mer. Juin 24th, 2026

La Station spatiale internationale (ISS) représente l’une des plus grandes réussites de l’humanité, offrant un habitat en orbite occupé sans interruption depuis près de 25 ans. Près de 300 personnes issues de 26 pays différents l’ont visitée, symbole éclatant de coopération internationale et merveille technologique unique.

Toutefois, sa durée de vie touche à sa fin. Bien qu’elle ait largement dépassé sa mission initiale de 15 ans, la NASA prévoit sa désorbitation autour de 2030.

L’agence spatiale américaine collabore d’ores et déjà avec des entreprises privées pour préparer une station spatiale commerciale. Un concours est lancé pour sélectionner les meilleurs projets et partenaires, avec à la clé une mission habitée de 30 jours en orbite à des fins de démonstration. À terme, la NASA achètera des « services stationnaires » auprès du contractant privé chargé de déployer ce successeur moderne de l’ISS.

Même si les candidatures pour ce concours sont attendues l’an prochain, plusieurs sociétés développent déjà des concepts de stations commerciales avant que ne débute effectivement la relève de l’ISS.

Parmi elles se trouve Vast Space, une entreprise basée en Californie ayant conclu un accord avec SpaceX pour lancer la toute première station spatiale commerciale au monde, nommée Haven-1, prévue actuellement pour mai 2026.

Ce module unique a une vocation de preuve de concept, conçu pour rester trois ans en orbite et accueillir quatre missions de deux semaines, chacune effectuée par un équipage de quatre astronautes.

Adossée à un design « centré sur l’humain », la station possédera un laboratoire scientifique pouvant soutenir la recherche en microgravité ainsi que la fabrication technologique, notamment de semi-conducteurs. Haven-1 sera accessible tant aux missions privées qu’aux missions gouvernementales, permettant ainsi à Vast Space d’acquérir l’expérience nécessaire en vue de la construction de son successeur de l’ISS, si l’entreprise réalise une belle performance lors du concours organisé par la NASA.

Max Haot, PDG de Vast Space, insiste : « Notre priorité numéro un est de devenir une véritable société de station spatiale — avec une station en orbite, des personnes envoyées pour une durée donnée, et leur retour sur Terre en toute sécurité. C’est vraiment la course dans laquelle nous sommes engagés. »

Haven-1 mesurera 4,4 mètres de diamètre et proposera un volume habitable de 45 mètres cubes, soit environ l’espace intérieur d’un autobus à étage — soit une huitième de celui de l’ISS, qui culmine à 388 mètres cubes. Le lancement s’effectuera via une fusée Falcon 9 de SpaceX, tandis que la première équipe d’astronautes atteindra la station quelques mois plus tard grâce au vaisseau Crew Dragon.

L’aménagement intérieur comprendra une coupole vitrée d’1,2 mètre, une table commune déployable, un espace privé pour le sommeil de chaque membre d’équipage, ainsi qu’une connexion internet à haut débit, fournie par Starlink. « Ce n’est pas une station de luxe, mais nous sommes convaincus que dans tous les environnements, si l’on se sent mieux, si l’on peut mieux se reposer et communiquer, alors on travaille mieux », explique Haot.

Intérieur de Haven-1, station spatiale commerciale de 4,4 mètres de diamètre et 45 mètres cubes habitables.

Depuis l’annonce du projet à la mi-2023, Vast Space a vu ses effectifs passer d’environ 200 à 950 employés, investissant dans des infrastructures capables de produire non seulement le module Haven-1, mais aussi deux modules par an pour Haven-2, le successeur potentiel plus ambitieux de l’ISS actuellement en phase de pré-planification.

Une version « qualification » de Haven-1, non destinée au vol mais aux essais au sol, a déjà été finalisée et testée cette année, notamment contre la pressurisation et les forces subies lors du lancement. Des tests ont également été menés en collaboration avec la NASA au Marshall Space Flight Center en Alabama.

La construction du module destiné à l’orbite est quant à elle en phase finale de soudure, avant d’entrer dans la phase d’intégration des systèmes puis la préparation au décollage prévue pour avril 2026 précédant un lancement en mai.

« Notre prochain grand jalon sera d’annoncer l’équipage de Haven-1 ainsi que les détails de la mission », précise Haot. Les clients visés sont principalement les agences spatiales, avec une attention spéciale aux nations émergentes souhaitant envoyer leurs premiers astronautes dans l’espace. Des places seront aussi proposées à des particuliers autofinancés, prêts à s’entraîner sérieusement et à mener un travail jugé « important » en orbite, à un tarif non divulgué mais conséquent.

Une partie de leur activité se déroulera dans le laboratoire scientifique de la station, conçu pour les partenaires commerciaux. Parmi eux figure Redwire Space, entreprise floridienne spécialisée dans les infrastructures spatiales, qui a déjà réalisé des recherches à bord de l’ISS sur les cellules souches et la détection du cancer.

« La plupart de nos premières activités à bord de Haven-1 devraient prolonger la recherche pharmaceutique et la fabrication que nous menons actuellement sur l’ISS », explique Rich Boling, vice-président chez Redwire. « Nous sommes enthousiastes à l’idée de participer à cette entreprise historique, capable de progresser aussi vite que le rythme des affaires. Haven-1 offrira une plateforme efficace pour la recherche et la fabrication, bien que plus restreinte que l’ISS en terme d’espace disponible au départ. »

Vast Space n’est pas seul dans cette aventure : la NASA collabore également avec d’autres acteurs privés, comme Starlab — fruit d’une joint-venture entre Airbus et Northrop Grumman — ainsi que les entreprises Blue Origin de Jeff Bezos et Axiom Space, cette dernière ayant réalisé en 2022 la première mission privée entièrement habitée vers l’ISS.

Sandra Häuplik-Meusburger, architecte et chercheuse en habitat spatial à l’Université technique de Vienne, souligne : « Voir émerger plusieurs concepts de stations est positif. Commencer petit, avec un module unique, est une approche réaliste pour tester les systèmes clés, réduire la complexité et maîtriser les coûts. Mais la vision plus ambitieuse doit être intégrée dès l’origine, car créer une station, c’est comme fonder un village : les choix initiaux conditionnent tout l’avenir. »

Recréation artistique inspirée d’une photo célèbre de la NASA, avec Haven-1 en lieu et place de la navette Endeavour.

Frederick Scharmen, professeur associé d’architecture et design urbain à Morgan State University, qui s’intéresse aux habitats spatiaux, apprécie l’attention portée au confort et à l’autonomie des équipages par Vast. « Le projet Haven-1 remet l’humain au centre de l’habitat spatial, en tenant compte de ses besoins quotidiens qui dépassent la simple survie », souligne-t-il.

Mais gérer une station spatiale reste un défi coûteux, rappelle Olivier de Weck, du MIT. « Nos recherches sur la faisabilité technique et économique des stations commerciales montrent un bilan complexe. Le coût actuel de fonctionnement de l’ISS est d’environ 12 millions de dollars par jour, dont la moitié pour transporter équipages et matériels. »

« Pour être viable, une future station commerciale doit réduire ses frais annuels à l’ordre de 1 à 2 milliards de dollars, soit un coût journalier entre 2,7 et 5,5 millions, moins de la moitié de l’ISS. »

Vast n’a pas révélé ses coûts d’exploitation, mais indique avoir investi près d’un milliard de dollars combinant capital privé de son fondateur Jed McCaleb, ancien magnat des cryptomonnaies, et revenus clients, à l’aube du lancement de Haven-1.

Points à retenir

  • L’ISS a été un exemple réussi de collaboration internationale et de prouesse technologique, mais son exploitation devrait s’achever vers 2030.
  • La NASA mise désormais sur des stations spatiales commerciales, soutenant plusieurs entreprises privées pour préparer cette relève.
  • Vast Space, via Haven-1, ambitionne d’être la première à déployer une station privée en orbite, conçue pour accueillir des missions courtes et des recherches scientifiques en microgravité.
  • Le confort et l’ergonomie sont au centre du design de cette station, avec internet haute vitesse et espaces privatifs pour les astronautes, facteurs essentiels pour maximiser performances et bien-être.
  • Le défi économique demeure important : rendre ces futures stations abordables tout en garantissant sécurité et fiabilité est un exercice délicat.
  • La diversité des acteurs, allant d’Airbus à Blue Origin, promet une compétition saine et une riche émulation autour des stations spatiales commerciales.

Dans cette course à l’espace privé, on pourrait se demander si, entre deux startups spatiales et quelques astronautes curieux, notre civilisation est prête à transformer son village orbital en véritable petite ville high-tech flottante. Et pendant que Vast Space affûte son savoir-faire, moi, j’espère juste qu’ils n’oublient pas la machine à café… Parce qu’après tout, quand on parle travail en apesanteur, le premier besoin, c’est bien un bon espresso, non ?


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