
(Crédit : Jack de Nijs pour Anefo)
Roy Orbison a toujours fait preuve d’un professionnalisme exemplaire tout au long de sa carrière. On aurait du mal à imaginer une faute, et encore moins sur l’un de ses plus grands succès.
Chaque chanson qu’il interprétait était investie d’une intensité émotionnelle rare, que ce soit en tant que musicien ou chanteur. Ce dévouement lui a valu non seulement la reconnaissance du public, mais aussi celle de ses pairs. Jusqu’à ses dernières années, Orbison est resté actif et a même rejoint la supergroupe des Traveling Wilburys, entouré des plus grands auteurs-compositeurs, preuve de son talent et de la qualité impressionnante de sa production.
Pourtant, certains auditeurs ont été surpris d’entendre, à la toute fin de son tube « Crying », une note qui paraît non seulement légèrement fausse, mais carrément désaccordée. Inhabituel de la part d’un chanteur de sa trempe, surtout sur un morceau aussi important. Cette erreur est restée intacte, sans que Roy Orbison ne cherche à la corriger.
Il est vrai que parfois, chanter une note au-delà de sa tessiture habituelle peut poser problème. Pourtant, Orbison, avec son registre ténor et une amplitude vocale de trois à quatre octaves, maîtrisait parfaitement ce type d’exercice. Même en recourant à son registre de tête ou au falsetto, on s’attendrait à ce qu’il réussisse ce passage délicat.
On peut imaginer qu’une contrainte de temps en studio ait obligé Roy Orbison à valider une prise imparfaite, les ingénieurs presseurs n’ayant peut-être pas laissé la place à une nouvelle tentative.
Ce qui est fascinant, c’est que l’artiste lui-même expliquait que cette note légèrement fausse était volontaire. Ce décalage ajoutait une dimension émotionnelle profonde, donnant l’impression que le chanteur était au bord des larmes à chaque mot. Un choix artistique qui sacrifiait la recherche de la « perfection » musicale pour renforcer l’impact émotionnel.
Bien sûr, cette explication peut aussi être une manière de justifier une prise ratée. Pourtant, lors d’une interview accordée en 1980 au très respecté NME, Orbison partageait son immersion totale dans l’interprétation, au point de ne plus savoir ce qu’il faisait en studio, et souhaitait justement que cet instant particulier reste ainsi.
Il racontait : « Immédiatement, j’ai pensé à une expérience passée et je l’ai juste racontée, c’est ainsi que cela s’est fait. C’était le récit d’une histoire avec une petite amie que j’avais eue. Je ne saurais même pas vous dire quelles notes j’ai chantées à la fin de la chanson. » Peu importe la « perfection » technique, dans cette chanson où Orbison est à deux doigts de craquer, cette imperfection devient parfaite.
Points à retenir
- Roy Orbison est reconnu pour son excellence vocale et sa maîtrise technique, renforcée par une tessiture étendue.
- La note fausse à la fin de « Crying » ne relève pas d’une erreur technique classique, mais d’un choix artistique.
- Ce léger désaccord ajoute une charge émotionnelle intense, renforçant le sentiment de vulnérabilité dans la chanson.
- Les contraintes en studio peuvent parfois influencer des décisions qui privilégient l’émotion à la perfection technique.
- Le témoignage d’Orbison montre un artiste profondément connecté à son œuvre, parfois au-delà de la rigueur musicale.
En somme, cet instant imparfait nous rappelle que la musique, et particulièrement le chant, n’est pas seulement une question de maîtrise mais aussi d’âme. L’émotion prime parfois sur la précision, et c’est souvent ce qui nous touche le plus.
Alors, la prochaine fois que vous entendez un petit couac dans une grande chanson, ne soyez pas trop rapides à juger. Peut-être que, comme Roy Orbison, l’artiste voulait juste nous tirer une larme… ou nous faire douter de notre oreille, qui sait ? En tout cas, ça a bien marché sur moi !
