Considérée comme la plus jeune héritière de la vénérable tradition du magazine « Garo », Hiyosu Wakakusa nous offre avec son premier ouvrage « Medaka no ko » (litt. « L’Enfant de Medaka ») une histoire d’apprentissage surréaliste qui, selon les mots de son mentor, le mangaka Hiroshi Sato, semble « plus réelle que la vie elle-même. »
Mr. Medaka, personnage apatride, n’éprouve guère d’attachement, pas même pour son café. Tout change avec l’arrivée d’une mystérieuse jeune fille nommée Lylac, qui prétend être une sorcière dépourvue de pouvoirs. Après avoir essayé de mettre fin à ses jours depuis la terrasse du café, elle est sauvée in extremis par la serveuse, Ms. Kawasaki. Ce sauvetage marque le début d’une relation où Medaka, bien que peu concerné par la vie, commence à prendre Lylac sous son aile. Sa principale préoccupation demeure : comment donner un sens à une existence qu’elle trouve vide ? À travers des rencontres loufoques, y compris son ex-petit ami et un sorcier chinois, ainsi que des voyages psychédéliques au royaume des sorcières, Lylac finira par découvrir la vérité sur ses parents et l’endroit où elle a réellement sa place.
En 1997, l’éditeur innovant Seirindou, qui avait permis à des figures légendaires du gekiga, telles que Yoshiharu Tsuge et Suehiro Maruo, de faire briller leur talent, a traversé une crise interne majeure avec les rédacteurs en chef du magazine « Garo ». L’année suivante, l’entreprise a changé son nom en Seirin Kougeisha et a lancé un nouveau magazine, « AX », visant à préserver la politique éditoriale de son prédécesseur, malgré une démission massive du personnel précédent.
Face à cette situation, de nombreux professionnels de la scène manga underground pensaient que l’héritage de « Garo » serait bientôt perdu, la jeune génération se tournant entièrement vers le mainstream. Cependant, avec « Medaka no ko », Wakakusa montre que cet héritage perdure. En alliant le symbolisme onirique et les tendances introspectives des maîtres du gekiga, notamment Seiichi Hayashi et Yoshiharu Tsuge, à un style visuel inspiré du mouvement heta-uma, « Medaka no ko » tend une main à ceux qui ressentent la futilité de leur existence. Pour Lylac, cela signifie être une sorcière sans pouvoir; pour Kawasaki, ne pas avoir pu sauver son unique proche; et pour Medaka, être un homme d’âge moyen n’ayant jamais réparé ses liens avec son ex-femme.
Dans leur imperfection réside une humanité touchante. Dans la réalité, personne n’est parfait, et peu réussissent à atteindre ce que l’on considère comme « suffisant ». Pourtant, des petites victoires peuvent illuminer notre quotidien. À l’issue des dix chapitres, Lylac apprend à cuisiner : elle n’est pas douée, mais ses plats plaisent aux clients du café, et sont bien plus savoureux que la cuisine de Mr. Medaka.
Peut-être l’enseignement le plus précieux de « Medaka no ko » est que l’humour, même s’il est absurde et autodérisoire, comme les dialogues de Lylac, est un précieux allié pour naviguer dans la vie. Dans sa quête désespérée d’un lieu où se sentir chez soi, Wakakusa semble nous dire qu’il est tout à fait acceptable de ne pas en avoir : si vous êtes une sorcière qui ne peut pas voler, commencez simplement à marcher vers quelque chose de beau qui se profile à l’horizon.
Points à retenir
- « Medaka no ko » explore la quête d’identité à travers des personnages imparfaits.
- Les thèmes du désespoir et de la recherche de sens sont omniprésents dans cette œuvre.
- L’humour, même en période de crise, peut devenir un outil de survie.
- Le livre rappelle que les petites victoires peuvent apporter une satisfaction personnelle.
- Wakakusa réussit à actualiser l’héritage du manga tout en empruntant aux maîtres du passé.
En somme, « Medaka no ko » m’incite à réfléchir sur l’importance des petites victoires dans un monde souvent accablant. Quelles que soient nos luttes personnelles, il est essentiel de garder à l’esprit que même dans les moments les plus sombres, un brin d’humour et une quête sincère de sens peuvent nous aider à avancer. Qu’en pensez-vous ?