Les débats autour des réseaux sociaux sont souvent marqués par des affirmations comme “Les médias sociaux sont addictifs”, “Les enfants ne lisent plus” ou “TikTok est dangereux”. Pourtant, des jeunes et des experts de Heilbronn estiment qu’une interdiction générale d’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes n’est pas la solution adéquate. Lundi dernier, un groupe d’experts de l’UE a recommandé que les enfants de moins de 13 ans n’utilisent les plateformes en ligne qu’avec supervision et dans un cadre temporel limité.
“Le défilement incessant crée une dépendance”
Laura Hiltawski, responsable jeunesse à Heilbronn, exprime son inquiétude face à cette évolution. Pour beaucoup de jeunes, le smartphone est devenu un élément central de leur quotidien. Elle critique particulièrement le phénomène du “doomscrolling”, cet interminable défilement d’histoires et de contenus. “Ce défilement constant rend chacun accro. Nous, adultes, devons aussi réfléchir à notre propre utilisation”, précise-t-elle.
Pour elle, les réseaux sociaux n’ont jamais été conçus pour protéger les plus jeunes. “Ils veulent que nous soyons captivés”, soutient Hiltawski, qui comprend mieux la demande d’interdire l’accès aux moins de 16 ans. Cependant, elle avertit qu’il ne faut pas exclure les jeunes de leur réalité. À la place, elle privilégie l’éducation : “Nous devons les rendre autonomes et résilients.”
Au final, l’éducation et la communication à la maison sont essentielles.

Le téléphone fait désormais partie de la vie quotidienne de nombreux jeunes, souligne Laura Hiltawski.
“Un véritable pari : pourquoi il est si difficile de s’arrêter de défiler”
Daniel Wierbicki, expert en médias sociaux et enseignant en informatique à Heilbronn, partage cette analyse. Il s’intéresse aux mécanismes derrière ces plateformes et les qualifie de défis majeurs : “Je ressens moi-même la difficulté de gérer ces réseaux de manière sensée, et je suis adulte, issu de ce domaine”, confie-t-il.
Les plateformes sont conçues pour retenir l’attention, proposant un mélange de contenus captivants et moins intéressants, ce qui peut créer une sensation de dépendance similaire à celle des jeux d’argent.
C’est comme gagner au jackpot. Cela alimente le besoin de continuer.
Interdire ou protéger ?
Pour Wierbicki, instaurer une interdiction générale jusqu’à 16 ans n’est pas la solution la plus efficace. Il considère qu’une limite d’âge rigide est trop simpliste, car les jeunes se développent de manière très variable.
Il propose un modèle nuancé : interdiction d’ouvrir un compte avant 13 ans, autorisation parentale nécessaire entre 13 et 15 ans, et des versions adaptées des réseaux sociaux pour les jeunes majeurs. Il plaide également pour la limitation de certaines fonctionnalités, comme la publicité personnalisée et le défilement infini.
Quel âge est trop jeune pour TikTok et Instagram?
Alors que la France met en place un interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans à partir de septembre, d’autres pays se mettent également en mouvement. Une commission d’experts de l’UE a récemment formulé des recommandations pour un meilleur encadrement des enfants sur Internet.
La commission d’experts du gouvernement allemand préconise également un ensemble complet de mesures pour protéger les jeunes en ligne. La Ministre des Familles, Karin Prien, a récemment plaidé en faveur d’une limite d’âge légale fixée à 13 ans. Environ un million de jeunes utilisent les réseaux sociaux de manière problématique, dont 300 000 présentent des comportements similaires à des addictions.
Les jeunes accueillent positivement les limites d’âge à 16 ans
Fait intéressant, la demande de règles plus strictes ne vient pas uniquement des adultes. Benedikt Schwarzer, un jeune de 17 ans de Heilbronn, juge qu’un interdiction pour les jeunes enfants est en partie justifiée. “16 ans est une assez bonne limite”, estime-t-il, car les plus jeunes ont souvent du mal à naviguer dans ces réseaux. Il préfère le modèle australien où les comptes sont interdits pour les moins de 16 ans.
Johanna Fischer, 20 ans, est en revanche contre une interdiction totale. Selon elle, “les jeunes utilisent les réseaux sociaux pour s’informer et échanger”.
Les réseaux sociaux, un double tranchant
Loin de se limiter à une critique, les experts reconnaissent aussi les avantages. De nombreux jeunes s’informent aujourd’hui sur des sujets politiques et sociaux via ces plateformes, des thèmes souvent jugés arides auparavant. “Il y a des risques, mais aussi des opportunités”, déclare Wierbicki.
En effet, malgré les discussions sur les interdictions, la réalité est que la vie des jeunes est déjà numérique. Il est donc essentiel de leur offrir une meilleure orientation, surtout face à des transformations à venir auxquelles nous avons du mal à nous préparer. L’important, c’est de s’assurer qu’ils sont bien équipés pour gérer les médias numériques.

Ainsi, tant les jeunes que les spécialistes sont d’accord sur l’importance d’apprendre à se servir des réseaux sociaux tout en étant conscient des risques. Daniel Wierbicki souligne que cette responsabilité doit être partagée. “On ne peut pas tout demander aux écoles, ni aux familles”, dit-il.
Cependant, les parents doivent établir des règles claires et rester en contact avec leurs enfants. Les établissements scolaires devraient accentuer l’éducation aux médias et la compétence numérique, tandis que les opérateurs de plateformes ont également leur rôle à jouer en matière de protection. C’est ainsi qu’un usage sain des médias sociaux pourra être encouragé.
Points à retenir
- La dépendance liée aux réseaux sociaux soulève des préoccupations croissantes chez les experts.
- Laura Hiltawski insiste sur l’importance d’éduquer les jeunes au numérique.
- Les modèles d’interdiction varient selon les pays, comme en France et en Australie.
- Les discussions, bien que parfois alarmistes, mettent en lumière la nécessité d’un encadrement adapté.
- Les jeunes consommateurs de médias sont conscients des enjeux et souhaitent parfois des règles plus strictes.
En réfléchissant à ce sujet, je vois un enjeu majeur non seulement pour les politiques publiques, mais aussi pour la manière dont nous, en tant que société, prenons la mesure des défis liés à la technologie et à l’éducation. Nous devons créer un cadre qui permette aux jeunes de naviguer dans ce monde numérique tout en recevant le soutien nécessaire pour grandir dans un environnement sain.
