lun. Juin 15th, 2026

Alors que le pays bat des records en matière de production d’énergie renouvelable, son système nerveux — le réseau électrique — traverse une crise administrative qui menace de freiner la réindustrialisation et l’accès au logement. Le constat est sans appel : nous avons l’énergie, mais pas les infrastructures pour l’exploiter.

Une problématique bureaucratique. Le principal acteur désigné dans cette crise, Red Eléctrica (REE), a décidé de rompre son silence pour dénoncer directement les lourdeurs administratives. Selon Roberto García Merino, PDG de Redeia (maison mère de REE), la société ne fait face à aucune contrainte financière ou d’approvisionnement, mais souffre d’un manque de permis pour investir davantage.

Le fossé entre les temps administratifs et la réalisation concrète est colossal. Comme le souligne El Economista, alors qu’une sous-station ne nécessite qu’un an de construction, son processus d’autorisation peut s’étendre de trois à six ans. Pour les lignes à long terme, cela peut même aller jusqu’à douze ans de démarches pour seulement deux ans de construction réelle.

Production d'énergie renouvelable en Espagne et au Portugal

Des chiffres qui interpellent. Cette situation a engendré un état des lieux alarmant :

  • 130 GW de production renouvelable ont reçu des permis d’accès, mais attendent des infrastructures pour pouvoir alimenter le réseau. Cela représente l’équivalent de l’ensemble du parc actuel de production.
  • 20 GW de demande industrielle et de centres de données attendent une connexion qui ne se concrétise pas.
  • La prévision d’investissement de REE pour 2024 atteindra un record de 1,5 milliard d’euros, mais la société précise que tous les projets déjà autorisés sont en cours d’exécution.

Un arrêt brutal pour la construction. La situation ne se limite pas à un simple débat administratif ; elle a des conséquences sur le terrain. Le système électrique espagnol subit un véritable « arrêt » administratif. Comme l’indique Xataka, la CNMC a été contrainte de reporter de trois mois la publication des cartes de capacité, redoutant que 90 % des nœuds du réseau n’apparaissent en « rouge », bloquant ainsi des usines et mettant en péril jusqu’à 350 000 nouvelles logements, selon l’association des promoteurs immobiliers.

Face à cela, García Merino appelle à des mesures d’urgence : l’application de « silences positifs » ou de « déclarations responsables » pour permettre le démarrage des travaux pendant que la bureaucratie suit son cours, une stratégie qui commence à faire des échos à Bruxelles.

Le mur des Pyrénées. Pendant que le réseau interne est saturé, l’Espagne produit tant d’énergie bon marché qu’elle se retrouve obligée de la réduire. La péninsule affiche un surplus en énergies renouvelables qui provoque une chute des prix à des niveaux proches de zéro, voire négatifs. Cependant, cette richesse ne peut pas être exportée vers le reste de l’Europe.

Le responsable, selon divers analystes et le PDG de Redeia, est la France. Le pays voisin fait office de « bouchon » pour protéger son industrie nucléaire, empêchant l’énergie solaire et éolienne espagnole — bien plus compétitive — de faire chuter ses prix. Avec seulement 2,8 % d’interconnexion, l’Espagne reste une île énergétique qui gaspille son potentiel vert.

Le coût de la modernisation. L’avenir électrique de l’Espagne ne dépend pas seulement de l’énergie, mais aussi de la politique et des factures. Pour financer ce « mode renforcé » d’opération et débloquer les investissements, une augmentation des peages et des charges est prévue pour 2026.

Comme le soulignent les acteurs du secteur, « les projets sont séduisants, mais il faut les réaliser ». L’Espagne a les atouts pour devenir le modèle énergétique de l’Europe, mais tant que les démarches pour de nouvelles infrastructures prendront une décennie, ce potentiel restera prisonnier d’une interminable attente bureaucratique.

Image | Freepik

Points à retenir

  • La bureaucratie freine les projets d’infrastructure nécessaires pour exploiter l’énergie renouvelable.
  • Un déséquilibre significatif entre les délais d’approbation et ceux de construction existe.
  • La situation a des répercussions directes sur le développement industriel et le marché du logement.
  • Les propositions de simplification administrative commencent à voir le jour.
  • Le manque d’interconnexion avec la France constitue un obstacle majeur à l’exportation d’énergie.

À mon sens, il est crucial de réfléchir aux solutions innovantes qui pourraient transformer cette impasse. Les discussions autour des simplifications administratives et des investissements dans les infrastructures méritent d’être soutenues. Sera-t-on capable de tirer profit de notre potentiel énergétique pour bâtir un avenir durable, ou continuerons-nous à naviguer à vue dans cette mer bureaucratique ?


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