sam. Juin 13th, 2026

Des chercheurs ayant analysé le pollen retrouvé dans les couches de protection d’un navire romain coulé il y a environ 2 200 ans ont découvert des éléments suggérant que celui-ci a été réparé dans différents endroits le long de la mer Adriatique. Cette enquête est détaillée dans une étude publiée dans la revue Frontiers in Materials. Les scientifiques français et croates se sont penchés sur le revêtement de protection de l’épave Ilovik-Paržine 1, perdue au large des côtes de la Croatie actuelle.

Depuis les débuts de la navigation, l’imperméabilité et la résistance des embarcations face à l’eau salée sont cruciales. Toutefois, l’étude des matériaux non boisés utilisés en construction navale a été négligée jusqu’au milieu du XXe siècle, et même aujourd’hui, il reste peu d’informations sur les méthodes d’imperméabilisation.

Armelle Charrié, archéométiste au Laboratoire de Spectrométrie de Masse de l’Université de Strasbourg, souligne : « En archéologie, l’importance des matériaux organiques d’imperméabilisation est souvent sous-estimée. Pourtant, ils revêtent une importance capitale pour la navigation maritime et fluviale, témoignant des technologies navales du passé. »

Charrié précise que l’étude des revêtements a révélé deux types distincts : l’un à base de résine de pin, et l’autre d’un mélange de résine et de cire d’abeille. L’analyse du pollen intégré dans ces revêtements a permis d’identifier les espèces végétales présentes lors de la construction ou de la réparation du navire.

Résine et cire

Découverte en 2016, l’épave et sa cargaison ont été examinées à plusieurs reprises. Néanmoins, ce nouvel article est le premier à combiner l’analyse du pollen et des éléments moléculaires pour caractériser le revêtement du navire ainsi que la végétation environnante durant sa production et son application.

Charrié explique : « Certaines régions de l’Adriatique possèdent des caractéristiques particulières qui ont conduit à des méthodes de construction navale spécifiques. Des études comme la nôtre apportent une vision d’ensemble de ces traditions, témoignant d’un savoir-faire authentique et d’une riche variété de pratiques. »

Les chercheurs ont utilisé diverses techniques d’analyse, y compris la spectrométrie de masse, pour identifier les composants des revêtements. Analysant dix échantillons, ils ont pu retracer l’origine biologique des matériaux utilisés.

Les résultats ont mis en évidence des molécules caractéristiques de résine de conifères, indiquant ainsi que l’élément principal des échantillons examinés était de la résine chauffée ou du goudron de conifère. Une des échantillons a révélé la présence d’une combinaison distincte de cire d’abeille et de goudron, connue sous le nom de zopissa, qui améliore la flexibilité de l’adhésif.

Les traces du temps

Le goudron, par sa nature adhésive, retient et conserve le pollen. L’analyse de ces résidus a permis aux chercheurs de localiser les régions possibles où le goudron a été produit et appliqué lors des rénovations.

Le pollen des échantillons analyse de l’Ilovik–Paržine 1 révèle une diversité environnementale riche. On y trouve des paysages caractéristiques des côtes méditerranéennes et adriatiques, avec forêts de chênes et de pins, ainsi que des maquis où poussent oliviers et noisetiers.

Des traces de frênes et d’aulnes indiquent une végétation fertile, typique des rives et des côtes, retrouvée aussi bien sur le littoral qu’à l’intérieur des terres. Leurs analyses montrent également que le navire a probablement reçu entre quatre et cinq couches de revêtement, certaines zones ayant été réparées avec des matériaux provenant de divers endroits de la région méditerranéenne.

Des recherches antérieures avaient établi que le navire avait été construit à Brundisium (aujourd’hui Brindisi, Italie) et l’analyse du pollen indique que certaines couches de revêtement y ont été appliquées, tandis que d’autres pourraient provenir de la côte nord-est de l’Adriatique, où l’épave a été découverte.

« Bien qu’il semble évident que des bateaux naviguant sur de longues distances nécessitent des réparations, il n’est pas simple de le prouver. Le pollen a été d’une grande aide pour identifier les revêtements dont les profils moléculaires étaient identiques », conclut Charrié.

Points à retenir

  • Analyse du pollen pour comprendre l’histoire des réparations navales.
  • Utilisation de matériaux organiques d’imperméabilisation sous-estimée en archéologie.
  • Diversité des écosystèmes adriatiques révélée par le pollen extrait.
  • Importance de l’intégration des méthodes modernes dans l’étude des épaves.
  • Les traditions de construction navale peuvent fournir des insights sur le savoir-faire ancien.

Au fil des siècles, la navigation a toujours revêtu un rôle central dans nos sociétés. Mais n’est-il pas fascinant de voir à quel point le minutieux travail de recherche peut nous révéler autant sur les techniques passées ? À travers l’étude de ce navire romain, nous redécouvrons non seulement des pratiques artisanales, mais aussi les écosystèmes qui entouraient ces merveilles d’ingénierie. Quelles leçons pouvons-nous tirer pour l’avenir de notre ingénierie maritime et de nos relations avec la nature ? La conversation ne fait que commencer.


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