L’utilisation des médias numériques est devenue banale pour les enfants et les adolescents, posant ainsi de nouveaux défis pour la politique et la société. Une commission d’experts mise en place par le gouvernement allemand a présenté un rapport préliminaire soulignant un constat crucial : les jeunes ne bénéficient pas d’une protection adéquate sur Internet. Par ailleurs, les spécialistes mettent en garde contre les solutions simplistes telles que des interdictions d’âge généralisées sur les réseaux sociaux.
“Considérer uniquement les limites d’âge est une approche réductrice”, a déclaré Olaf Köller, coprésident de la commission et professeur de psychologie et d’éducation à Kiel. Il est essentiel d’aborder la question dans toute sa complexité, ce qui implique une collaboration entre tous les acteurs concernés.
Des risques variés
D’après la commission, la portée du problème est considérable. En Allemagne, environ un million de jeunes utilisent les médias numériques de manière problématique, dont 300 000 présentent déjà des comportements d’addiction. Les risques s’étendent au cyberharcèlement, aux discours haineux, aux violences sexuelles, aux arnaques financières et aux influences néfastes des systèmes d’intelligence artificielle.
Les conséquences peuvent être graves : anxiété, troubles du sommeil ou autres problèmes psychologiques sont évoqués comme résultats potentiels. Les enfants et adolescents présentant des facteurs de risque, tels que des problèmes de santé mentale, des expériences traumatisantes ou des conditions sociales précaires, sont particulièrement vulnérables.
La ministre fédérale de la Famille, Karin Prien, a constitué la commission “Protection des enfants et des jeunes dans le monde numérique” en septembre. Les 18 experts viennent de domaines variés tels que le droit, la médecine, la psychologie, la criminologie, l’éducation et la recherche sur l’éducation. Des ateliers ont également impliqué des jeunes.
Des influences dès le plus jeune âge
La commission souligne que les risques ne se présentent pas seulement à l’adolescence. Même à un jeune âge, l’utilisation des médias peut poser des problèmes. Il est en effet préoccupant que de jeunes enfants passent du temps devant les écrans, et parfois sans supervision.
“Le temps d’écran passif peut altérer leur développement linguistique”, indique le rapport. Des contenus trop stimulants pourraient favoriser la distraction.
Le comportement des parents est également crucial. Lorsque les adultes sont distraits par leurs smartphones, cela crée ce que l’on appelle la “techno-interférence” – la technologie interfère alors que toute l’attention devrait être réservée à l’enfant.
Cependant, les experts avertissent qu’il est réducteur de voir les médias numériques uniquement de manière négative. Les smartphones sont un vecteur essentiel de communication, de divertissement et d’information, et ouvrent aussi des perspectives nouvelles, en particulier à travers des applications d’intelligence artificielle. Les réseaux sociaux peuvent constituer des espaces importants pour l’échange et la construction de l’identité, notamment pour les jeunes LGBTQ+ ou d’autres groupes. Köller souligne que “protection et participation ne sont pas des opposés, mais qu’il s’agit d’une participation protégée sur le net”.
Des réglementations insuffisamment appliquées
Un constat surprenant du rapport : la commission ne détecte pas de manque fondamental de lois. Au niveau européen, la protection des mineurs est encadrée par le Digital Services Act, et en Allemagne, des lois comme la loi sur la protection des jeunes et d’autres réglementations sont en place.
“Il n’y a pas vraiment de déficit de régulation”, a déclaré Nadine Schön, la deuxième coprésidente de la commission, avocate de profession. Les véritables problèmes résident dans l’application pratique : les réglementations sont complexes, mal harmonisées et souvent appliquées de manière incohérente. “Nous constatons principalement des déficits dans l’application effective”, a-t-elle ajouté, mentionnant les lacunes importantes en ce qui concerne les contrôles d’âge.
Les exemples de pays comme l’Australie, où un interdit sur les réseaux sociaux a été instauré pour les moins de 16 ans, montrent également que les jeunes trouvent souvent des moyens de contourner ces restrictions.
Appel à une stratégie globale
La ministre Prien se dit convaincue par le rapport que la protection des enfants en ligne ne peut être atteinte par des mesures isolées. Une stratégie globale, proactive et en constante évolution est nécessaire.
Cette stratégie doit combiner réglementation, éducation et prévention, formant un “trio de protection, d’autonomisation et de participation”. Parents, écoles, crèches et services de protection de l’enfance jouent tous un rôle central. Toutefois, le rapport met également en évidence des lacunes dans ces domaines : les offres d’éducation aux médias ne sont pas encore généralisées, souvent non contraignantes et structurellement faibles. Le soutien aux parents est également très inégal.
Le rapport préliminaire devrait servir de base scientifique à des mesures politiques concrètes. La commission prévoit de soumettre des recommandations d’action au gouvernement d’ici la fin juin, suivies d’un rapport final cet automne.
Points à retenir
- Près d’un million de jeunes en Allemagne utilisent les médias numériques de manière problématique.
- La collaboration entre parents, éducateurs et responsables politiques est primordiale pour des solutions efficaces.
- Les risques liés à l’utilisation des médias commencent dès le plus jeune âge.
- Les réglementations existantes manquent souvent d’application cohérente.
- Les médias numériques, malgré leurs risques, offrent aussi des opportunités d’échanges et d’expression identitaire.
En tant qu’observateur attentif, je suis convaincu que repenser notre approche face à la question des jeunes et des médias numériques est essentiel. Au-delà des risques, il est impératif de favoriser un cadre sécurisé qui permet aux jeunes de s’exprimer, d’apprendre et de se développer. Comment construire un environnement numérique protecteur tout en préservant la liberté d’accès à l’information et à l’expression ? C’est une réflexion à poursuivre ensemble.
