mer. Juin 24th, 2026

Pour les travaux académiques, l’année de publication constitue un indice majeur de leur importance. À l’aube de 2024, c’est le moment idéal pour dresser un bilan des ouvrages en sciences sociales publiés sur le Pakistan ou concernant plus largement la région, avec une pertinence directe pour le pays. Un examen s’étalant sur plusieurs années révèle des tendances intéressantes quant au nombre de publications, aux disciplines abordées, aux choix des éditeurs, ainsi qu’à l’accessibilité et l’affordabilité des livres au Pakistan. Les manuscrits provenant de thèses de doctorat témoignent également de la manière dont le parcours de vie des chercheurs influence leurs sujets de recherche.

Au cours des six dernières années, environ 70 ouvrages en sciences sociales ont été publiés sur le Pakistan ou ayant un lien direct avec celui-ci, en excluant les volumes collectifs. Notamment, cette production a fortement augmenté depuis 2019, avec l’émergence d’une nouvelle génération d’académiques, illustrée par le fait que plus de la moitié des ouvrages proviennent de thèses de doctorat. Parmi les facteurs contribuant à cette tendance, on trouve les bourses de doctorat du HEC, une solide formation de premier cycle dans des universités telles que LUMS, et un intérêt accru pour le Pakistan après le 11 septembre, en grande partie en raison de sa proximité avec l’Afghanistan et de sa position dans le monde islamique.

Un bon nombre de ces ouvrages adoptent une approche multidisciplinaire, avec l’histoire émergeant comme discipline prédominante, suivie par l’anthropologie et la science politique. Malgré l’importance géostratégique du Pakistan, les relations internationales demeurent peu visibles, avec seulement deux ouvrages portant sur les relations avec l’Inde et la Chine, tous deux rédigés par des chercheurs non pakistanais. Les économistes semblent privilégier la publication dans des revues académiques, ce qui explique en partie la rareté des ouvrages dans cette discipline.

L’accent mis sur l’histoire peut être attribué aux récits concurrents entourant l’origine du pays, ce qui a favorisé un discours critique sur le mouvement pakistanais et l’histoire antérieure de l’Asie du Sud. L’anthropologie représente également une discipline en plein essor dans les études pakistanaises, se caractérisant par des méthodes ethnographiques. Les anthropologues s’attaquent aux changements sociaux contemporains au Pakistan, tels que l’évolution des structures de classe et de la religiosité. En revanche, la sociologie attire moins l’attention, ne tentant pas de reproduire la perspective temporelle des agents sociaux, là où les anthropologues s’y attachent. Il reste à explorer si cela explique son attrait limité auprès des chercheurs. En Inde également, certains estiment que les frontières entre l’anthropologie et la sociologie ne sont pas aussi rigides qu’à l’Ouest.

Les anthropologues s’attaquent aux changements sociaux contemporains au Pakistan, tels que l’évolution des structures de classe et de la religiosité.

Parmi les auteurs, 85 % sont pakistanais ou d’origine pakistanaise, le reste provenant principalement du Royaume-Uni, des États-Unis, ainsi que de quelques autres pays tels que la France, l’Allemagne, le Canada et l’Australie. Presque tous ont suivi leur formation doctorale hors du Pakistan, ce qui souligne l’absence de programmes de troisième cycle en sciences sociales robustes dans le pays. Bien que l’islam et la lutte civil-militaire semblent gagner en visibilité dans le discours général, ces thèmes ne dominent pas autant les ouvrages publiés.

Oxford University Press (OUP) Pakistan publie des ouvrages académiques et grand public depuis 1952, bénéficiant de prix abordables et d’un vaste réseau de distribution dans le pays. OUP Global a aussi contribué en publiant des livres spécifiques au Pakistan. Cambridge University Press s’est de plus en plus intéressé au Pakistan depuis le déplacement de leur bureau pour l’Asie du Sud à New Delhi, publiant 15 ouvrages au cours des six dernières années. Ces dernières années, une préférence croissante pour les éditeurs académiques américains s’est manifestée, avec Stanford publiant cinq ouvrages, suivi par Pennsylvania et Harvard (trois chacun), puis Princeton, Californie, Cornell, Columbia, Duke, North Carolina, Nebraska, Notre-Dame et Indiana avec un ouvrage chacun. D’autres éditeurs non universitaires, tels que I.B. Tauris, Hurst et Routledge, ont également enrichi ce corpus croissant.

Publier un livre avec une maison d’édition universitaire de rang mondial confère un certain prestige — un critère fréquemment pris en compte lors des promotions académiques. Cependant, l’accessibilité reste un défi, le marché pakistanais étant souvent hors de portée après conversion en roupies. Même en dehors du Pakistan, la plupart des livres académiques sont largement inabordables, les premières éditions ciblant principalement les bibliothèques. Les éditeurs académiques américains, en revanche, tendent à maintenir des prix relativement bas.

Des éditeurs locaux comme Folio, Readings et Liberty ont acquis les droits de certains livres pour le marché pakistanais, offrant ainsi des ouvrages à des prix abordables. Malgré ces efforts, la plupart de ces livres restent inaccessibles. Bien que certains auteurs aient généreusement partagé des copies électroniques de leurs livres, cette pratique est confinée à des réseaux restreints d’amis et de collègues. Pendant ce temps, des copies électroniques piratées continuent de circuler.

Étant donné que plus de la moitié des manuscrits de livres (souvent appelés monographies) proviennent de thèses de doctorat, le parcours de vie des doctorants façonne souvent leurs thèmes de recherche. Nombreux sont les jeunes chercheurs en sciences sociales ayant été éduqués dans des écoles privées de la classe supérieure, ce qui peut atténuer leur connexion organique aux réalités sociétales plus larges, notamment dans un pays comme le Pakistan. À l’inverse, les diplômés d’écoles d’État et d’universités possèdent souvent une meilleure compréhension des dynamiques sociales, mais peuvent manquer de rigueur académique. Toutefois, quelques exceptions transcendent ces défis. Un exemple marquant est celui du regretté Arif Naveed, qui a tragiquement perdu la vie récemment à un jeune âge. Originaire de la région la moins développée du sud du Pendjab, son parcours à l’Université de Cambridge, puis à un poste de professeur à l’Université de Bath, a considérablement enrichi son travail fondamental sur la pauvreté intergénérationnelle.

La conscience de leur engagement limité avec la société dans son ensemble incite souvent les jeunes chercheurs à explorer celle-ci par eux-mêmes, façonnant ainsi leur recherche doctorale. Il est arguable qu’une plus grande partie des doctorants indiens tend à exhiber une rigueur académique combinée à des perspectives sociétales profondément ancrées, attributables à la nature relativement égalitaire des opportunités éducatives en Inde. Cette distinction se reflète aussi dans les perspectives sociales contrastées des jeunes chercheurs en sciences sociales des deux pays.

Il serait pertinent d’évaluer quels ouvrages s’inscrivent principalement dans le cadre des études pakistanaises et lesquels prennent un pas de plus pour apporter des contributions plus larges à leurs disciplines académiques respectives.

Article original rédigé par : Nadir Cheema, enseignant en économie à SOAS, Université de Londres, et membre de l’équipe éditoriale des revues de livres Bloomsbury Pakistan.

Notre Opinion Tech

Au fil des années, l’évolution de la littérature en sciences sociales sur le Pakistan témoigne d’une dynamique riche et variée. Il est intéressant de noter que ces travaux, souvent issus de thèses, illustrent non seulement l’engagement des jeunes chercheurs, mais aussi leurs luttes pour établir un lien authentique avec la société dont ils s’inspirent. À l’avenir, il serait bénéfique d’encourager davantage de collaborations entre chercheurs de divers horizons afin de créer un dialogue plus inclusif sur les réalités culturelles et sociales du Pakistan.

Bon à savoir : Les bibliothèques universitaires du Pakistan sont de plus en plus perçues comme des ressources essentielles pour l’accès à la littérature académique, en particulier pour les ouvrages publiés par des maisons d’édition reconnues. C’est pourquoi leur soutien et leur développement pourraient jouer un rôle crucial dans l’amélioration de l’accès à une connaissance critique pour les étudiants et chercheurs.


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5 thoughts on “Publication en sciences sociales – Le Journal”
  1. Cet article sur la littérature en sciences sociales au Pakistan souligne l’importance de l’engagement des chercheurs. Leur parcours personnel enrichit vraiment leur travail et leurs perspectives.

  2. C’est fascinant de voir comment les chercheurs pakistanais redécouvrent leur histoire tout en se connectant aux réalités contemporaines. Cela nous rappelle l’importance de comprendre nos racines !

  3. C’est fascinant de voir comment les jeunes chercheurs pakistanais s’engagent pour explorer leur société. Leurs travaux apportent une nouvelle lumière sur les dynamiques culturelles que nous devons tous comprendre.

  4. Serge, cet article éclaire brillamment l’évolution des sciences sociales au Pakistan. J’aime voir comment les voix nouvelles façonnent la recherche. Continuons à encourager ce dialogue !

  5. L’évolution de la littérature sur le Pakistan est fascinante. Cela montre l’engagement des jeunes chercheurs face aux réalités sociétales. Une belle promesse pour l’avenir des sciences sociales.

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