mer. Juin 17th, 2026

Titre : Le féminisme en Corée du Sud : un combat souterrain contre la censure et la misogynie

Il était tard dans la nuit lorsque Darim, une animatrice de jeux vidéo, venait de finaliser le design d’un personnage pour l’un des jeux les plus prisés de Corée du Sud, MapleStory. Fier de son travail, elle a décidé de publier une bande-annonce sur les réseaux sociaux. Cependant, elle a rapidement été submergée par des milliers de messages haineux, incluant des menaces de mort et de viol. Ce qui a provoqué cette réaction virulente ? Une seule image du personnage féminin tenant son pouce et son index très rapprochés.

Les jeunes gamers masculins ont interprété ce geste comme un signe associé à une communauté féministe radicale qui se moquait des hommes. "Il y avait des insultes que je n’avais jamais entendues auparavant, elles étaient dégoûtantes et inhumaines," a déclaré Darim, un pseudonyme. L’un d’eux affirmait : "Tu viens de saboter ta carrière."

Les messages se sont multipliés, accusant Darim d’être féministe et exigeant son renvoi. En l’espace de quelques heures, la société de développement de jeux a retiré la vidéo promotionnelle. Darim a ainsi été la dernière d’une série de chasses aux sorcières en ligne, où des hommes en Corée du Sud s’attaquent à des femmes suspectées d’avoir des opinions féministes, les bombardant d’abus dans le but de les faire licencier.

Ce phénomène s’inscrit dans un contexte de réaction croissante contre le féminisme, au cours duquel les féministes sont souvent dépeintes comme des "haïssantes des hommes" devant être punies. Ces chasses ont un effet paralysant sur les femmes, qui hésitent à revendiquer leur féminisme, conduisant le mouvement à s’organiser dans l’ombre. En effet, la Corée du Sud présente le plus grand écart salarial entre les sexes au sein de l’OCDE, une organisation regroupant les pays les plus riches du monde.

Ces attaques sont fréquemment orchestrées par de jeunes hommes gamers, s’attaquant principalement aux femmes du secteur, comme Darim, mais se propageant désormais à d’autres professions. Ils traquent le moindre geste considéré comme offensant, interprété comme une preuve d’un féminisme caché. Une fois qu’ils pensent avoir identifié un "signal", la chasse commence, avec l’intention de détruire la vie de celle qu’ils perçoivent comme une "féministe diabolique".

Une réponse humaine a cependant vu le jour grâce à Minsung Kim, un gamer de 22 ans, qui a créé une organisation pour soutenir les victimes. Celle-ci a conseillé à l’atelier de Darim d’ignorer les plaintes des gamers et a même proposé d’assumer ses frais juridiques pour qu’elle puisse porter plainte pour abus.

Bien que Darim ait finalement conservé son poste, d’autres victimes ont vu leur vie professionnelle ruinée sous des accusations similaires. En effet, l’an passé, une illustratrice a été renvoyée après qu’un groupe de gamers mécontents se soit infiltré dans les bureaux de son entreprise pour demander son éviction.

Les sociétés font ainsi face à une pression considérable de la part de ceux qui menacent de boycotter leurs jeux, les poussant à prendre des mesures pour éviter des scandales. Cela repose aussi sur des opinions partagées parmi certains développeurs, qui partagent ces vues anti-féministes.

Malheureusement, même les autorités semblent capituler face aux demandes des anti-féministes. Lorsqu’elle a signalé ses abus à la police, Darim a été stupéfaite par leur réponse : les agents ont jugé que sa condition de féministe était la raison logique de l’attaque. Ce n’est qu’après des protestations de la part d’organisations féministes que les autorités ont rouvert l’enquête.

Dans un climat aussi répressif, Jigu, une autre femme, a subi une agression lorsqu’un homme l’a attaquée dans une supérette simplement parce qu’elle portait les cheveux courts. Cette agression a été reconnue comme un crime à motivation misogyniste par la justice sud-coréenne.

Le climat anti-féministe a pris de l’ampleur en Corée du Sud au cours des dernières années, où des femmes hésitent à se revendiquer féministes de peur d’être harcelées. Un sondage récent a révélé que seulement 24 % des femmes en Corée du Sud se définissent comme féministes, une diminution par rapport à 33 % en 2019.

Bon à savoir :

  • Le féminisme sud-coréen émerge à la suite d’une forte mobilisation contre les violences sexuelles et l’utilisation de caméras cachées.
  • De nombreux jeunes hommes développent des opinions anti-féministes à partir de forums en ligne, renforçant un stéréotype déformé du féminisme.
  • Les chasses aux sorcières ciblent non seulement les femmes dans l’industrie du jeu, mais s’étendent également à d’autres secteurs professionnels.

Dans cette période tumultueuse, beaucoup d’experts s’accordent à dire que des changements législatifs sont nécessaires pour protéger les droits des femmes et empêcher de telles discriminations à l’avenir.


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5 thoughts on “Menaces de viol pour avoir mis un symbole féministe dans un jeu vidéo !”
  1. Il est crucial de protéger les femmes et de soutenir celles qui osent défendre leurs droits. Leur courage est inspirant face à tant de violence et de misogynie.

  2. Frédéric, cet article met en lumière une réalité troublante. Le féminisme mérite d’être soutenu, pas vilipendé. L’art de s’exprimer doit transcender ces murs de haine.

  3. Frédéric, cet article met en lumière des réalités troublantes. Le soutien à Darim et aux femmes est crucial pour un changement positif en Corée du Sud.

  4. C’est fou comme le féminisme peut encore susciter tant de réactions excessives ! Ça me rappelle un streaming où j’ai parlé de mes projets artistiques. Les trolls étaient de sortie !

  5. Frédéric, cet article met en lumière des enjeux cruciaux pour le féminisme en Corée du Sud. La réalité des femmes y est préoccupante et nécessite des discussions ouvertes.

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