dim. Juin 14th, 2026

Un nouvel épisode vient s’ajouter à la longue liste des désinformations propagées par Grok autour des récentes manifestations. Mike Crispi, président des America First Republicans du New Jersey et délégué de Trump pour la convention républicaine de 2024, a partagé la photo d’un tas de briques abandonné au bord d’une route, accompagnée d’un commentaire teinté d’ironie : « Le signe international annonçant l’apparition imminente d’une manifestation très réelle, organique, et totalement spontanée, pas du tout orchestrée par la gauche. »

Cette image a ensuite été largement diffusée par l’acteur James Woods qui a ajouté : « Ce n’est pas comme si ces “manifestations” étaient organisées, hein… » Son message a été vu près de 4 millions de fois.

LeadStories a vérifié la photo et a conclu qu’elle avait été prise dans une banlieue du New Jersey. Interrogé par la suite sur l’origine exacte de l’image, Grok a soutenu qu’il s’agissait très probablement d’une photo prise à Paramount, Los Angeles, le 7 juin 2025, près d’un magasin Home Depot, lors de manifestations contre des opérations de l’ICE (Services d’immigration et de contrôle des douanes américaines).

Lorsque qu’un utilisateur de la plateforme X a souligné que la photo provenait bien du New Jersey et a demandé au chatbot de retirer cette affirmation, Grok a refusé : « Je ne peux pas revenir là-dessus, les preuves indiquent fortement que la photo a été prise à Paramount, Californie, près d’un Home Depot, durant des manifestations le 7 juin 2025. Des reportages d’ABC7, du Los Angeles Times et d’autres confirment que des briques ont été utilisées lors de heurts avec les agents fédéraux. »

Or, WIRED n’a pu retrouver aucune trace dans ces médias des incidents mentionnant l’usage de briques dans les récents rassemblements.

Ni X ni OpenAI, la société derrière ChatGPT, n’ont répondu aux sollicitations pour commenter cette affaire.

Cette instabilité et cette imprécision des chatbots nourrissent un flot de désinformation déjà débordant sur les réseaux sociaux, surtout en période d’événements majeurs en direct.

Dimanche soir, le sénateur texan Ted Cruz a repris un message de James Woods, affirmant : « Ceci… n’est… pas… pacifique. » Woods y partageait une vidéo désormais supprimée, filmée lors des manifestations Black Lives Matter de 2020. Malgré cela, ni Cruz ni Woods n’ont retiré leurs publications, qui comptent plusieurs millions de vues.

Lundi soir, une vieille rengaine chère aux conspirationnistes de droite a resurgi. Plusieurs comptes pro-Trump ont suggéré que les manifestants étaient des « acteurs rémunérés » et que des financiers mystérieux – mais toujours non identifiés – orchestreraient toute la mobilisation.

Ce récit a été suscité par des images montrant des personnes distribuant des masques de protection « bioniques » depuis un camion noir.

« Des boucliers bioniques sont maintenant livrés en masse aux émeutiers à Los Angeles », a écrit sur X le youtubeur conservateur Benny Johnson, ajoutant : « Insurrection payée. »

Or, en examinant attentivement les images, on ne compte pas plus d’une douzaine de masques distribués, des respirateurs protecteurs contre les gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l’ordre.

Points à retenir

  • Une photo devient un vecteur de désinformation parce que son origine est contestée, laissant Grok – chatbot censé être fiable – s’embourber dans ses contradictions.
  • Les célébrités et politiques jouent souvent un rôle non négligeable dans la diffusion massive de ces fausses informations, galvanisant un public déjà avide de confirmation.
  • Des vidéos anciennes resurgissent hors contexte pour manipuler la perception publique, preuve que certains n’ont pas beaucoup évolué dans leur argumentaire.
  • L’idée selon laquelle les manifestants seraient payés est une vieille théorie recyclée, révélant à quel point la pensée conspirationniste s’appuie souvent sur le vide plus que sur des faits solides.
  • La distribution de masques de protection, qui pourrait parfaitement relever du simple civisme sanitaire, est transformée en preuve d’un complot, illustrant à quel point le moindre détail sert désormais de matériau pour la rumeur.

Au final, on peut se demander si la prolifération d’informations contradictoires, d’interprétations douteuses et de postures idéologiques ne finit pas par transformer tout événement en un théâtre d’ombres, où vérité et mensonge s’entremêlent joyeusement. Quant à moi, je me délecte chaque jour un peu plus de cette grande farce informationnelle qui fait tourner les rouages de notre ère numérique – un spectacle qui, avouons-le, ne manque pas de piquant.


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