sam. Juin 13th, 2026


Les projets musicaux peuvent parfois mettre un certain temps à mûrir avant de se concrétiser. Le groupe espagnol Battering Ram a connu un long parcours pour arriver à son premier album auto-produit, Time Masters, formé en 2008 et ayant déjà délivré plusieurs démos dans les années 2010. Au fil des années, leurs ambitions ont évolué. Passant d’un simple groupe de thrash metal, Time Masters est un album conceptuel de science-fiction cherchant à fusionner heavy metal, power metal et thrash technique. Quelle est alors la réussite de Battering Ram dans cette démarche ?

Le son de Battering Ram se penche davantage vers le heavy/power que vers le thrash. Les riffs de Guillermo Marqués s’inspirent de diverses influences, allant du power metal allemand des années 90 au heavy metal des années 80, sans oublier le thrash classique et progressif (comme avec « Time Masters (Gods of Soul Deliverance) »). Certaines compositions rappellent les explorations temporelles de Persistence of Time par Anthrax. Avec cette thématique de science-fiction, une influence de Gamma Ray ou de Iron Savior ne serait pas étonnante non plus (« The Persecuted (Back Again) »). Les percussions de Benjamín Mateo sont vives et énergiques, tandis que la ligne de basse bien présente de Francisco Cabañas renforce le tout. Tous deux brillent particulièrement lors des moments les plus thrash de l’album (« Immortality Fed by Death (Unstoppable Train) »), bien que leur performance soit solide tout au long du disque. La diversité dans l’écriture des chansons est également à noter, oscillant entre des morceaux directs comme « The Persecuted » et des compositions plus complexes, dont l’opener presque épique de 10 minutes « Unexpected Events (The Beginning of the End) » qui, malgré sa longueur, s’avère être un choix audacieux.

Cependant, malgré la présence de ces ingrédients, Time Masters souffre de problèmes de cohérence, de direction et d’un certain manque de rythme. Prenons l’exemple des voix de David Ordás : bien que sa voix s’avère parfois agréable, elle semble souvent en décalage avec l’instrumentation, notamment dans des morceaux plus épiques (« Holy Grail (Blood) », « The Persecuted ») qui sont affaiblis par une interprétation peu engageante. Toutefois, Ordás s’améliore sur la seconde moitié de l’album, plus thrash. En termes de fluidité, les interludes doubles dans « The Prophecy (Revelations) » et « Armageddon Wars (Ragnarök) » soulèvent de nombreuses interrogations. Si les morceaux contiennent des idées intéressantes, leur construction demeure étrange et interrompt le fil narratif des trois plus forts morceaux de l’album. Substituer cet ensemble par le morceau bonus « Wormhole (Dreaming Eutocia) » aurait pu apporter une véritable fluidité à Time Masters, permettant de mettre en avant certains des meilleurs aspects du jeu de guitare et de batterie.

Le thrash et le power metal se doivent d’être dynamiques, mais une partie de l’instrumentation de Time Masters manque d’urgence. Les performances de guitare, de batterie et de basse sont excellentes, et les riffs affichent une belle variété. Cependant, durant la première moitié de l’album, un besoin d’accélération et d’intensité se fait sentir. Lorsque les morceaux puissants « Immortality Fed by Death » et « Time Masters » parviennent finalement à nos oreilles, il est un peu trop tard pour relever le tempo. La production, bien qu’elle ne soit pas nocive, contribue à diminuer le potentiel explosif de Battering Ram. Néanmoins, malgré ces défauts, l’album présente plusieurs éléments intéressants. Accélérer le tempo, renforcer les voix et peaufiner l’écriture des morceaux pourraient véritablement améliorer l’expérience. Tout bien considéré, Time Masters expose de belles idées, mais dans un ensemble quelque peu inégal. Une meilleure gestion et une production affinée pourraient métamorphoser cet essai en véritable aventure spatiale.


Évaluation: Mitigée
DR: 6 | Format évalué: WAV
Label: Auto-produit
Sortie mondiale: 10 janvier 2026

Points à retenir

  • Formation du groupe en 2008 avec des démos dans les années 2010.
  • Album conceptuel de science-fiction fusionnant plusieurs styles.
  • Une écriture variée entre morceaux simples et plus complexes.
  • Des interludes qui perturbent l’écoute sans véritable cohérence.
  • Une dynamique instrumentale qui gagnerait à être davantage exploitée.

En conclusion, cet album nous offre une riche palette d’idées mais laisse un goût d’inachevé. À titre personnel, j’éprouve une réelle passion pour ces explorations musicales, et c’est avec impatience que j’attends de voir comment le groupe évoluera dans ses prochaines créations. Le besoin de revitaliser la scène power/thrash est réel, et je ne peux m’empêcher de m’interroger : quelle direction prendra Battering Ram à l’avenir ? Il est indéniable qu’une attention plus soutenue à la production pourrait transformer leur vision en quelque chose de véritablement époustouflant.


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