dim. Juin 14th, 2026

Œuvre emblématique de l’auteur visionnaire Yuichi Yokoyama, “Sekaichizu no ma” (en français, “La Salle de la Carte du Monde”), s’inspire de la salle de guerre de Mussolini. Ce livre présente un parcours moderniste où le corps humain, y compris celui des protagonistes, est réduit à une simple cellule de l’organisme urbain. Ce cadre paradoxal illustre la coexistence de la fonctionnalité et de l’inutilité.

Dans une mégalopole non spécifiée, trois individus se dirigent vers un emplacement secret où un partenaire commercial les attend pour conclure un accord important. En errant entre les gratte-ciels à la recherche d’un ferry pour traverser la rivière qui divise la ville, ils croisent par hasard des employés d’une entreprise douteuse qui leur proposent de les conduire. Une fois de l’autre côté, ils parviennent à leur rendez-vous à temps, mais l’hôte dans la salle de la carte du monde doit attendre un invité supplémentaire. Quelle est la nature de leur affaire, et pourquoi ne peut-il pas avancer sans l’approbation du retardataire ?

Artiste acclamé depuis ses débuts en 2004, Yokoyama est souvent considéré comme un pionnier du courant néo-manga. Ce terme a récemment été utilisé pour décrire sa rupture avec les narrations et compositions classiques. Dans “Sekaichizu no ma”, peu d’éléments de repère, qu’ils soient visuels ou verbaux, sont présents : la ville qui s’étend devant les personnages principaux affiche une géographie trompeuse. Leurs dialogues rappelent ceux d’enfants essayant de s’orienter dans un quartier inconnu. De plus, ces personnages ne semblent même pas tant “principaux”, leur design, composé de formes ovales et de lignes droites, les rend presque similaires aux piétons anonymes qui déambulent. Chacun semble animé par une motivation claire mais insondable.

Alliant les perspectives oniriques de Giorgio de Chirico à la dynamique et à la fascination pour la géométrie du futurisme italien, “Sekaichizu no ma” se présente comme un rêve fébrile, où d’imposantes onomatopées franchissent les frontières entre les cases. Les bruits deviennent les véritables protagonistes de l’œuvre, capables d’élargir les marges de la page, transformant des cases isolées en illustrations pleine page, rendant davantage complexe la compréhension de la chaîne des événements.

Fidèle à ses œuvres précédentes qui ont influencé des artistes contemporains au-delà des frontières japonaises — à titre d’exemple, le roman graphique taïwanais “The Train” de Chihoi évoque des échos avec “Travel” de Yokoyama — ce dernier poursuit son exploration de l’humanité face aux accomplissements techniques. Dans un monde réduit à des blocs de béton obstruant la lumière, que reste-t-il de notre civilisation ?

Cependant, cela ne signifie pas que la civilisation soit absente de “Sekaichizu no ma”. Au contraire, la détermination du trio à clore leur affaire mystérieuse pourrait incarner ce que la civilisation humaine devrait devenir selon les principes de la société industrielle tardive : un corps qui se déplace efficacement sans jamais questionner la finalité de ce mouvement.

Points à retenir

  • Yuichi Yokoyama est considéré comme un pionnier du néo-manga, renouvelant la narration traditionnelle.
  • Les personnages principaux de l’œuvre semblent interchangeables avec les piétons de la ville, représentant l’aliénation urbaine.
  • Les dialogues reflètent une naïveté enfantine, suggérant un décalage face à l’environnement complexe.
  • L’œuvre mêle influences artistiques variées, créant un univers unique et déroutant.
  • Yokoyama pose la question du sens de l’humanité face à ses propres créations techniques.

L’approche de Yokoyama soulève de nombreuses réflexions sur notre place dans un monde de plus en plus technologique et urbanisé. Cette exploration de l’individu face à un collectif omniprésent me pousse à réfléchir à nos propres défis dans un quotidien exigeant : sommes-nous réellement conscients de nos motivations, ou sommes-nous simplement des rouages d’un vaste mécanisme? Cette interrogation, bien que complexe, peut nous aider à mieux saisir notre impact dans notre environnement.


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