lun. Juin 15th, 2026

par
Laura Cuppini

Ennio Tasciotti, directeur du Human Longevity Program à l’Irccs San Raffaele à Rome : « Le calcul de l’âge biologique est une science inexacte »

Qu’est-ce que le biohacking ?
« Ce terme peut être compris de deux manières : le biohacking anti-âge et celui axé sur la performance. Le premier, accessible à tous, vise à augmenter la résilience biologique du corps face aux stress qui accélèrent le vieillissement. Le second est pratiqué par certains athlètes et se concentre sur des techniques spécifiques à des aspects métaboliques précis. »

Pouvez-vous donner un exemple de biohacking axé sur la performance ?
« La cryothérapie (exposition du corps à des températures très basses pendant quelques minutes) a des preuves solides dans la récupération sportive et le traitement des inflammations. Elle peut être bénéfique non seulement pour les athlètes, mais aussi pour ceux qui souffrent de fibromyalgie ou d’arthrite. Pour les personnes sans ces pathologies, la cryothérapie ne prouve pas d’avantages en matière de longévité. Beaucoup de pratiques de biohacking se concentrent sur des conditions spécifiques ; les résultats ne sont pas toujours transférables à des individus en bonne santé. Par exemple, les pratiques d’un culturiste, souvent mises en avant sur les réseaux sociaux, ne peuvent pas être reproduites par une personne sédentaire de 60 ans. »

LeBron James utilise également la chambre hypobarique.
« Cette technologie, développée à des fins médicales, consiste à respirer un oxygène à haute concentration dans un environnement pressurisé, augmentant ainsi la quantité d’oxygène disponible pour les tissus. Dans un contexte clinique, cela peut favoriser les processus de réparation tissulaire et moduler certains mécanismes inflammatoires. »

Faut-il beaucoup d’argent pour pratiquer cela ?
« En réalité, il n’est pas nécessaire de suivre l’exemple d’athlètes ayant des moyens financiers illimités. On peut commencer par apprendre à respirer correctement, dans des lieux non pollués. Les effets peuvent être plus puissants, car les techniques de respiration contrôlée modulent les échanges gazeux, le système nerveux autonome et la réponse au stress. Concernant la longévité, nous disposons de preuves solides sur les effets du breathwork sur la pression artérielle, la qualité du sommeil, la variabilité du rythme cardiaque et la réduction du stress chronique, tous des facteurs liés au vieillissement biologique. »

Est-il judicieux de mesurer son âge biologique ?
« Le calcul de l’âge biologique est une science inexacte. Ceci est utile si effectué par une même personne utilisant le même type de test pour évaluer l’efficacité de ses démarches : si l’âge biologique baisse, cela signifie que la stratégie fonctionne. L’accent est désormais davantage mis sur un concept fonctionnel que chronologique : un bon âge biologique ne signifie pas vivre plus longtemps, mais retarder l’apparition des maladies et des problèmes liés au vieillissement. »

Quels sont les principes du biohacking anti-âge ?
« En premier lieu, il y a l’exercice physique, qui doit inclure un entraînement aérobique et de force. Notre corps est conçu pour répondre au stress (effort physique, jeûne, exposition à la chaleur ou au froid) : ce sont des désagréments temporaires qui nous renforcent. En revanche, le stress chronique accélère le vieillissement. L’objectif n’est pas de devenir surhumain, mais d’améliorer notre capacité à répondre à divers stress (métaboliques, oxydatifs, mécaniques, psychologiques), lesquels, s’ils sont négligés, nous font perdre de précieuses années de santé. La fontaine de jouvence n’existe pour personne ; chaque jour, nous devons agir pour construire notre avenir, en fonction de nos ressources. On peut commencer par améliorer la qualité de son sommeil, qui, lorsqu’elle est suffisante et de bonne qualité, réduit non seulement le stress et l’anxiété, mais aussi l’inflammation chronique, et améliore la fonction immunitaire et le métabolisme. Parfois, un bon oreiller peut transformer notre qualité de vie ! N’oublions pas la diète : en maintenant des niveaux élevés de polyphénols et d’antioxydants via notre alimentation (présents dans les fruits et légumes), nous n’avons pas besoin d’infusions intraveineuses de glutathion, notre corps est déjà capable de le synthétiser et de réguler ses niveaux autrement. »

Quelles recherches prometteuses existent en matière de biohacking ?
« La recherche sur les peptides pourrait conduire à des résultats intéressants, car certains peptides accélèrent la réparation après des lésions musculaires, augmentent la masse maigre tout en réduisant la masse grasse, améliorent le sommeil et stimulent le système immunitaire. Bien que la plausibilité biologique et les evidences précliniques soient fortes, nous manquons encore d’études cliniques contrôlées à grande échelle sur des populations saines. Imaginez leur potentiel lorsque développés selon des critères pharmacologiques. C’est le cas des médicaments anti-obésité, qui sont des peptides agonistes d’un récepteur hépatique, étudiés et développés comme des médicaments à part entière. Un autre domaine de recherche fascinant concerne le microbiome : des études montrent que les athlètes et les centenaires possèdent un microbiome plus diversifié et riche que ceux ayant un vieillissement accéléré ou des maladies chroniques. Cette biodiversité est associée à une meilleure régulation de l’inflammation systémique, un métabolisme plus efficace et une résilience biologique accrue. Parmi les centenaires, des études montrent une richesse de souches bactériennes productrices de métabolites bénéfiques, tandis que les individus avec un vieillissement pathologique affichent souvent une réduction de la diversité microbienne et un profil pro-inflammatoire. »

Que diriez-vous à une personne souhaitant se lancer dans le biohacking ?
« Il est essentiel que toutes ces pratiques soient réalisées sous contrôle médical, même pour les personnes sans pathologies. Cela fait partie de la médecine de la longévité et exige une formation multidisciplinaire. Toutes les pratiques ne sont pas bénéfiques et certaines peuvent être contre-indiquées pour les personnes souffrant de problèmes cardiovasculaires ou oncologiques. »

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
« Je développe des algorithmes prédictifs de santé et d’évaluation des risques de maladie, cherchant à identifier en amont les points de vulnérabilité et de résilience d’une personne. L’objectif est d’intervenir de manière ciblée avec de petits ajustements du mode de vie, souvent simples, mais ayant prouvé leur efficacité. Pour améliorer la qualité du sommeil, par exemple, il pourrait suffire de réaligner les rythmes circadiens. Cela ne nécessite pas d’interventions complexes : parfois, il suffit d’ajuster son horloge biologique avec des gestes simples, comme s’exposer à la lumière naturelle le matin, ne serait-ce qu’en marchant un peu vers son lieu de travail. Cela synchronise le corps et réduit le stress physiologique. Parfois, la solution la plus puissante est simplement de se mettre au rythme de la lumière du jour. »

Points à retenir

  • Le biohacking se distingue en deux facettes : anti-âge et performance.
  • La cryothérapie est bénéfique pour certains pathologies, mais tous les individus ne tirent pas les mêmes avantages.
  • Apprendre à respirer correctement peut s’avérer aussi efficace que des techniques coûteuses.
  • Le biohacking n’est pas seulement réservé aux athlètes ; il peut être adapté à tous selon les besoins individuels.
  • Une alimentation riche en polyphénols peut suffire pour maintenir une bonne santé sans traitements supplémentaires.
  • Les recherches sur les peptides et le microbiome s’annoncent prometteuses pour le futur de la longévité.

Je pense que la quête d’une meilleure compréhension de notre corps et de nos capacités est essentielle dans notre société moderne. Réfléchissons ensemble aux moyens d’intégrer ces pratiques de santé holistiques dans notre quotidien, non seulement pour prolonger notre espérance de vie, mais également pour en améliorer la qualité. Quels changements serions-nous prêts à envisager pour un avenir plus sain ?


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