Nous nous inquiétons souvent des mauvaises choses. Nous craignons l’intelligence artificielle, pensant à des outils comme ChatGPT ou Gemini, qui aident les étudiants paresseux ou génèrent des images de chatons aux grands yeux. Cette crainte envers l’IA est bien fondée, mais pour d’autres raisons. Ce qui est en jeu n’est pas seulement la perte d’emplois, mais quelque chose de bien plus précieux.
Chaque jour, nos vies laissent des traces. La carte que nous traçons pour aller quelque part, les commentaires que nous postons sur les réseaux sociaux, les emails que nous envoyons, les appels que nous passons, et même les confidences échangées tandis qu’un téléphone repose sur une table ou dans notre poche. Chacune de ces actions est enregistrée. Chacune de ces informations contribue à créer une cartographie méticuleuse du monde dans lequel nous évoluons, devenant ainsi un véritable système de surveillance et de contrôle.
Entrez Palantir, une entreprise multinationale jugée controversée, qui reçoit des financements de la CIA ainsi que des services de renseignement du Royaume-Uni, d’Israël et de l’OTAN. Cette société utilise des données sur les citoyens pour des opérations de contrôle. Palantir a joué un rôle essentiel dans la capture de Ben Laden et, de nos jours, gère des opérations dont celle de l’ICE, la police anti-immigration de Trump, tout en établissant les lignes directrices pour des ambitions militaires telles que les interventions en Iran. À la tête de cette entreprise, deux figures marquantes : l’entrepreneur Peter Thiel, aux idées très conservatrices, et Alex Karp, considéré comme un visionnaire.
Le parcours intrigant de Karp est relaté dans le livre *Le Philosophe de la Valley* de Michael Steinberger, un bel hommage à une figure bien connue du *New York Times*. L’auteur scrute l’homme et le réseau de pouvoir entourant ce groupe auquel appartient la fameuse “mafia de Paypal”, des esprits influents de la Silicon Valley qui ont soutenu Trump et son vice-président, J.D. Vance.
Depuis le début à la guerre, l’action de Palantir a grimpé de 370 % en Bourse, générant ainsi des millions de dollars. Les investisseurs ont donc intérêt à ce que les conflits se multiplient. Leur système, Gotham, est capable de déterminer des cibles à bombarder et de déployer des drones pour les atteindre, sans intervention humaine.
Dernièrement, Karp a même publié un manifeste politique prônant une réforme démocratique vers un nouvel ordre technocratique, qu’il appelle la “République Technologique”. Ce document de 22 points suggère, entre autres, la conscription obligatoire, invite les ingénieurs les plus brillants à le rejoindre pour concevoir des armes d’une puissance inédite, et avance que l’intelligence artificielle surpassera l’arme nucléaire. Il conclut en affirmant que l’Amérique et l’Occident représentent des civilisations supérieures, et qu’il ne faut pas en avoir honte.
Points à retenir
- La numérisation de nos vies augmente les risques de surveillance et de contrôle.
- Palantir met à disposition des agences de renseignement des outils d’analyse des données sur les citoyens.
- La société a connu une forte augmentation de sa valeur boursière après le début des conflits, illustrant l’intersection entre profits et guerre.
- Le système de Palantir, Gotham, automatise des décisions critiques pour des opérations militaires.
- Les idées de Karp proviennent d’un désir de réformer la démocratie en faveur d’un modèle technocratique.
En me penchant sur ces idées, je suis frappé par le paradoxe que représente l’intelligence artificielle et les systèmes de surveillance. D’un côté, la technologie a le potentiel d’améliorer notre quotidien ; de l’autre, elle pose des questions éthiques et morales sans précédent. Comment concilier innovation et respect de la vie privée ? Ce débat mérite d’être ouvert et approfondi. Que pensent vos voisins, vos amis ? Comment percevez-vous l’avenir avec ces technologies en constante évolution ? La discussion est loin d’être close.
