mer. Juin 24th, 2026

Les gouvernements européens se penchent sur des règles plus strictes concernant les réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 16 ans. Cependant, de nombreux jeunes estiment qu’ils sont exclus d’une discussion qui les concerne directement.

Les partisans de ces interdictions avancent qu’elles sont nécessaires pour protéger les enfants des dangers d’Internet. Néanmoins, les jeunes activistes à travers l’Europe ne croient pas qu’un rejet total soit la solution.

Au lieu de cela, ils appellent les décideurs à renforcer la réglementation des plateformes, à mieux appliquer les règles existantes et à fournir une éducation numérique accrue pour sécuriser l’espace en ligne.

En France, en Irlande et aux Pays-Bas, les élèves et les représentants de la jeunesse affirment que les réseaux sociaux sont intégrés à leur quotidien : pour créer des liens, apprendre, s’organiser et s’engager socialement.

« L’un des derniers espaces publics réellement libres »

Thomas Yaqoubi Reboul et Noe Hamon ont rassemblé une vingtaine de personnes dans leur mouvement jeunesse Ctrl+Alt+Reclaim, avant que le Parlement français ne vote sur un projet de loi visant à restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans.

Cette initiative a permis de soumettre des amendements directement aux sénateurs, avec pour proposition de durcir la régulation des plateformes plutôt que d’exclure les jeunes utilisateurs.

Lors de la seconde présentation du projet de loi, ils constatèrent des changements significatifs : deux catégories de plateformes devraient être mises en place, les « très problématiques » et celles qualifiées de « outils numériques ».

Leur groupe a également contribué à élargir le débat au grand public, notamment à travers des tribunes dans des médias influents tels que Le Monde. Ils se sont également rencontrés avec des jeunes à travers le pays pour comprendre l’impact des éventuelles restrictions.

De nombreux jeunes n’étaient pas conscients que leur vie numérique pouvait être limitée. Lorsqu’ils l’ont appris, beaucoup ont été choqués par cette perspective, allant même jusqu’à dire : « Oh mon Dieu, cela ne peut pas se faire ».

Malgré la reconnaissance des dangers liés aux réseaux sociaux, ces jeunes n’aspirent pas à voir leur espace social se réduire. « Les réseaux sociaux représentent l’un des rares espaces publics totalement accessibles pour les jeunes », déclare Hamon.

Ils permettent de tisser des liens, d’apprendre, de s’exprimer créativement et de transcender les limitations physiques, particulièrement dans un monde où l’accès devient de plus en plus difficile.

Au lieu d’introduire de nouvelles interdictions, les jeunes préconisent de mieux appliquer les directives européennes existantes, comme le Digital Markets Act et le Digital Services Act, afin de réguler efficacement les espaces en ligne.

« Les plateformes ne deviennent pas automatiquement sûres à 18 ou 19 ans »

Lauren Bond, 19 ans, fait partie du conseil d’administration de l’Organising Bureau of European School Student Unions (OBESSU), qui soutient et représente les conseils étudiants à travers l’Europe.

Selon Bond, les conseils d’élèves se penchent depuis longtemps sur cette question, en particulier dans les écoles secondaires, où beaucoup redoutent que des interdictions ne bouleversent leur quotidien.

« Ils ressentent souvent une forme de culpabilité et d’imposition de responsabilité pour créer un environnement numérique sûr », remarque-t-elle.

Les interdictions générales ignorent la réalité des jeunes, souligne Bond, ajoutant qu’ils estiment souvent que leur voix compte peu dans le débat.

« Je comprends que l’idée d’une interdiction générale puisse sembler séduisante, mais les réseaux sociaux utilisés par les jeunes ne deviennent pas nécessairement plus sûrs parce qu’ils atteignent l’âge de 18 ou 19 ans », affirme-t-elle.

Les jeunes échangent plutôt sur un mélange de régulation accrue et d’investissements dans l’éducation numérique.

Bond évoque la manière dont l’éducation numérique dans son école l’a aidée à établir une relation saine avec les réseaux sociaux ; ses enseignants ayant initié cette sensibilisation dès l’âge de 11 ans.

Cependant, tous ses camarades n’ont pas eu cette chance, ce qui l’amène à plaider pour une éducation numérique harmonisée à l’échelle européenne.

« Il est essentiel de créer des fondations pour enseigner la maturité numérique en milieu scolaire », insiste-t-elle. « Beaucoup de jeunes n’ont pas accès à ces informations, et cela doit devenir une priorité dans nos écoles. »

« Les réseaux sociaux peuvent être le fondement d’une société »

Niels Zagema a été désigné par les jeunes Néerlandais pour représenter leur voix au sein des institutions européennes. Il fait partie du Youth Advisory Board de la présidente de la Commission européenne.

Il est persuadé que la régulation des réseaux sociaux doit être une priorité. « Peu de choses influencent autant la vie des jeunes que les réseaux sociaux », indique-t-il. « Ils peuvent véritablement constituer la base d’une société, tant pour l’accès à l’information que pour la création de liens. »

Pour son mandat, il a consulté plus d’un millier de jeunes en milieu scolaire ainsi que des experts pour déterminer les orientations des restrictions sur les réseaux sociaux.

La plupart des adolescents qu’il a rencontrés ne soutiennent pas ces restrictions, bien qu’ils admettent qu’elles pourraient les aider à mieux gérer des comportements problématiques comme l’utilisation excessive des téléphones.

Zagema préconise un modèle d’accoutumance progressive : parents et décideurs devraient introduire les nouvelles technologies de manière graduelle, en fonction de l’âge des jeunes.

Il considère que les directives mises en place aux Pays-Bas représentent un bon exemple pour l’Europe, où les parents montreraient d’abord à leurs enfants comment communiquer via des applications de messagerie avant de les initier aux réseaux sociaux à partir de 15 ans.

« Nous avons grandi avec les réseaux sociaux, ils font partie de notre quotidien »

Aisling Maloney considère les réseaux sociaux comme un « ancrage vital » durant son enfance en milieu rural irlandais. Grâce à eux, elle a pu rester en contact avec des amis vivant à une heure de distance.

Les réseaux sociaux lui ont également ouvert des portes vers un monde plus vaste, où elle pouvait explorer des intérêts et des thèmes absents de son école.

« Ils ont ouvert beaucoup de portes », confie Maloney.

Aujourd’hui, elle représente le Conseil national de la jeunesse d’Irlande et affirme que chaque jeune devrait avoir l’opportunité d’explorer ce qui les passionne sur internet, mais de manière éclairée et sécurisée.

« Je veux que les jeunes soient inclus dans ce débat, qu’ils aient la possibilité de s’y exprimer », indique-t-elle.

Elle appelle donc les décideurs à impliquer directement les jeunes dans les discussions sur les interdictions ou restrictions concernant les réseaux sociaux pour les enfants.

Maloney est déjà engagée dans les démarches de sensibilisation, notamment via des services d’information jeunesse en Irlande, qui aident les jeunes à naviguer dans les espaces numériques.

« Ma génération a grandi avec les réseaux sociaux, qui font partie de notre quotidien depuis notre jeunesse, bien avant que la question de la sécurité en ligne ne soit soulevée », affirme-t-elle. « Les décideurs ont besoin d’interagir avec nous pour comprendre comment nous utilisons ces outils. »

Pour elle, la solution réside non pas dans une interdiction généralisée, mais dans une combinaison de lois rendant les plateformes plus sûres et d’une éducation numérique accrue.

Des outils utiles existent déjà, comme des limites de temps dans certaines applications. Pourtant, Maloney souligne que beaucoup de jeunes n’en sont pas conscients, car les plateformes ne les font pas suffisamment connaître.

Des futures législations, telles que le Digital Fairness Act (DFA), pourraient servir à limiter les fonctionnalités nuisibles des applications de réseaux sociaux, notamment les designs addictifs et la gestion excessive des données personnelles.

Cependant, elle insiste sur la nécessité d’une mise en œuvre rigoureuse de ces mesures, car selon elle, les plateformes ne seront pas enclines à les rendre réellement plus sûres d’elles-mêmes.

Points à retenir

  • Les jeunes excluent souvent de la discussion sur les réglementations des réseaux sociaux qui les concernent directement.
  • Ils préconisent une meilleure régulation des plateformes et une application des règles existantes plutôt que des interdictions totales.
  • Les réseaux sociaux jouent un rôle crucial dans l’établissement de liens sociaux, d’apprentissage et d’expression personnelle.
  • Une éducation numérique adaptée et systématique est essentielle pour aider les jeunes à naviguer en toute sécurité dans l’espace en ligne.
  • Les jeunes s’opposent aux interdictions généralisées, préférant des approches nuancées qui impliquent parents et décideurs.

En conclusion, je pense qu’il est crucial d’entendre la voix des jeunes dans le cadre de cette discussion. Leur éducation et leur engagement sont des éléments fondamentaux pour construire un environnement numérique sûr et inclusif. La société doit évoluer avec eux, plutôt que de les mettre à l’écart dans des débats qui façonnent leur quotidien. Ce débat mérite d’être enrichi par leurs expériences et suggestions, car ce sont eux qui vivent les conséquences de ces réglementations.


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