Le grave accident de Johann Zarco au début de la course MotoGP à Barcelone en mai a relancé les discussions sur la sécurité des motos de plus en plus rapides. Le pilote français a subi des blessures importantes au genou gauche lors de cette collision. Danilo Petrucci, qui connaît bien le MotoGP et le Championnat du Monde Superbikes, estime qu’il existe plusieurs domaines d’amélioration, notamment en ce qui concerne la sécurité lors de l’approche du premier virage.
Petrucci souligne un problème fondamental : la puissance impressionnante des machines actuelles de MotoGP. Si un pilote rate son point de freinage en entrant dans le premier virage, il ne pourra pas compenser sa vitesse excessive en appliquant une force de freinage encore plus importante.
« Si vous freinez encore plus fort sur ces motos, la décélération ne s’améliore pas. Dès que la roue arrière perd le contact avec le sol, la décélération ne s’améliore pas, » a expliqué Petrucci dans une interview exclusive. « Si vous êtes un peu trop tard, vous avez déjà perdu. Ensuite, il faut trouver un moyen d’éviter les autres pilotes. »
Petrucci critique les dispositifs de réglage de hauteur
Dans ce cadre, Petrucci critique également les systèmes techniques utilisés pour abaisser les motos de MotoGP. Le dispositif de réglage de hauteur avant a désormais été interdit, et à partir de 2027, ces systèmes disparaîtront complètement sous les nouvelles réglementations techniques.
« Le dispositif de réglage de hauteur, bien sûr, n’apporte rien, » a noté Petrucci. Il remet également en question l’utilité de cette technologie en dehors du cadre des motos prototypes. « Ce n’est pas quelque chose que vous verrez un jour sur une moto de série. Certes, cela améliore les performances, mais ce n’est pas quelque chose dont on a besoin dans le monde réel. »
Ces dispositifs ont permis aux ingénieurs de MotoGP d’améliorer l’accélération. Le résultat a été une augmentation des vitesses sur les lignes droites, entraînant ainsi des défis supplémentaires lors des manœuvres de freinage qui suivent.
Barcelone : Une grille plus proche du virage 1 ?
Cependant, Petrucci ne voit pas seulement des potentiels d’amélioration en termes de sécurité sur les motos. Selon lui, la configuration des circuits — et notamment la position de la grille de départ — pourrait aussi jouer un rôle. Le multiple vainqueur de MotoGP a une suggestion précise pour Barcelone : déplacer les positions de départ plus près du premier virage, sans affecter la ligne d’arrivée.
« La grille de départ — mais pas la ligne d’arrivée — pourrait être avancée, » a proposé Petrucci. « Pour moi, il serait judicieux que la grille de départ soit plus proche du premier virage. »
Le contexte : à Barcelone, les pilotes atteignent des vitesses colossales juste après le départ avant de devoir freiner brutalement pour la première fois. « À Barcelone, vous roulez à presque 300 km/h en approche du premier virage. La configuration du circuit est cruciale, » a souligné l’Italien.
Ce n’est pas seulement la vitesse qui compte, mais aussi la nature du premier virage. « À Barcelone, il n’y a qu’une seule ligne. C’est différent à Mugello. Là, vous approchez du premier virage à une vitesse similaire, mais c’est assez large. En cas de doute, vous pouvez choisir une autre ligne. »
Avancer la grille de départ raccourcirait la ligne droite d’accélération. Ainsi, les motos atteindraient le virage 1 à une vitesse inférieure, sans qu’il soit nécessaire de modifier le tracé du circuit.
Un déménagement également discuté à Most
Cette idée ne se limite pas au MotoGP. Petrucci a rapporté qu’une mesure similaire a également été discutée en Championnat du Monde Superbikes. « En Superbikes, l’idée de déplacer la ligne de départ a également été envisagée. À Most, la première chicane est toujours délicate. C’est pourquoi nous souhaitons déplacer la ligne de départ depuis deux ans. Je pense que c’est une bonne solution. »
L’Autodrom de Most est particulièrement connu pour sa première chicane étroite. Là aussi, un peloton serré se retrouve confronté à une section qui offre peu de possibilités de lignes de course différentes.
Une course aux armements entre ingénieurs et régulateurs
Cependant, Petrucci ne s’attend pas à une solution définitive des problèmes de sécurité. Le développement technique progresse trop rapidement pour cela. Si certains dangers sont atténués par des changements de réglementation, les ingénieurs trouvent de nouvelles manières de rendre les motos plus rapides.
« Les motos deviennent plus rapides d’année en année. De nouveaux problèmes continuent d’apparaître. Mais c’est ainsi que fonctionne le développement, » a résumé Petrucci. Cela soulève deux intérêts conflictuels. « Les ingénieurs veulent rendre les motos toujours plus rapides, tandis que les règles sont conçues pour les ralentir. Mais c’est le travail des ingénieurs de construire des motos toujours meilleures. »
L’accident de Zarco à Barcelone illustre la difficulté de cet équilibre. Par conséquent, la proposition de Petrucci ne se concentre pas uniquement sur la technologie : un temps d’approche plus court pour des premiers virages particulièrement critiques pourrait réduire la vitesse immédiatement après le départ et, en cas d’urgence, offrir aux pilotes ces mètres cruciaux qui pourraient éviter une collision.
Points à retenir
- La sécurité des pilotes de MotoGP est un sujet crucial à aborder, notamment après des accidents récents.
- Danilo Petrucci souligne la puissance accrue des motos modernes et l’impact sur le freinage.
- La configuration des circuits, notamment à Barcelone, pourrait être optimisée pour augmenter la sécurité.
- Petrucci suggère un repositionnement de la grille de départ pour réduire les risques au premier virage.
- Les avancées technologiques peuvent parfois créer de nouveaux défis pour la sécurité des pilotes.
En analysant ces éléments, il est intéressant de réfléchir à l’équilibre délicat entre innovation et sécurité dans le monde du MotoGP. La vitesse et la technologie représentent des avancées, mais elles doivent être contrebalancées par des mesures de sécurité efficaces pour protéger les pilotes. Que pourrait-on envisager d’autre pour arriver à cet équilibre si délicat, qui défie les lois de la physique comme l’imaginaire des passionnés de moto ? Ce débat est loin d’être clos.
