Dar es Salaam
Tanzanie accélère sa transition vers une économie sans numéraire, avec une augmentation notable du nombre de commerçants acceptant les paiements numériques, qui a plus que doublé l’année dernière.
Selon le Rapport Annuel sur les Systèmes de Paiement de la Banque de Tanzanie (BoT) pour 2025, le nombre de commerçants a atteint 2,79 millions, contre 1,33 million en 2024.
Cette croissance témoigne d’une transformation plus large dans les transactions de paiement aux entreprises (P2B), qui ont progressé de 30,44 % en volume et de 41,04 % en valeur au cours de l’année.
En tout, 2,30 milliards de transactions d’une valeur de 37,52 trillions de shillings ont été traitées en 2025, mettant en évidence la dépendance croissante vis-à-vis des canaux numériques pour les activités commerciales du quotidien.
La banque centrale attribue cette augmentation à l’adoption généralisée de solutions de paiement pour commerçants comme les codes TANQR et les systèmes de paiement mobile du type « Pay Bill », communément appelés Lipa Namba. Ces solutions permettent aux clients d’effectuer des paiements facilement via leur téléphone mobile sans avoir besoin de numéraire ou de dispositifs de point de vente physiques.
Au-delà de la commodité, la croissance est également renforcée par des améliorations dans l’infrastructure financière numérique de la Tanzanie, notamment l’interopérabilité entre systèmes de paiement et la mise en place de capacités de paiement instantané, ce qui a amélioré la rapidité et la fiabilité des transactions.
Interrogé par The Citizen, l’analyste financier Christopher Makombe a souligné que l’augmentation des paiements numériques générait des avantages qui vont au-delà du secteur financier. Selon lui, le principal impact positif de cette hausse des transactions numériques est qu’elle promeut l’inclusion financière, améliore la commodité et accroît la transparence des activités économiques.
Néanmoins, il a aussi mis en garde contre les risques émergents liés à cette expansion rapide. Les cybercrimes potentiels, tels que le piratage et les fraudes aux paiements numériques, représentent des défis importants. D’où la nécessité d’une sensibilisation du public et de mesures de cybersécurité renforcées.
L’analyste financier et auditeur, Eric-Alex Hamissi, a décrit la croissance des paiements pour commerçants comme la preuve d’un écosystème financier numérique en maturation. Selon lui, cette tendance indique que les entreprises et les consommateurs adoptent de plus en plus des canaux numériques formels, ce qui est positif pour l’efficacité et la participation économique.
Hamissi a noté que cette expansion rapide déplace l’attention vers la gouvernance et la supervision. Il souligne que la question n’est plus de savoir si les paiements numériques sont adoptés, mais si les mécanismes de gouvernance et de gestion des risques évoluent au même rythme que le marché.
Il a ajouté que l’un des plus grands avantages des transactions numériques réside dans la disponibilité de données transactionnelles détaillées et de pistes de vérification claires. Cela permet, comparé aux activités en espèces, une plus grande visibilité pour les régulateurs, les institutions financières et les entreprises.
À mesure que l’écosystème continue de croître, maintenir des standards élevés en matière d’intégrité des données, de cybersécurité, de résilience opérationnelle et de cohérence des rapports demeurera essentiel. Un bon écosystème de paiements numériques pourrait, à terme, favoriser une plus grande formalisation économique et fournir aux décideurs des données fiables pour la planification économique à long terme.
Le rapport de la BoT souligne que l’adoption des paiements numériques par les commerçants s’étend dans des secteurs tels que le commerce de détail, le transport, l’hôtellerie et les PME, signalant une transition plus large vers des méthodes de paiement plus sécurisées et traçables. De plus, les services financiers via des canaux numériques continuent d’enregistrer une adoption remarquable. La valeur des économies numériques a augmenté de 263 %, atteignant 3,18 trillions de shillings, soutenue par une utilisation croissante des services de mobile money et les efforts continus pour une économie sans numéraire.
Les transactions de crédit numérique ont également vu leur valeur augmenter de 32,29 %, atteignant 5,5 trillions de shillings en 2025, grâce à l’utilisation des technologies mobiles et des modèles de scoring alternatif basés sur les historiques de transactions de mobile money.
Alors que de plus en plus d’entreprises adoptent les paiements numériques, les analystes estiment que la Tanzanie se dirige vers une économie plus numérisée et axée sur les données, où les commerçants jouent un rôle central dans cette transformation financière.
Points à retenir
- Le nombre de commerçants acceptant les paiements numériques a plus que doublé en un an.
- Les transactions P2B ont connu une forte croissance en volume et en valeur.
- Les solutions de paiement comme les codes TANQR sont été cruciales pour cette évolution.
- La cybersécurité doit être renforcée pour accompagner cette transition.
- La transparence et l’inclusion financière sont des bénéfices clés de la numérisation.
En somme, la montée en puissance des paiements numériques en Tanzanie soulève des questions sur l’avenir de la finance dans le pays. En tant que citoyens, il est crucial de réfléchir à la manière dont nous pouvons tous contribuer à un environnement financier plus sécuritaire et inclusif. L’adoption des nouvelles technologies implique des responsabilités, tant pour les utilisateurs que pour les institutions. Quelles mesures devrions-nous mettre en œuvre pour naviguer dans cette nouvelle ère tout en minimisant les risques ?