A Singapour, l’espérance de vie des habitants est particulièrement élevée. Ce phénomène est soutenu par des politiques gouvernementales. Grâce à une planification urbaine ciblée, à des habitudes alimentaires saines et à des incitations numériques, Singapour encourage un mode de vie actif.
Cette année, Singapour célèbre ses 60 ans. Pourtant, pour de nombreux habitants, cela reste insignifiant. De plus en plus de personnes ici célèbrent leur centième anniversaire, comme Loi Kok Jong, qui profite d’une immense tarte d’anniversaire entourée d’amis et de famille. Les fêtes pour les centenaires se multiplient à Singapour, un phénomène qui remonte à l’époque de la République de Weimar en Allemagne, alors que Singapour était encore une colonie britannique.
Comment atteindre le centenaire ? Pour sa fille Tan Ai Phan, 68 ans, la réponse est simple : “Vivre tranquillement, bien s’entourer, avoir une famille – cela lui a toujours suffi. Elle mène une vie très simple, sans jamais rechercher le glamour ou dépenser pour des plats raffinés. Tout était modeste et simple.”
Toutefois, peu d’isolement et de mélancolie. Madame Loi vit comme 80 % des habitants de Singapour, dans des HDB (Housing Development Board), des logements publics que les résidents peuvent acheter à des conditions avantageuses. Ces logements, bien que peu esthétiques, sont soigneusement entretenus, et y cohabitent des personnes de divers milieux socio-économiques.
Un habitat conçu pour la longévité : des structures sociales pour une vie prolongée
Les HDBs sont des appartements subventionnés par l’État, dotés d’un concept social élaboré. Les bâtiments sont conçus pour favoriser les interactions de voisinage et l’activité physique. Ce sont exclusivement des logements en propriété, souvent mieux entretenus.
La composition ethnique des résidents est proportionnelle à celle de l’État citadin, permettant d’éviter la ghettoïsation des différentes communautés religieuses, culturelles ou ethniques. Par exemple, les enfants qui reviennent vivre chez leurs parents sont prioritaires dans l’attribution des logements. L’idée principale est de promouvoir plus de contacts sociaux et un climat amical, favorisant ainsi l’activité mentale et physique, traduite par une meilleure santé et une longévité accrue.
Au rez-de-chaussée, des espaces communs proposent des cours et des activités de loisirs. Pilates, Tai-Chi ou cours de danse – l’idée est que ceux qui bougent restent en bonne santé.
“Nous vivons tous ici à proximité. Il y a des magasins en bas, c’est très pratique. Tout est là : un café et un endroit pour manger”, explique Fharida Flursheim, une retraitée qui participe régulièrement à un cours de Pilates dans son immeuble. C’est la norme à Singapour, car tout le monde sait que l’exercice maintient la jeunesse, tout comme les interactions sociales – plus de rencontres, un meilleur moral, et moins de stress.
Une alimentation saine soutenue par l’État
Manger sainement à Singapour ne coûte pas cher. Dans les célèbres Hawker Centers – des marchés alimentaires publics – de nombreux plats frais et équilibrés sont proposés à des prix abordables. Des étiquettes “Healthier Choice” signalent les options les plus saines disponibles.
Andrea Maier du Centre pour une Longévité Saine à l’Université Nationale de Singapour indique : “Dans les Hawker Centers, il existe désormais des choix alimentaires plus sains. Le gouvernement favorise le transfert de connaissances, allant des campagnes officielles aux initiatives familiales. Beaucoup choisissent consciemment des aliments plus sains, car ils ne veulent pas tomber malades.”
Une ville qui incite à l’activité physique
Singapour cherche à maintenir ses habitants actifs à travers une planification urbaine volontaire. Les parcs et espaces verts doivent être accessibles en 10 minutes maximum, tandis que les transports publics sont efficaces et peu coûteux. En revanche, posséder une voiture est coûteux. L’idée est que plus on marche, plus on reste en forme et en bonne santé.
Singapour ne considère pas le vieillissement en bonne santé comme une décision individuelle, mais comme une responsabilité collective. C’est pourquoi la ville investit des millions dans cette infrastructure, avec pour but de désengorger le système de santé, en permettant aux gens de vivre plus longtemps et en meilleure santé.
Incitation numérique : une application et des points pour un mode de vie sain
Pour atteindre cet objectif, le gouvernement s’efforce de toucher les jeunes générations en leur fournissant des fitness trackers gratuits, liés à une application de santé. Les utilisateurs accumulent des points pour chaque activité – qu’il s’agisse d’une promenade, d’un entraînement ou de courses saines au supermarché. Jeremy Chow, 32 ans et utilisateur de l’application, partage : “Quand je vais au gymnase, j’active le tracker. Si ma fréquence cardiaque dépasse 120, c’est considéré comme une activité modérée. Déjà après dix minutes, je reçois des points que je peux échanger contre des bons d’achat au supermarché.”
Faire ses courses est également récompensé : une étiquette “Healthier Choice” désigne les produits particulièrement sains, et au moment de régler, on accumule à nouveau des points. “On reçoit un QR code à scanner avec l’application en plus du ticket de caisse. Pour chaque aliment sain, de nouveaux points sont ajoutés. C’est un peu ludique – mais les Singapouriens aiment cela”, indique Jeremy.
Espérance de vie moyenne : 85 ans
Alors que de nombreux pays s’appuient sur la prévention par des campagnes, Singapour va plus loin : l’État met en place des structures qui rendent les comportements sains instinctifs. Ici, la longévité n’est pas laissée au hasard, mais contrôlée activement par une combinaison astucieuse de planification urbaine, de promotion de la santé et d’incitations numériques.
“Nous pensons souvent que les gens doivent choisir d’agir ou de ne pas agir. Mais nous savons désormais que des incitations psychologiques sont nécessaires. C’est ce que nous faisons à Singapour : nous incitons les gens à adopter des comportements plus sains que ceux qu’ils choisiraient autrement”, précise Andrea Maier.
Un enfant né aujourd’hui à Singapour a une espérance de vie moyenne de 85 ans, plaçant à nouveau cet État citadin parmi les leaders mondiaux dans ce domaine.
Bon à savoir
- Les HDBs sont des logements à prix abordables qui favorisent une mixité sociale.
- Avec son programme de santé, Singapour aspire à encourager la population, notamment les jeunes, à adopter un mode de vie actif.
- La combinaison de la planification urbaine, de choix alimentaires sains et d’activités communautaires est essentielle pour maintenir la santé des citoyens et prolonger leur vie.
La question de la longévité soulève des réflexions importantes sur le rôle des politiques publiques en matière de santé, ainsi que sur l’impact des choix individuels. Peut-on vraiment modeler une société vers une meilleure santé avec des incitations adéquates, ou la responsabilité personnelle joue-t-elle un rôle prépondérant ?