Lorsque l’on parle de jeux vidéo, on ne s’attend généralement pas à croiser des réalités troublantes. Habituellement, les pires problèmes se résument à quelques commentaires acerbes ou à des nouvelles liées à la surcharge de travail des développeurs. La situation est cependant bien différente pour The Sinking City 2, dont le développement a été mené par le studio ukrainien Frogwares dans des conditions particulièrement difficiles, comme l’a évoqué Sergiy Oganesyan, responsable de la division publishing : “Créer un jeu vidéo en temps de guerre est une épreuve à laquelle on ne peut jamais vraiment se préparer.” Pour couronner le tout, l’équipe a décidé de quitter le genre des jeux d’enquête pour se lancer dans l’univers des survival horror conventionnels, avec des inspirations évidentes de Resident Evil.
Avant d’entrer dans les mécaniques du jeu, évoquons rapidement l’intrigue. Situé dans une Arkham des années 1920, The Sinking City 2 se concentre sur Calvin, un détective de l’occulte, qui tente de sauver sa compagne, Faye, tombée dans le coma lors d’un rituel mystique. Compétent dans la recherche ésotérique et capable de se défendre, il embarque dans un voyage terrifiant à la recherche des objets surnaturels nécessaires pour la sauver.
Cette aventure se déroule entièrement en vue à la troisième personne et s’inspire fortement de la célèbre série des survival horror de Capcom. La carte est divisée en pièces distinctes, colorées en rouge et bleu selon qu’elles sont ou non explorées, incluant des munitions à fabriquer et des « herbes » à ramasser. Les habitués de Resident Evil se sentiront donc en terrain familier. Les ennemis basiques, des humains ranimés par des vers extraterrestres, se comportent d’une manière similaire aux zombies des derniers opus de la série de Capcom, avec des tirs à la tête susceptibles d’entraîner de dangereuses mutations.

Le rythme de jeu, lent et réfléchi, a retenu mon attention, avec une forte présence d’énigmes et de puzzles environnementaux qui nécessitent une réflexion approfondie. Parfois, il devient nécessaire d’examiner les objets sous différents angles pour en percer les secrets. Dans les environnements, des notes contenant des indices peuvent être trouvées, et si elles sont correctement reliées, elles récompensent le joueur avec une “Essence du Rêve”, indispensable pour améliorer les compétences de Calvin et l’aider à faire face aux horreurs qui l’entourent. Un autre aspect intéressant est que, malgré ses capacités, le protagoniste n’effectue pas d’actions invraisemblables pour un être humain ordinaire: le manque de munitions et la létalité des ennemis compliquent la tâche, même s’il parvient toujours à relever les défis.
La variété d’armes disponibles est respectable, mais révèle un problème potentiellement dû à l’inexpérience du studio dans ce type de jeux. Les tirs manquent d’impact, et même si viser les points faibles des ennemis permet de les éliminer rapidement, le résultat est plutôt décevant, tel un tir à travers un mannequin en carton.

Bien qu’il soit possible d’améliorer les armes via des projets spécifiques, la situation n’évolue guère, et dans certains cas, la difficulté semble même augmenter: le fusil à pompe, classique du genre, propose une modification permettant de frapper les ennemis avec une tête de hache après un tir, mais l’animation est si lente et hasardeuse qu’elle rend l’attaque problématique, voire dangereuse. Les autres armes sont un Thompson, un fusil à verrou et un lance-grenade; les deux dernières semblent presque inutiles, étant donné que les ennemis privilégient des attaques de près, rendant leur utilisation risquée.
En délaissant les maladresses techniques, la qualité du travail des développeurs apparaît dans l’analyse de l’histoire et du monde de jeu. L’ambiance façon Eldritch Horror est bien rendue, surtout dans les phases avancées, et les personnages sont convaincants dans leurs motivations. Au fil de ma partie, j’ai ressenti le besoin d’offrir une fin heureuse à l’histoire de Calvin et Faye, et quelques événements ont véritablement eu un impact émotionnel, culminant dans un dénouement en adéquation avec l’œuvre inspirée des chefs-d’œuvre de H.P. Lovecraft.

The Sinking City 2 présente donc un niveau de qualité variable, mais globalement satisfaisant, bien que certaines situations de jeu, après un certain temps, ne manquent pas de se répéter. Calvin, en quête de sauver Faye, surmonte des défis, puis celle-ci est à nouveau enlevée, et l’ensemble du processus se répète. Certaines occurrences m’ont laissé dubitatif : à un moment donné, un personnage puissant commence à nuire à l’un des protagonistes jusqu’à être interrompu par un autre, qui prononce une phrase du genre “Je ne savais pas que c’était votre plan, je vous demande pardon, je les laisserai tranquilles”.
Tout individu sensé s’inquiéterait et chercherait à comprendre qui a un plan et à quel point il est dangereux, surtout si un être surnaturel semble le craindre, tandis que les personnages de The Sinking City 2 finissent par ignorer complètement cet indice crucial. Cela dit, je ne prétends pas que l’histoire soit ennuyeuse ou dépourvue d’éléments intéressants (la “dame” du marché aux poissons est un personnage tragique que j’ai beaucoup apprécié), mais les deux protagonistes, présentés comme intelligents, semblent parfois victimes d’une sorte de “gaz paralysant”.
D’un point de vue technique, Frogwares a bien maîtrisé son sujet : la ville d’Arkham submergée est réussie, et les créatures qui la peuplent sont représentées dans toute leur horreur, grâce à des modèles qui contribuent à l’atmosphère. Le son est correct, avec un doublage globalement bon, mais des effets sonores qui laissent à désirer, particulièrement quant aux armes. En revanche, le bruit inquiétant des vers qui infestent la ville est à la fois liquide, sale et parfaitement repoussant. En somme, le résultat est solide, même s’il présente quelques faiblesses.
Points à retenir
- Le jeu s’étend dans un contexte de guerre, ajoutant une dimension unique à son développement.
- Calvin, en tant que protagoniste, illustre une quête émotionnelle teintée d’horreur et de mystère.
- Les mécanismes inspirés de Resident Evil rappellent des souvenirs agréables aux fans du genre.
- Sa narration et ses personnages, ainsi que l’ambiance Lovecraftienne, apportent une profondeur appréciable.
- Malgré certaines critiques sur le combat, le jeu mérite d’être exploré pour son atmosphère et son intrigue.
En fin de compte, The Sinking City 2 réussit à tisser une expérience à la fois immersive et inquiétante. Bien que le jeu ait ses imperfections, il suscite une curiosité profonde. À titre personnel, j’estime que, même si certains aspects peuvent nuire à l’expérience, l’envie d’explorer cet univers sombre et captivant demeure. Qu’en pensez-vous, les amateurs du genre ?
