Des soldats se tenaient au bord d’un bâtiment, prêts à s’engager plus profondément dans la ville pour la prochaine phase de l’opération. Certains vérifiaient leur munitions, tandis que d’autres traçaient leurs mouvements sur les smartphones fixés à leur poitrine.
L’Armée américaine désigne les dispositifs utilisés dans ce scénario d’entraînement urbain comme des appareils utilisateurs (End User Devices, EUD). Ce sont des téléphones Samsung modifiés, renforcés et reprogrammés spécialement pour les soldats. Les EUD hébergent de nouvelles applications que les chefs militaires estiment capables d’améliorer la conscience situationnelle sur le champ de bataille et d’accélérer la prise de décision.
Ces appareils symbolisent la transition de l’Armée vers des technologies commercialement disponibles. Bien qu’ils soient utilisés depuis plusieurs années, ils bénéficient de mises à jour offrant de nouvelles fonctionnalités dans le cadre de la transformation numérique majeure de l’Armée.
Lors d’un exercice dans le désert, connu sous le nom de Project Convergence Capstone, à Fort Irwin en Californie, environ 10 000 soldats se sont rassemblés pour simuler des combats à grande échelle et tester de nouvelles technologies, dont des drones, des systèmes de guerre électronique et le prototype de système de commandement et de contrôle de l’Armée, dénommé Next Generation Command and Control.
Les soldats utilisaient les EUD dans des supports attachés à leur poitrine, alimentés par de grandes batteries placées dans des sacs à dos. Ces dispositifs intelligents étaient équipés de l’application Android Team Awareness Kit (ATAK), permettant d’accéder à une carte géospatiale en temps réel montrant leur position ainsi que celle de leurs forces amies, tout en indiquant les emplacements approximatifs des forces ennemies.

Les soldats pouvaient partager des marqueurs de carte et des photos, ce qui facilitait leurs communications et la prise de décisions. “Il y a une fonction de chat qui leur permet de me parler et de me fournir des informations que je ne pourrais peut-être pas obtenir par radio”, a déclaré le capitaine Dominic Sparkling, commandant dans la 4e division d’infanterie.
Les EUD, à l’instar des éléments de NGC2, peuvent rester connectés grâce à plusieurs moyens, y compris des réseaux satellites ou cellulaires. Les applications disposent aussi de fonctions hors ligne en cas de coupure de réseau ou de brouillage.
Cependant, lors de l’exercice, les troupes ont rencontré des problèmes de connectivité, causés parfois par des simulations de guerre électronique. Ils ont constaté que cela pouvait ralentir les applications ou donner des cartes peu détaillées. Un sergent de peloton a signalé que, “parce que son EUD n’était pas connecté au WiFi, il ne fonctionnait pas correctement”.
Ces difficultés mettent en lumière l’une des tensions principales concernant la transformation numérique de l’Armée. Les soldats peuvent obtenir des informations précieuses via le réseau, conçu pour les rendre plus efficaces lors d’un combat à haute intensité et technologique, mais ils doivent également se préparer à combattre lorsque le réseau vient à manquer. Lors de l’exercice, les troupes utilisaient des cartes physiques en complément de leurs EUD.
Les soldats voient les EUD comme un moyen idéal pour rester connectés et recevoir des informations, mais gardent des sauvegardes physiques en cas de besoin. “Le numérique me permet d’obtenir des retours de ciblage en temps réel, ce qui est crucial”, a ajouté Capt. Mohamed Elmaola de la 4e division d’infanterie. Toutefois, l’analogue reste essentiel, car cela lui offre une vision globale de ce que fait l’ennemi, surtout dans un environnement où le réseau est défaillant.
L’Armée évalue actuellement qui a réellement besoin d’un EUD. Le nombre de dispositifs dans chaque division varie selon le type de formation et la distribution des soldats. Par exemple, la 25e division d’infanterie possède près de 2 200 appareils, tandis que d’autres, comme la 4e division d’infanterie, en ont moins.
Ce récent exercice a également permis d’évaluer le nombre approprié d’EUD pour différents types de divisions et la profondeur de leur répartition dans la chaîne de commandement. Des interrogations persistent quant à savoir qui bénéficie le plus de ces dispositifs. Certains responsables de l’Armée estiment que les commandants devraient en être équipés pour faciliter la coordination et la communication de leurs soldats.
“Cela nous aide à comprendre qui en a vraiment besoin et jusqu’où les dispositifs devraient être attribués”, a déclaré le lieutenant-général Michael McCurry, chef de la commandement des futures capacités de l’Armée.
Les leaders militaires reconnaissent l’avantage de ces technologies intuitives, connues des soldats adeptes de smartphones et tablettes dans leur vie quotidienne. “La plupart des jeunes recrues sont des natifs numériques, donc si nous pouvons leur fournir des outils numériques qui améliorent leurs capacités, cela peut être très puissant,” a affirmé le général de division Patrick Ellis.
Dans l’avenir, les EUD pourraient également intégrer d’autres applications, telles que des outils pour les opérations médicales et logistiques, ainsi qu’une extension des fonctions photo et vidéo.
Points à retenir
- L’usage des appareils utilisateurs (EUD) par l’Armée américaine illustre une intégration croissante de la technologie commerciale.
- Les EUD permettent une cartographie en temps réel et améliorent la communication entre soldats.
- Des problèmes de connectivité demeurent un défi lors des opérations, soulignant l’importance des cartes physiques.
- Le déploiement des EUD varie selon les divisions, en fonction des besoins et des formations.
- Les jeunes soldats, habitués aux technologies numériques, voient un avantage dans l’utilisation de ces outils sur le terrain.
Il est intéressant de constater comment cette dynamique de modernisation pose la question de notre dépendance à la technologie en situation de crise. En tant qu’observateur, je m’interroge : jusqu’où devrions-nous nous fier à ces outils numériques, et quels systèmes à l’ancienne devrions-nous préserver pour garantir l’efficacité sur le terrain ? Une réflexion nécessaire face aux avancées technologiques constantes et à notre capacité d’adaptation.
