sam. Juil 4th, 2026

L’intelligence artificielle souveraine : un enjeu mondial

À l’heure où l’intelligence artificielle (IA) gagne en accessibilité, il devient crucial pour les pays émergents de développer leur propre « IA souveraine », ont souligné des experts lors de la conférence East Tech West à Bangkok, en Thaïlande.

L’IA souveraine désigne la capacité d’un pays à maîtriser ses technologies d’intelligence artificielle, ses données et ses infrastructures associées, afin de préserver son autonomie stratégique tout en répondant à ses priorités et besoins en matière de sécurité.

Pour Kasima Tharnpipitchai, responsable de la stratégie IA au sein de SCB 10X, la branche technologique du groupe thaïlandais SCBX, cette souveraineté fait souvent défaut. Il pointe notamment le fait que beaucoup des grands modèles linguistiques mondiaux — développés par des entreprises telles qu’Anthropic ou OpenAI — reposent essentiellement sur l’anglais.

« Notre manière de penser, d’interagir ou même de nous exprimer varie selon la langue que nous parlons », rappelle-t-il. Il est donc indispensable que chaque pays prenne en main ses systèmes d’IA en développant des technologies adaptées à ses langues, ses cultures et ses contextes, plutôt que de se contenter de traductions approximatives de modèles anglophones.

Le dynamisme numérique de la région de l’ASEAN, qui regroupe près de 700 millions d’habitants — dont 61 % ont moins de 35 ans — offre un terrain favorable pour construire cette IA souveraine. Chaque jour, environ 125 000 nouveaux utilisateurs accèdent à Internet dans la région.

Jeff Johnson, directeur régional d’Amazon Web Services (AWS) pour l’ASEAN, insiste sur l’importance de démocratiser l’accès au cloud et à l’IA, des outils clés dans cette démarche.

Des modèles open source pour une IA locale

Un moyen essentiel pour les pays de renforcer leur IA souveraine réside dans l’utilisation de modèles d’IA open source. D’après Kasima Tharnpipitchai, la richesse des talents en Asie du Sud-Est, et particulièrement en Thaïlande, mérite de s’exprimer dans un cadre ouvert et accessible afin d’éviter un cloisonnement contre-productif.

L’open source génère ainsi une énergie collective capable d’aider le pays à mieux rivaliser sur le terrain de l’IA tout en renforçant sa souveraineté.

Si des acteurs comme DeepSeek en Chine ou Llama de Meta proposent des modèles open source, souvent avec certaines restrictions, la multiplication de ces initiatives offre aux gouvernements et entreprises davantage de choix, sans dépendre uniquement de quelques modèles propriétaires. Ce phénomène a déjà permis à des pays comme la Chine de stimuler l’adoption de l’IA et de structurer leur écosystème technologique.

Accès aux infrastructures et localisation

Prem Pavan, vice-président de Red Hat pour l’Asie du Sud-Est et la Corée, souligne que la localisation de l’IA dépasse désormais la simple question linguistique. Disposer d’un accès souverain à des modèles d’IA reposant sur des infrastructures et du matériel locaux devient primordial.

Pour des pays émergents comme la Thaïlande, cela passe par des partenariats avec des fournisseurs de cloud qui possèdent des infrastructures nationales, qu’il s’agisse des géants mondiaux — AWS, Microsoft Azure, Tencent Cloud — ou d’acteurs locaux comme AIS Cloud et True IDC.

Jeff Johnson d’AWS rappelle que leur modèle économique basé sur le « paiement à l’usage » facilite la prise en main de ces technologies, permettant aux startups comme aux grandes entreprises de développer aisément des modèles et des applications sur mesure.

Selon un rapport récent de l’Agence des Nations unies pour le commerce et le développement, la valeur de marché de l’IA pourrait atteindre 4,8 000 milliards de dollars d’ici 2033. Toutefois, cette richesse risque de rester concentrée, creusant le fossé entre les pays et soulignant l’urgence d’une coopération internationale. Parmi les solutions proposées figurent le partage d’infrastructures, l’adoption de modèles ouverts et des initiatives de mutualisation des connaissances.

Points à retenir

  • L’IA souveraine, c’est un peu comme cuisiner chez soi : on maîtrise les ingrédients, le dosage et la recette, sans dépendre du traiteur anglais qui ne comprend pas toujours les saveurs locales.
  • La jeunesse et l’augmentation rapide des internautes en ASEAN offrent une matière première numérique idéale, presque comme une ruche bourdonnante prête à produire son propre miel techno.
  • L’open source fait office de bonne vieille recette de famille partagée : chacun peut piocher, ajouter son grain de sel et améliorer le plat, plutôt que de s’en remettre à un chef distant et autoritaire.
  • L’accès à une infrastructure locale, enfin, c’est un peu le fourneau de campagne indispensable pour cuire à la perfection sa tarte à l’IA, sans ni trop, ni trop peu de carburant.

Au fond, on pourrait se demander si cette quête d’IA souveraine ne va pas finir comme ces histoires d’indépendance, où tout le monde veut son drapeau, mais personne ne veut vraiment s’emmerder avec le poids du pays à porter. En attendant, les ambitions sont là, et c’est déjà un bon début pour ne pas finir à la traîne dans la course technologique planétaire. Mais attention, il faudra aussi savoir garder un équilibre entre ouverture et protectionnisme, sinon on risque de fabriquer de belles tours d’ivoire numériques, bien enfermées mais un peu trop éloignées du monde réel.
Alors, qui sera le prochain grand chef d’orchestre de cette symphonie de data et de codes ? À suivre, avec un soupçon de scepticisme bien placé.


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