En 2021, lors de l’événement de Microsoft et Bethesda à l’E3, le jeu Replaced de Sad Cat Studios avait suscité un vif intérêt grâce à son univers rétro-futuriste et son impressionnante pixel art. Près de cinq ans plus tard, après de multiples reports, il est enfin disponible. La question est : cette attente en valait-elle la peine ? Analysons-le ensemble.
Dans une version alternative des années 80, les États-Unis sont ravagés par une guerre nucléaire, et Phoenix City se présente comme l’un des derniers bastions du pays. Construite par l’entreprise Phoenix Corp, elle est perçue comme un havre de paix, protégée par un mur géant. Toutefois, les apparences sont trompeuses. L’intrigue suit R.E.A.C.H., une intelligence artificielle qui habite le corps du protagoniste Warren. Le jeu débute alors que Warren se retrouve en chute libre du mur, et se réveille avec pour mission de découvrir ce qui s’est passé au sein des laboratoires de Phoenix Corp et de retrouver son chemin.

« Un robot ne peut causer de mal à un être humain, ni permettre qu’un être humain soit maltraité », écrivait Isaac Asimov. La dynamique entre R.E.A.C.H. et Warren s’inscrit dans cette philosophie. L’IA à l’intérieur de Warren cherche désespérément à retourner au laboratoire, tout en protégeant son hôte autant que possible. Après avoir échappé à la Corp, Warren fait la connaissance de Tempest, un personnage excentrique, et des Scarti, une communauté d’exclus vivant en dehors des murs. Ces individus mènent une existence marquée par la survie quotidienne, organisés selon des règles qui leur sont propres.
La Station est leur principal lieu de rassemblement, un hub où ils ont créé une certaine « normalité » avec bars, commerces et hôpital. Le Comité, dirigé par la Matriarche, Ironwood et Tempest, est à la tête de cette communauté. Il apparaît rapidement que dans Replaced, l’humanité ne se divise pas simplement entre privilégiés à l’abri derrière les murs et exclus ; les zones ravagées par la guerre abritent également des factions comme les Termites, un groupe militaire redoutable prêt à causer des ennuis à Warren.

Replaced présente une esthétique marquante avec une direction artistique en 2.5D. Cette forme visuelle se marie parfaitement avec le style de jeu, créant une expérience immersive. Bien que le déplacement soit majoritairement horizontal, Warren doit régulièrement explorer en profondeur, résolvant des énigmes environnementales et affrontant des séquences de plate-forme. Des instants furtifs, à la Inside, apportent aussi une dimension de plaisir. L’usage intelligent de l’éclairage souligne les différents contextes, que ce soit dans les environnements claustrophobes du laboratoire ou en extérieur, où l’effet de la lumière du soleil se révèle particulièrement captivant, surtout lorsqu’il contraste avec les lumières menaçantes des drones de la Corp.

Les combats, quant à eux, sont indéniablement l’un des points forts du jeu. Le rythme est volontairement lent, permettant d’apprécier la gravité de chaque coup échangé. Chaque affrontement devient une sorte de « danse » faite de parades, contre-attaques et coups spéciaux. Le design sonore et la mise en scène dynamique contribuent à rendre ces scènes encore plus intenses. Un indicateur au-dessus des ennemis signale les moments propices à la contre-attaque, rendant le timing essentiel : un clignotant jaune indique une opportunité d’attaque, tandis qu’un rouge impose l’esquive.
À mesure que l’histoire progresse, de nouvelles mécaniques enrichissent le gameplay : des outils tels qu’un pic pour détruire les armures des adversaires et un bouclier renvoyant les projectiles ajoutent de la profondeur aux affrontements. La gestion de la batterie de l’arme est un aspect crucial : elle se recharge en esquivant et en maintenant un rythme mouvementé, tout en se vidant en cas de dégâts subis. Un coup particulièrement puissant peut être déclenché lorsque la batterie est pleine.
La narration environnementale est également une composante essentielle de Replaced. Des messages et e-mails à scanner disséminés dans le jeu révèlent des détails sur l’univers de Phoenix Corp et des Scarti. Ces éléments enrichissent le récit global, abordant des thèmes historiques, comme des négociations fictives de Nixon avec Phoenix Corp, ou d’autres figures marquantes. L’exploration est récompensée par des améliorations pour Warren, ainsi que des objets qui facilitent la progression dans les combats.
Cependant, les missions secondaires, bien que présentes, semblent superficielles et trop courtes. Peut-être un développement supplémentaire aurait pu intensifier l’immersion dans les récits des Scarti. Celles-ci se présentent comme un ajout pour prolonger l’expérience, sans grande valeur ajoutée.
Examinons le Wingman 2 de Warren, qui lui permet de suivre les messages scannés et les morceaux de musique. Ce dispositif augmente la crédibilité de l’univers en offrant de véritables interactions avec la réalité numérique du jeu, tout en permettant un accès facile aux tutoriels et aux objectifs de mission. La possibilité de passer en vision subjective donne une dimension immersive supplémentaire, rendant chaque interaction plus engageante. La mise en scène, tant dans les combats que lors des séquences narratives, révèle une approche cinématographique réussie.
Replaced n’arbore pas de doublage, les dialogues étant uniquement écrits en français, enrichis par une bande-son synthwave forte qui contribue à l’atmosphère. Pour conclure, bien que l’histoire ne soit pas révolutionnaire, elle se révèle captivante, et les personnages sont bien caractérisés. Quelques rebondissements pertinents maintiennent l’intérêt, bien qu’une originalité accrue aurait pu porter l’ensemble à un niveau supérieur.
Points à retenir
- L’univers de Replaced constitue un mélange d’exploration, de combats et d’énigmes, le tout dans un cadre rétro-futuriste.
- Les mécaniques de jeu sont bien intégrées, bien que certaines missions secondaires manquent de profondeur.
- Le design visuel en 2.5D est une des forces du jeu, offrant une expérience immersive.
- Le combat, bien qu’engageant, requiert une attention particulière au timing pour maximiser son efficacité.
- Les éléments narratifs dispersés enrichissent l’expérience tout en mettant en lumière des références historiques.
Je pense que Replaced offre une expérience intrigante, bien que perfectible. Les mécaniques de combat et la direction artistique méritent d’être louées, mais il serait intéressant de voir une exploration plus poussée des missions secondaires. Cela soulève la question : pourquoi tant de jeux négligent-ils la profondeur narrative au profit de la quantité ? Une réflexion captivante sur l’évolution du jeu vidéo et ce qu’il pourrait encore accomplir.