Fuuuu… Aaaah… ¡Fuuu! ¡Aaaaaahhh! Les crisements et les hurlements du chamane possédant la consteladora ne surprennent personne. Quelques minutes plus tôt, alors qu’elle gardait encore le contrôle, elle avait prévenu le groupe : « Il est possible que des mots en langues chamaniques sortent, car des énergies puissantes sont nécessaires. Ne vous inquiétez pas. » Ainsi, lorsque sa main s’élève et que son pied se met à danser dans le vide – comme s’il actionnait un pédale de machine à coudre invisible – personne ne semble troublé. Malgré le contraste entre sa silhouette frêle et ses souffles puissants, l’assistance demeure attentive et presque révérencieuse.
Personne ne s’inquiète lorsque sa voix onomatopéique, « ¡fliuuu! ¡aaahhh! », alterne avec la douceur apaisante qu’elle a employée pour donner des instructions claires : « Une personne doit se lever pour représenter un membre de la famille, je ne dirai pas qui. » Si certains sceptiques se rappellent des précédents télévisuels, ils essaient de mettre de côté la dérision pour respecter l’intensité de la séance, qui pourrait marquer un tournant pour mes compagnes de travail.
C’est un matin froid de janvier, dans un centre de yoga parmi les quartiers les plus chics de Madrid. Déchaussés, en vêtements confortables, nous assistons à une exploration de problèmes personnels, dont l’origine semble liée à la généalogie. Graciela del Campo Vara, accompagnée du chamane, propose une explication aux confits familiaux qui frôle le surnaturel. Anciennement journaliste, son retour sur le devant de la scène en décembre 2020, suite à des déclarations controversées sur la violence à caractère sexuel, a attiré l’attention.
Aujourd’hui, huit participantes du workshop, après avoir payé 149 euros en présentiel ou 119 en ligne, exposeront leur désarroi et d’autres s’inclineront pour incarner les membres de leurs arbres généalogiques. Les tarifs pour les spectateurs sont de 49 euros en présentiel et 29 en ligne.
« Proposition irrationnelle, magique et ésotérique »
« Les constellations familiales partent d’une base viciée. Ce n’est pas une technique à bien ou mal utiliser, mais une approche irrationnelle proposée comme vérité sans preuve scientifique », explique Luis Santamaría del Río, théologien. Il pointent les dangers de cette méthode prétendument thérapeutique qui peut nuire aux victimes.
Inventées par Bert Hellinger, les constellations s’appuient sur des concepts psychologiques et ésotériques. Bien que populaires, ces techniques sont souvent critiquées, notamment pour leur absence de fondement scientifique. Cependant, elles sont utilisées par divers professionnels, certains poussés par la recherche de solutions rapides à des problèmes relationnels.
Les réseaux sociaux débordent d’offres similaires, avec Graciela del Campo parmi les plus connus, tandis que la technique se propage chez des psychologues, avocats, et même vétérinaires cherchant à résoudre des conflits au sein des familles multiculturelles.
La pratique s’opère généralement en groupe, où une personne évoque un problème et invite d’autres à la représenter, plongeant ainsi dans des souvenirs familiaux parfois difficiles. Graciela, tout en assurant que les constellations ne relèvent ni de l’astrologie ni de l’ésotérisme, soutient qu’elles nourrissent la transformation personnelle.
Points à retenir
- La pratique des constellations familiales reste controversée, jugée à la fois utile pour certains et dangereuse par d’autres experts.
- Les témoignages des participants révèlent un mélange de scepticisme et de désir de changement personnel.
- Les constellations sont souvent utilisées par des professionnels de santé, malgré leur absence de fondement scientifique.
- Le coût d’entrée et d’autres options de formation soulèvent des questions sur l’exploitation commerciale de la douleur humaine.
- La méthode peut enfreindre des valeurs éthiques, notamment le principe d’une aide éclairée et informée.
Dans l’ensemble, cette pratique pose des questions essentielles sur le besoin humain de trouver un sens aux souffrances. Assister à un tel atelier suscite en moi un mélange d’interrogations et d’émotions. Ce besoin de transcender le réel, d’interpréter des douleurs anciennes, rappelle à quel point notre quête d’identité et de guérison peut nous conduire vers des avenues inattendues, parfois même déroutantes. Nous sommes tous à la recherche d’un sens, n’est-ce pas ? En tant que journaliste, je me sens témoin et aventurier d’un monde oscillant entre mysticisme et nécessité humaine. Cette expérience ouvre une fenêtre sur notre fragilité collective, notre volonté de guérir et de comprendre, mais elle mérite également notre plus grande prudence.