Dimanche dernier, l’ancien président américain Donald Trump a publié sur sa plateforme Truth Social une vidéo générée par intelligence artificielle montrant Barack Obama, son prédécesseur, se faire arrêter dans le Bureau ovale. Le clip, largement repris sur TikTok avant d’être partagé par Trump, ne s’accompagnait d’aucun commentaire.
La séquence de 45 secondes débute avec de véritables images d’Obama déclarant : « surtout, le Président n’est pas au-dessus des lois ». S’ensuivent des extraits de plusieurs figures démocrates, dont Joe Biden, affirmant à leur tour que « personne n’est au-dessus des lois ».
La scène change alors brutalement : une version clownesque du célèbre mème Pepe la Grenouille fait un bruit de klaxon avant que la vidéo passe à une scène fictive où Trump et Obama se rencontrent dans le Bureau ovale. Des agents du FBI interviennent alors pour arrêter Obama, qui apparaît ensuite en cellule, vêtu d’une combinaison orange. Cette séquence d’arrestation est accompagnée du célèbre tube « YMCA » du groupe Village People, un morceau fréquemment utilisé par Trump lors de ses meetings.
Deepfake ou simple diversion ?
Ce montage a créé une vive réaction parmi les internautes. Les partisans de Trump sur Truth Social ont rapidement salué la vidéo. Un commentateur conservateur a même twitté : « FAIRE DE CELA UNE RÉALITÉ », en taguant une ancienne procureure de Floride devenue alliée de Trump.
À l’inverse, de nombreux critiques ont qualifié la vidéo de trompeuse et incendiaire. Certains ont même suggéré que le moment choisi pour sa diffusion n’était pas fortuit.
Le rôle de Tulsi Gabbard
La publication de cette vidéo est survenue peu après que Tulsi Gabbard, ancienne députée démocrate désormais proche de Trump, a formulé de nouvelles accusations contre l’administration Obama.
Au micro de Fox News, Gabbard a déclaré : « Les conséquences sont, franchement, historiques ». Elle a ajouté que plus de cent documents récemment rendus publics démontraient une conspiration orchestrée par Obama à la fin de son mandat, juste avant l’investiture de Trump.
Selon elle, l’administration Obama aurait manipulé des informations pour alimenter la thèse d’une ingérence russe en faveur de Trump lors de l’élection. Ces documents devraient selon elle être transmis au FBI et au ministère de la Justice afin d’envisager des poursuites pénales.
Elle affirme : « La fabrication de cette prétendue preuve prétendant que la Russie a aidé Donald Trump à se faire élire contredit toutes les évaluations précédentes, qui disaient exactement le contraire, affirmant que la Russie n’avait ni l’intention ni les capacités de pirater l’élection aux États-Unis. »
Gabbard conclut que ce que l’administration Obama et ses conseillers en sécurité ont fait a été de saper la volonté du peuple américain, minant ainsi la démocratie et mettant en place ce qui s’apparente à un coup d’État contre Trump, élu légitimement.
Les démocrates ont rejeté ces accusations comme étant fausses et motivées politiquement. Un sénateur influent sur le comité du renseignement a répliqué en parlant d’une « nouvelle tentative du directeur du renseignement national de truquer les rapports ».
Dans le même temps, certains alliés de Trump se sont interrogés sur la coïncidence, alors que l’administration Trump fait face à des enquêtes persistantes, notamment concernant la gestion des dossiers Jeffrey Epstein. Des observateurs voient dans la vidéo et les accusations de Gabbard un moyen de détourner l’attention.
Ce n’est pas la première fois que Trump diffuse du contenu provocateur contre ses adversaires politiques. La même soirée, il a également suggéré d’emprisonner un sénateur démocrate et partagé des photos truquées de figures de l’administration Obama, toutes déguisées en détenues.
Le contexte général ne peut être ignoré : en mai 2024, Trump a été condamné pour 34 chefs d’accusation liés à la falsification de documents commerciaux, devenant ainsi le premier ancien président américain reconnu coupable de crimes graves. Il fait actuellement appel.
Une décision de la Cour suprême en 2023 a par ailleurs rendu la situation plus complexe en établissant que les présidents bénéficient d’une immunité pour leurs actes officiels durant leur mandat, ce qui pourrait protéger Trump — et d’autres présidents — de poursuites liées à leur conduite dans le Bureau ovale.
Points à retenir
- Une vidéo deepfake d’Obama arrêté par le FBI, créée et partagée sans explication par Trump, alimente encore la confusion.
- Cette mise en scène s’accompagne d’accusations graves portées par Tulsi Gabbard, qui prétend dévoiler une conspiration de l’administration Obama.
- Les démocrates dénoncent un montage politique et accusent des manipulations médiatiques répétées.
- Le timing coïncide avec des enquêtes en cours sur Trump, ce qui laisse penser à une stratégie de diversion.
- Les contentieux judiciaires autour de Trump, incluant une condamnation historique, compliquent son retour sur la scène politique.
Au final, cette saga mélange habilement réalité, mensonge et mise en scène. Il serait pourtant utile de se demander si ces appels virulents à des arrestations – dignes d’un scénario de série B – ne desservent pas davantage ceux qui les propagent. Mais bon, après tout, qui regarde la politique pour du sérieux ?