Amazon renforce son engagement en faveur de l’énergie décarbonée en signant un accord d’achat d’électricité de 1,9 gigawatt jusqu’en 2042 avec la centrale nucléaire Susquehanna, en Pennsylvanie, exploitée par Talen Energy. L’objectif est d’alimenter les centres de données, nouveaux et existants, de la région.
Ce contrat, annoncé le 11 juin, s’appuie sur une collaboration déjà en place et soutient le projet d’investissement de 20 milliards de dollars d’Amazon Web Services en Pennsylvanie. Ce partenariat laisse entrevoir un développement autour des réacteurs modulaires compacts, une technologie que le géant du commerce a déjà évoquée en octobre dernier. Les détails financiers restent confidentiels.
Ce nouveau contrat d’Amazon vient s’ajouter aux récentes annonces de Google et Meta sur l’énergie nucléaire. Microsoft n’est pas en reste et s’oriente également vers le nucléaire, notamment avec un projet de réouverture du réacteur de la centrale de Three Mile Island, fermé depuis plusieurs années.
Ces quatre mastodontes du numérique considèrent l’énergie nucléaire comme un complément clé à leurs portefeuilles d’énergies renouvelables, qui incluent solaire, éolien et géothermie.
Un contexte politique favorable
Les conditions politiques actuelles encouragent le maintien en activité des centrales existantes et la relance de celles mises à l’arrêt. Sous la présidence de Donald Trump, des décrets ont été signés pour dynamiser la filière nucléaire, avec pour ambition d’atteindre une capacité de 400 gigawatts d’ici 2050, contre 100 actuellement. Le redémarrage d’un réacteur au Michigan a même bénéficié d’un prêt de sauvetage de 1,5 milliard de dollars, sous la présidence de Joe Biden.
Selon une analyse de Deloitte publiée en avril, le nucléaire pourrait couvrir jusqu’à 10 % de la demande électrique des centres de données d’ici 2035. Un seul réacteur conventionnel produit environ 800 mégawatts, tandis que certains centres dédiés à l’intelligence artificielle peuvent consommer jusqu’à 5 gigawatts.
La popularité grandissante des petits réacteurs modulaires, offrant environ un tiers de la puissance des grandes centrales, est palpable. La capacité mondiale des projets en cours s’élevait à 47 gigawatts fin mars, plus de la moitié étant concentrée aux États-Unis, d’après la société de recherche Wood Mackenzie.
David Brown, directeur de la recherche sur la transition énergétique chez Wood Mackenzie, note que « la demande croissante des centres de données a propulsé les petits réacteurs modulaires parmi les acteurs majeurs du futur mix énergétique ». Les impulsions politiques, notamment sous l’administration Trump, devraient accélérer cette dynamique.
Cependant, le financement reste un défi : il faudrait environ 300 milliards de dollars pour concrétiser la totalité des projets en cours. David Wilson, CEO d’Energy Exemplar, rappelle que « le nucléaire a connu de nombreuses impasses et les nouvelles constructions prendront des années avant d’entrer en service ». Il se déclare néanmoins optimiste, tout en restant prudent.
Les acteurs clés à surveiller
Constellation Energy
Basée à Baltimore, cette société gère la plus grande flotte nucléaire américaine avec 21 réacteurs. Elle est partenaire de Microsoft pour le redémarrage de Three Mile Island et fournit l’énergie nucléaire à Meta dans le cadre d’un contrat de 20 ans, représentant 1,1 gigawatt, depuis la centrale Clinton Clean Energy Center en Illinois. Ce contrat soutient l’extension de la capacité de l’installation et génère 13,5 millions de dollars de recettes fiscales annuelles.
Dominion Energy
Cette entreprise de Virginie exploite sept centrales nucléaires dans la région. Elle a obtenu l’autorisation d’étendre les licences opérationnelles en Virginie pour vingt ans et étudie la faisabilité des petits réacteurs modulaires, qui pourraient ajouter 300 mégawatts dans cet État, important pour les centres de données.
Elementl Power
Cette société discrète, créée en 2022 en Caroline du Sud, prépare plusieurs sites pour Google afin d’y installer des réacteurs nucléaires avancés d’une capacité d’au moins 600 mégawatts chacun. Google peut acheter cette énergie selon les modalités de l’accord. Elementl vise à mettre en service 10 gigawatts de nucléaire avancé aux États-Unis d’ici 2035 et bénéficie du soutien du ministère de l’Énergie et d’investisseurs reconnus dans le secteur.
Energy Northwest
Amazon a signé avec ce groupement de services publics de l’État de Washington un contrat portant sur la construction de petits réacteurs modulaires. Le premier lot prévoit une capacité cumulée de 320 mégawatts, extensible à 960 mégawatts.
Kairos Power
Premier partenaire nucléaire de Google, cette société californienne développe de petits réacteurs modulaires, prévus à proximité des centres de données du géant du web. Leur pipeline prévoit environ 500 mégawatts, soit une demi-douzaine de réacteurs, avec le premier site opérationnel envisagé pour 2030.
Oklo
Cette entreprise installée à Santa Clara (Californie) collabore avec des centres de données, dont Switch, fournisseur de plusieurs grandes entreprises. Oklo utilise une technologie capable d’utiliser les déchets nucléaires comme combustible. Elle vient de décrocher un contrat avec l’Armée de l’Air américaine pour construire un réacteur en Alaska.
Talen Energy
Basée à Houston, cette société possède majoritairement la centrale de Susquehanna. Amazon a acquis un campus de centres de données alimenté par cette centrale en mars 2024. Malgré un refus de la commission fédérale de régulation de l’énergie concernant le raccordement au réseau, la collaboration s’élargit avec l’ajout de PPL Electric Utilities en tant que partenaire pour la transmission et la distribution.
Enfin, Amazon et Talen prévoient également des projets de petits réacteurs modulaires en Pennsylvanie.
Points à retenir
- Amazon multiplie ses achats d’électricité nucléaire pour alimenter ses data centers, misant sur la stabilité énergétique que cette source offre.
- Le nucléaire revient sur le devant de la scène aux États-Unis, stimulé par le besoin croissant d’énergie fiable et l’appui politique bipartisan.
- Les petits réacteurs modulaires séduisent les géants du numérique pour leur flexibilité et leur adaptation aux besoins locaux.
- Le coût colossal des infrastructures nucléaires freine encore certains projets, sans compter les nombreuses démarches administratives qui rendent le dossier aussi épineux qu’un cactus.
- Les alliances entre grandes entreprises du numérique et acteurs traditionnels de l’énergie dessinent un paysage hybride, à mi-chemin entre la haute technologie et l’industrie lourde.
Au fond, on dirait que le nucléaire fait son grand retour dans nos vies, poussé non seulement par des besoins énergétiques toujours plus voraces, mais aussi par des plans politiques et stratégiques qui ne laissent personne indifférent. Alors que ces mégas projets prennent racine, on peut se demander si les réacteurs ne deviendront pas le nouvel accessoire indispensable des géants du web, un peu comme une voiture électrique en ville – sauf qu’ici, le virage énergétique est bien plus corsé. Mais bon, attendons 2042, et on en reparle autour d’un café (ou d’un fusionneur, qui sait ?).