jeu. Juin 18th, 2026

La Grèce veut restreindre radicalement l’accès des enfants aux réseaux sociaux, envoyant ainsi un message qui résonne au-delà d’Athènes. Cette initiative touche non seulement la politique nationale relative à la jeunesse, mais également le cadre législatif de l’UE, notamment le DSA et le RGPD. En l’absence d’un cadre commun, même un interdit strict au niveau national serait difficile à appliquer. Que peut induire cette démarche grecque et comment parents et utilisateurs doivent-ils se préparer ?


Le gouvernement grec envisage d’interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans à partir du 1er janvier 2027. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis justifie cette décision par une préoccupation croissante face aux problèmes d’anxiété, de sommeil et à la nature addictive de ces plateformes. Dans le même temps, Athènes exhorte la Commission européenne à établir un système uniforme pour l’âge d’accès, la vérification d’âge et les sanctions. Actuellement, aucun interdit semblable n’existe au niveau de l’UE ou en Allemagne concernant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux.

Un tournant grec : Athènes opte pour des mesures nationales strictes

Cette annonce marque un tournant significatif. La Grèce ne se limite plus à des appels à la responsabilité des parents, des écoles et des opérateurs de plateformes. L’État souhaite établir lui-même les critères interdisant l’accès aux réseaux sociaux pour les enfants. Dans une vidéo, Mitsotakis a qualifié ce mouvement de difficile, mais nécessaire. Son gouvernement s’inscrit dans une logique déjà amorcée avec l’interdiction des téléphones portables à l’école et d’autres outils de contrôle parental. Ce projet trouve un écho dans une société grecque ouverte aux interventions étatiques, comme l’indique un sondage de février 2026 où une majorité soutenait cette interdiction.

Ce mouvement ne se limite pas à la Grèce. En France, le Sénat a approuvé un projet de loi le 31 mars 2026, interdisant l’accès à une liste noire de réseaux sociaux nuisibles pour les moins de 15 ans. L’Australie a également durci ses règles, obligeant les plateformes à empêcher les utilisateurs de moins de 16 ans de créer des comptes sur des services à accès restreint. De même, le débat s’est intensifié en Allemagne, où la ministre fédérale Karin Prien a appelé à une action rapide au niveau européen.

Ce climat d’uniformité européenne est particulièrement significatif sur le plan politique. Mitsotakis ne veut pas d’une loi symbolique pour le marché intérieur grec, risquant de s’échouer sur des obstacles techniques et juridiques. Il plaide donc pour un âge numérique commun de 15 ans, avec des vérifications d’âge obligatoires et une mise en œuvre harmonisée d’ici fin 2026. Il est conscient que les plateformes telles que TikTok, Instagram et Facebook ne peuvent être efficacement réglementées sans une approche complémentaire entre la supervision, les normes et les exigences techniques.

Le droit européen comme limite aux interdits nationaux

Pour l’heure, le droit de l’UE ne prévoit pas d’interdiction générale des réseaux sociaux pour les enfants d’une certaine tranche d’âge. Toutefois, le Digital Services Act (DSA) impose aux plateformes de garantir un haut niveau de protection et de sécurité pour les mineurs. L’UE exige aussi des mécanismes de protection adaptés à l’âge pour limiter les risques pour les jeunes utilisateurs. La directive sur les services de médias audiovisuels (AVMSD) complète cet ensemble en définissant des exigences en matière de vérification d’âge et de contrôle parental.

La réglementation sur la protection des données, le RGPD, est souvent mal interprétée comme établissant déjà une limite d’âge commune pour les réseaux sociaux, alors qu’elle ne le fait pas. L’article 8 du RGPD traite uniquement des conditions de traitement des données personnelles des enfants dans les services en ligne, fixant une limite à 16 ans que les États membres peuvent abaisser jusqu’à 13 ans. Cela ne crée pas un droit d’accès général ou une interdiction d’utilisation des réseaux sociaux, mais relève du droit de la protection des données.

Le fait que la Grèce se tourne vers Bruxelles est donc une nécessité légale plutôt qu’une simple démarche politique. La Commission européenne travaille depuis quelque temps sur une approche commune pour la vérification d’âge, ayant même publié un plan le 14 juillet 2025 pour une solution respectueuse de la vie privée adaptable à d’autres tranches d’âge. Ursula von der Leyen a récemment mentionné que l’application européenne de vérification d’âge sera bientôt lancée, et les lignes directrices sur la protection des mineurs sous le DSA appellent explicitement à des vérifications d’âge efficaces lorsque la loi nationale impose un âge minimum pour certaines catégories de réseaux sociaux. La Grèce espère manifestement exploiter cette opportunité.

L’interdiction est-elle nécessaire? Justifications depuis Athènes

Mitsotakis estime que la mesure est difficile mais incontournable. Les réseaux sociaux engendrent du stress, des troubles du sommeil et un auto-image biaisée chez les jeunes. L’État ne peut se contenter de réparer les dommages après coup, sachant que les modèles économiques de ces plateformes sont conçus pour créer des liens, des stimuli et des dépendances sociales. Il ne s’agit donc pas de faire preuve d’hostilité envers la technologie, mais de décider de protéger les mineurs.

Selon la vision du gouvernement grec, les plateformes devraient être en mesure de vérifier de manière fiable l’âge de leurs utilisateurs et de re-vérifier les comptes existants. Sinon, des sanctions, proportionnelles au DSA et pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial, pourraient être appliquées. Athènes soutient toutefois que les mesures nationales seules ne suffisent pas. En l’absence d’un cadre réglementaire commun imposé par l’UE, chaque État membre risque de stagner…

Points à retenir

  • Interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans prévue en Grèce à partir de 2027.
  • Le gouvernement grec justifie cette mesure par des préoccupations de santé mentale des jeunes.
  • La démarche vise à établir un cadre commun au niveau européen pour une efficacité accrue.
  • Des initiatives similaires se multiplient en France et en Australie.
  • La question de l’équilibre entre protection des jeunes et accès à l’information reste à débattre.

Cette situation soulève un débat passionnant sur l’équilibre entre la protection des jeunes et leur accès aux médias numériques, en tant que composante essentielle de leur développement social et culturel. À travers cette régulation, il est crucial de réfléchir à des solutions qui respectent les droits des jeunes tout en prenant en compte les enjeux de sécurité et de santé mentale. Je suis convaincu que cet équilibre est non seulement nécessaire, mais réalisable si les discussions se poursuivent de manière constructive et inclusive.


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