier une simple demande de modification bancaire par téléphone ? Oui, ça semble presque archaïque, mais ça pourrait bien sauver des millions.
- Et pendant que certains binge-watchent des vidéos sur les dernières menaces, d’autres testent leurs défenses en simulant des attaques. La vie est bien faite.
Dans ce grand jeu du chat et de la souris cybernétique, l’IA est surtout le dernier jouet qui, s’il tombe entre de mauvaises mains, peut déjouer la meilleure des protections. Alors, plutôt que de s’épuiser à courir après les cybercriminels, peut-être serait-il temps de se demander si, dans notre quête d’innovation, on n’a pas tout simplement invité le loup dans la bergerie. Mais bon, après tout, on n’a jamais autant aimé le risque… n’est-ce pas ?