Le créateur de mangas Minetarō Mochizuki, reconnu pour des œuvres telles que Hauntress, Dragon Head, Maiwai et Chiisakobee, a récemment été honoré lors de la deuxième édition des American Manga Awards, qui s’est tenue en août à la Japan Society de New York. Ce prix distingue les créateurs pour leurs intrigues innovantes et captivantes. Pour découvrir par vous-même le talent narratif et artistique de Mochizuki, la réimpression de Dragon Head sortira en décembre chez Vertical Comics.
En plus de la cérémonie de remise des prix, qui était sur invitation uniquement, Mochizuki a été l’invité d’Anime NYC, où il a accordé une interview à Anime News Network.

J’aimerais parler de votre manga classique Dragon Head. J’adore la façon dont vous utilisez le noir et les textures sombres pour évoquer l’obscurité et l’ombre, et la manière dont la lumière structure habilement le récit. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous a inspiré à créer votre histoire de cette façon ?
Minetarō Mochizuki : Dans ma jeunesse, j’ai beaucoup lu des auteurs comme Joseph Conrad et William Golding. Leurs thèmes sont souvent liés à l’obscurité et aux ombres. J’ai donc toujours souhaité écrire une œuvre dans cette lignée. Ce qui me fascine, c’est que ces travaux ne parlent pas seulement de l’obscurité, mais aussi des réactions humaines face à celle-ci. C’était mon principal moteur lors de la création de Dragon Head.
À cet égard, dans Dragon Head, les personnages vivent un stress, une terreur et une folie presque instantanés. Qu’est-ce qui vous a poussé à explorer ces thèmes ?
MOCHIZUKI : J’ai une préférence pour l’obscurité plutôt que la clarté. Je suis plutôt un être d’intérieur. De plus, à l’adolescence, il y a souvent une certaine admiration pour l’obscurité. Je n’ai pas nécessairement voulu explorer cela, mais lors de l’écriture de Dragon Head, la bulle économique venait d’éclater. L’argent n’était plus qu’un morceau de papier sans valeur du jour au lendemain. Ce sentiment de dépression ou d’inquiétude s’est donc immiscé en moi. Je pense que cela a profondément influencé les thèmes abordés, même si ce n’était pas mon intention initiale.
Une de mes parties préférées de Dragon Head est que, même dans des espaces ouverts, le manga conserve une ambiance suffocante. Comment avez-vous réussi à réaliser cette vision artistique difficile ?
MOCHIZUKI : En écrivant Dragon Head, j’ai voulu que l’histoire se développe à travers les points de vue des personnages principaux. Je ne voulais pas fournir une perspective extérieure. L’objectif était que les lecteurs ressentent directement ce que vivent les personnages. Ce sentiment d’oppression que vous avez perçu provient principalement du fait que le récit est centré sur les émotions des personnages dans ces situations.
Un aspect qui m’importait était de ne pas trop montrer. Je pense qu’il est essentiel que les personnages puissent imaginer comment avancer dans l’inconnu. Il est donc important de garder une part d’incertitude sur l’avenir et sur les événements en cours.
Concernant ce que l’on peut voir, l’environnement est très industriel et détaillé. Quel type de recherche visuelle avez-vous réalisé ? Quelle a été votre inspiration pour vous concentrer sur cette décadence industrielle ?
MOCHIZUKI : Cela peut sembler différent de ce à quoi vous vous attendiez, mais je m’attache toujours aux détails dans mes histoires. Par exemple, si je vois une image d’une voiture avec des détails incorrects, cela brise mon immersion. Aussi, quand je dessinais Dragon Head, j’ai mis beaucoup de soin dans les détails, non seulement pour les environnements industriels, mais aussi pour les vêtements des personnages, que ce soit les chemises ou les chaussures. J’ai vraiment accordé une attention particulière à ça.
Je ne peux m’empêcher de comparer Dragon Head à Chiisakobee, par exemple. Cette dernière est plus minimaliste dans son art, mais plus dense en prosaïque, bien qu’elles abordent toutes deux des émotions humaines comme la perte. Pensez-vous que ce contraste provienne uniquement de l’histoire que vous souhaitiez raconter avec Chiisakobee, ou reflète-t-il un changement dans votre approche en tant que narrateur ?
MOCHIZUKI : J’apprécie d’entendre ces perspectives, car je ne les perçois pas toujours moi-même. Cependant, pour moi, cette différence résulte du désir d’essayer quelque chose de nouveau. À cette époque, en passant d’une maison d’édition à une autre, j’ai également changé la manière dont j’écrivais mon nom. J’ai arrêté d’utiliser les kanji et je suis passé au katakana. Cela a sans doute marqué un tournant dans mon état d’esprit, une sorte de renouvellement. Même si je ne saisis pas entièrement comment les gens peuvent me percevoir, je pense que ce désir de tenter quelque chose de nouveau en témoigne.
Vous avez adapté des œuvres au manga, comme Isle of Dogs, mais vos propres œuvres ont aussi été adaptées au cinéma. Qu’avez-vous appris en tant que créateur en étant des deux côtés ?
MOCHIZUKI : En résumé, tout repose sur les personnes qui travaillent sur un projet. C’est le plus important. Pour Isle of Dogs, j’adore le travail de Wes Anderson, et cela a été le facteur déterminant. Lorsque mes œuvres ont été adaptées, j’ai eu la chance de travailler avec une équipe talentueuse, qui avait une vision claire de ce qu’elle voulait. Ainsi, que ce soit pour une adaptation ou pour faire adapter mon travail, les personnes impliquées sont la clé de tout.
Dernière question : même dans les chapitres les plus sombres, on trouve toujours une lueur d’espoir en l’humanité. Vous considérez-vous comme un optimiste malgré tout ?
MOCHIZUKI : Un optimiste !
Points à retenir
- Minetarō Mochizuki a influencé le monde du manga avec ses récits sombres.
- Les thèmes abordés touchent souvent à la réaction humaine face à l’obscurité.
- Un profond souci du détail anime son style artistique.
- Les adaptations de ses œuvres classique soulignent l’importance des équipes créatives.
- Un dialogue entre l’optimisme et le pessimisme émerge dans ses explorations narratives.
En réfléchissant à cet échange avec Mochizuki, je me demande à quel point l’art peut être un miroir de nos émotions, de nos peurs et de nos espoirs. À travers ses œuvres, il nous invite à plonger dans l’inconnu, à côtoyer l’obscurité, mais toujours avec une note d’espoir. Que représente pour vous cette dualité dans l’art ?
