Système financier iranien : une adaptation sous sanctions
Le système de paiements et bancaires en Iran se distingue par son organisation unique, façonnée par des décennies de sanctions infligées par les États-Unis, l’ONU et l’UE. Ces restrictions, d’abord mises en place en 1979 à la suite de la crise des otages, ont évolué pour répondre à des préoccupations relatives à la prolifération nucléaire et aux droits humains. Ainsi, des entreprises américaines comme Visa, Mastercard et American Express ont vu leur accès au marché iranien considérablement réduit, limitant l’intégration d’Iran dans le système financier global.
Philip Nichols, professeur à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, remarque que les sanctions ont eu des effets variés sur le système de paiements en Iran, tant dans la circulation de l’argent que dans l’interaction des Iraniens avec l’économie mondiale. Djavad Salehi-Isfahani, professeur d’économie à Virginia Tech, précise que la situation s’est aggravée depuis 15 ans, lorsque l’administration Obama a sanctionné la banque centrale iranienne et que Swift a exclu le pays de son réseau.
Impact des sanctions sur la vie quotidienne en Iran
Aujourd’hui, les Iraniens sont dans l’incapacité d’effectuer des paiements internationaux et ne peuvent pas ouvrir de comptes dans des banques étrangères. Les visiteurs étrangers font également face à des obstacles similaires. Un système financier interne s’est néanmoins développé : Shaparak gère les cartes de débit et de crédit, tandis que le réseau interbancaire Shetab facilite les transactions. Salehi-Isfahani explique que “les Iraniens se servent de ces cartes pour tout, y compris les transferts d’argent”, soulignant que la solution de contournement est bien intégrée.
Le pays dispose d’un large réseau de distributeurs automatiques de billets. En 2018, le nombre d’ATMs par 1 000 km² s’élevait à 33,8. Bien que l’accès aux données économiques ait été interrompu depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire, la sophistication technologique mise en place pour compenser la hausse des prix énergétiques en 2010 a permis de doter chaque village d’un ATM. “Le système de paiement iranien fonctionne bien à l’intérieur du pays”, assure Salehi-Isfahani.
En dépit de son isolement, Shaparak traite plus de 50 milliards de transactions annuelles. Les touristes reçoivent une carte à leur arrivée, leur permettant d’utiliser des applications locales. Comme le souligne Nichols, Iran a su développer un système financier numérique même dans un contexte difficile, créant ainsi des services similaires à ceux disponibles dans d’autres pays.
Les circuits de l’argent iranien
Malgré les sanctions, qui impactent le commerce et l’accès au système financier mondial, l’argent continue de circuler, en particulier en ce qui concerne les exportations pétrolières. Salehi-Isfahani déclare que le gouvernement gère la majorité des exports d’hydrocarbures, contournant les restrictions en expédiant du pétrole vers la Chine, souvent payée en nature ou en yuans.
L’aspect intéressant des mécanismes de paiement iraniens réside dans les adaptations qu’ils ont su réaliser face aux contraintes. Lorsque les États-Unis ont exclu l’Iran de leur système, des pays comme l’Inde ont commencé à modifier leurs paiements en dollars pour les faire en roupies, en passant par des banques allemandes puis turques, transformant ainsi les transactions en processus plus complexes et coûteux.
Points à retenir
- Les sanctions ont obligé l’Iran à créer un système financier interne isolé, offrant de nouvelles normes de fonctionnement.
- La banque centrale et le réseau Swift ont été des facteurs déterminants dans l’évolution sanitaire des réseaux bancaires iraniens.
- Les Iraniens utilisent des méthodes pratiques et accessibles pour effectuer des transactions, malgré leur exclusion des systèmes habituels.
- Le pétrole demeure la principale source de revenus pour l’Iran, malgré des circuits de paiement complexes et contraignants.
À travers cette évolution, un constat s’impose : les sanctions économiques, loin d’anéantir la résilience d’un peuple, ont contraint l’Iran à innover et à se réinventer. Cela invite à réfléchir sur les effets à long terme des politiques internationales sur la souveraineté économique des nations. Est-il possible de soutenir un changement positif tout en respectant la complexité des réalités locales ? À vous de l’explorer.
