
SEUL – En Corée du Nord, l’accès à Internet est inexistant pour la population. Cela n’empêche toutefois pas une part considérable d’entre eux d’acquérir des smartphones.
Selon un rapport récent, aidé par Martyn Williams, expert en technologie nord-coréenne, deux des derniers modèles de smartphones du pays offrent un aperçu fascinant de la vie quotidienne dans l’un des États les plus hermétiques du monde.
Bien que ces appareils soient dotés d’une multitude d’applications, ils sont limités à une intranet nationale, révélant ainsi une société en pleine numérisation, où même cette version restreinte de la vie numérique se transforme en un outil de contrôle gouvernemental.
Les smartphones sont un luxe réservé à l’élite de Pyongyang. Prisés à environ 750 dollars, ce qui représente une somme exorbitante dans un pays où de nombreux habitants gagnent à peine de quoi vivre, ils restent inaccessibles pour la majorité. Pourtant, leur disponibilité à Pyongyang permet aux médias d’État de prodiguer des conseils pour éviter la fatigue oculaire liée à leur utilisation intense.
Cette vision de la vie numérique en Corée du Nord, bien que soigneusement régulée, semble être encouragée par le gouvernement.
La transition vers les paiements électroniques transforme la manière dont les Nord-Coréens gèrent leur argent. Pour ceux qui possèdent des smartphones, des applications de portefeuille digital se développent rapidement. Cela permet à l’État de contrôler de manière accrue la circulation des devises, les taux de change et même la fiscalité, comme l’observe Peter Ward, chercheur à l’Institut Sejong.
Les paiements par QR code se généralisent dans la capitale, intégrés même par des vendeurs ambulants. Les habitants peuvent désormais régler leurs transports, commander des repas ou acheter des billets de cinéma par ce biais.
Mais que regardent les Nord-Coréens lorsqu’ils s’ennuient ? Les détenteurs de smartphones peuvent utiliser Manbang, une application de vidéo à la demande dédiée aux programmes et films étatiques.
La variété de contenus autorisés par le gouvernement donne l’impression de liberté, même si la répression sur les médias étrangers, notamment sud-coréens, reste sévère.
Depuis 2008, le nombre d’abonnements mobiles a explosé, atteignant plus de 6,35 millions pour une population d’environ 26 millions. Bien que la plupart de ces appareils soient des modèles chinois adaptés avec des logiciels nord-coréens, leur utilisation se répand.
La vie à Pyongyang, en pleine évolution, semble de plus en plus outrageusement moderne. Elle est le fruit des efforts de Kim Jong Un pour plaire à l’élite, tout en les maintenant loyaux au régime. De plus, la ville a bénéficié d’une injection financière, probablement liée à des activités illicites et à son soutien à la Russie.
Des applications comme “L’Âge de la Femme” offrent des conseils allant de la santé à la beauté, tandis qu’une autre permet d’acheter des médicaments en ligne, facilitant ainsi un contrôle accru sur les achats de santé des Nord-Coréens.
Les codes QR facilitent les paiements, mais l’accès à des informations extérieures demeure critique et risqué. Ceux qui tentent de se connecter à Internet à l’étranger doivent se faufiler à travers un marché noir dangereux, tout en risquant d’être surveillés.
Pourtant, les avancées technologiques visibles en Corée du Nord témoignent d’une société à l’image de certaines démocraties modernes, bien que sous un contrôle strict. Kim Jong Un semble très confiant dans sa capacité à réguler cette technologie tout en maintenant ses privilèges.
Points à retenir
- Les smartphones en Corée du Nord sont un symbole de luxe, principalement accessibles à l’élite à Pyongyang.
- Les applications de portefeuille électronique augmentent le contrôle de l’État sur l’économie.
- La culture numérique est soigneusement encadrée et sert à renforcer le régime.
- La vie quotidienne à Pyongyang s’éloigne de l’image traditionnelle d’un pays isolé.
- Les efforts du gouvernement pour surveiller les transactions et les informations continuent d’évoluer.
Dans l’ensemble, cette situation invite à la réflexion. Peut-on vraiment parler de progrès lorsque celui-ci est si étroitement contrôlé ? Les avancées technologiques sont-elles dignes d’être célébrées dans un tel cadre ? À mon sens, il est crucial de différencier l’innovation qui libère de celle qui enchaine. La question qui demeure est : jusqu’où la technologie peut-elle être un outil de pouvoir ?
