Unbothered, Isabelle Huppert vapote tout en portant une élégante robe après une soirée à Paris. L’actrice incarne ici Sabine, une artiste française souffrante qui refuse de passer ses derniers jours alitée. Mais elle n’est que l’une des quatre histoires qui composent “Luz”, le diptyque narratif captivant de Flora Lau sur la déconnexion familiale. L’œuvre traverse non seulement la capitale française, mais aussi la ville chinoise de Chongqing et un royaume virtuel, où les personnages tentent de trouver un terrain d’entente. Cette séparation géographique entre les deux intrigues est comblée par l’usage de cet espace numérique.
Dès les crédits d’ouverture (les noms des créateurs apparaissent sous forme de néons flottants), accompagnés de la bande sonore entraînante de Mimi Xu, Lau affirme l’originalité visuelle qu’elle souhaite instaurer, s’inspirant de l’architecture fluorescent de Chongqing pour créer des images éblouissantes et oniriques. “Luz” (qui signifie lumière) regorge d’images fascinantes. Un cerf translucide arpente des “rues virtuelles”, présentées comme des séquences filmées de lieux réels. C’est grâce à la présence de cet animal scintillant que l’on comprend que ce qui est montré est une réalité imaginée, et non pas la réalité brute. Si seulement le drame pouvait égaler l’esthétique, “Luz” serait véritablement lumineux.
En dehors de son rôle de bras droit d’un patron de la criminalité, Wei (Xiaodong Guo) passe des heures (et beaucoup d’argent) à regarder sa fille Fa (Enxi Deng) sur un canal de streaming, sans jamais montrer son visage pour révéler leur lien. Le cerf translucide du début revient sous la forme d’une peinture dans le karaoké géré par le patron de Wei. Cette toile symbolise un lien tangible — un peu comme un portail — entre le douloureux parcours de Wei en tant que père et le tourment intérieur de Ren (Sandrine Pinna), une jeune galeriste de Hong Kong qui se rend à Paris pour voir sa belle-mère, Sabine. Le père de Ren est l’artiste derrière cette œuvre. Pour échapper à leur réalité et rencontrer de nouvelles personnes, Ren et Fa s’engagent dans un jeu VR populaire nommé Luz. Un simple casque équipé d’une lumière bleue les transporte dans cet univers.
Dans “Luz”, les utilisateurs disposent de multiples options d’environnements à explorer ; une scène de bar humoristique montre Wei tentant d’interagir avec un barman holographique et réalisant l’artificialité de la situation. Il recherche Fa et sait pertinemment qu’il pourrait la retrouver dans ce paysage intangible. À l’intérieur de Luz, Lau et le directeur de la photographie Benjamín Echazarreta adoptent une perspective à la première personne, où la caméra agit comme les yeux du personnage (ce procédé a récemment trouvé une application saisissante dans “Nickel Boys” de RaMell Ross). Un processus réfléchi guide également les personnages dans leurs entrées et sorties de cette dimension numérique, entre vagues de pixels colorés et portails géométriques.
Cependant, malgré son stylisme séduisant, les scènes en dehors de la forêt de Twilight du jeu ou ailleurs manquent souvent d’émotion et de dynamisme. La relation tendue entre Sabine et Ren (qui nourrissent des sentiments complexes sur l’homme qui les a réunies) ne parvient pas à évoluer vers une exploration approfondie de leur identité et de leurs conflits persistants.
Avec sa présence envoûtante et sa capacité à transmettre du mépris ou de la compréhension par un simple regard, Huppert insuffle une nouvelle énergie à certaines de ces séquences anodines avec Ren (une scène à la mer est particulièrement vibrante). Toutefois, le matériau narratif ne parvient pas toujours à se mettre à son niveau. Une des faiblesses de “Luz” réside dans sa prévisibilité, notamment le fait que les personnages plus âgés (Sabine et Wei) peinent initialement à saisir l’importance de la technologie immersive avant de finalement l’accepter grâce aux jeunes femmes de leur entourage.
Au sein de Luz, Ren, autrefois peu sûre d’elle, se transforme en héroïne confiante. Pendant ce temps, Wei admet un brin de vulnérabilité lorsqu’il porte le casque, cherchant à montrer à Fa son intérêt parental. Finalement, les deux récits s’entrelacent dans la réalité virtuelle, où Ren rencontre Wei et se questionne sur leurs motivations respectives à utiliser Luz.
Un sentiment d’aliénation traverse par ailleurs l’ensemble des intrigues, renforcé par l’introduction de sous-intrigues, notamment dans la partie de Wei (qui a un ami dans le besoin et fréquente une femme ayant une jeune fille). À un moment donné, Wei tente de vendre une copie falsifiée impressionnante de la peinture du cerf par le père de Ren, impliquant que la réplique peut susciter des émotions similaires à celles de l’authentique. Pour Lau, ce sentiment semble s’étendre à la totalité de la réalité virtuelle.
Une illusion peut-elle déclencher les mêmes réactions que l’expérience réelle ? Qu’est-ce qui rend l’un plus légitime que l’autre, si les deux ont des conséquences mentales ? Le film “Luz”, plein de bonnes intentions, pose ces questions intrigantes, mais manque de courage pour les explorer véritablement. Bien qu’il soit clair que la technologie peut autant nous rapprocher qu’elle nous éloigne, la majeure partie de l’attention se porte sur ses aspects conceptuels, souvent au détriment de la profondeur humaine de ses utilisateurs.
Bon à savoir
- “Luz” explore les thèmes de la déconnexion familiale à travers des récits entrelacés qui se déroulent à la fois dans le monde réel et virtuel.
- Isabelle Huppert, reconnue pour son talent, apporte une dimension unique à son personnage Sabine, reflétant les complexités des relations humaines.
- Le film soulève des questions sur la nature de l’illusion et de la réalité, tout en explorant les impacts émotionnels des technologies contemporaines.
Le film ‘Luz’ offre une belle esthétique, mais la profondeur des relations humaines semble parfois négligée, ce qui nuit à sa puissance émotionnelle.
Luz m’a fasciné par son esthétisme lumineux, mais j’ai ressenti un manque d’émotion dans les relations des personnages. Une réflexion sur la technologie qui mériterait plus de profondeur.
Ce film soulève des questions intéressantes sur la technologie et la réalité. Isabelle Huppert, toujours incroyable, apporte beaucoup à l’histoire, bien que l’émotion puisse parfois manquer.
J’adore comment ‘Luz’ mêle réalité et virtualité ! C’est fascinant de voir comment la technologie impacte nos relations. Huppert brille dans son rôle, tout comme la direction artistique.
Le film ‘Luz’ pose des questions intéressantes sur la déconnexion et l’illusion. Isabelle Huppert brille dans son rôle, mais l’histoire aurait pu exploiter davantage ses thèmes profonds.